Le détroit d’Ormuz bloque 24% de la production mondiale de soufre

Une matière première essentielle à l'agriculture mondiale menacée par un conflit qui a déjà fait bondir l'acide sulfurique de 500% depuis 2021

Le détroit d’Ormuz bloque 24% de la production mondiale de soufre
Stocks de soufre dans une raffinerie du Golfe Persique Illustration INFO.FR

Alors que les médias se concentrent sur le pétrole et le gaz, c'est une autre matière première qui risque de payer le prix fort du blocage du détroit d'Ormuz : le soufre. Environ 24% de la production mondiale transite par ce goulet d'étranglement, selon des données circulant sur les marchés, dans un contexte où le marché de l'acide sulfurique affiche déjà une hausse de 500% depuis ses plus bas de 2021.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • 24% de la production mondiale de soufre transite par le détroit d'Ormuz, actuellement bloqué (données de marché)
  • TotalEnergies a suspendu 15% de sa production mondiale de pétrole et gaz au Qatar, Irak et EAU (Business AM, 13 mars 2026)
  • Le marché de l'acide sulfurique affiche une hausse de 500% depuis ses plus bas de 2021 (données de marché)
  • Une augmentation de 8 dollars par baril du Brent compenserait les pertes de flux de trésorerie 2026 de TotalEnergies (Business AM, 13 mars 2026)
  • L'action TotalEnergies a bondi de 4,64% depuis le début du conflit, à 70,4 euros (Business AM, 13 mars 2026)

Selon Business AM, TotalEnergies a suspendu environ 15% de sa production mondiale de pétrole et de gaz au Qatar, en Irak et aux Émirats arabes unis en raison du conflit qui bloque actuellement le détroit d’Ormuz. Une décision qui illustre l’ampleur des perturbations dans une région qui concentre non seulement les flux énergétiques mondiaux, mais aussi une part substantielle de la production de soufre, sous-produit crucial du raffinage pétrolier.

Or, cette matière première demeure largement absente du débat public. Le soufre sert à produire l’acide sulfurique, composant indispensable à la fabrication d’engrais phosphatés dont dépend l’agriculture mondiale. Avec 24% de la production qui passe par Ormuz, la tension sur ce marché risque de se répercuter bien au-delà des seuls cours du Brent (qui s’établissait à 97,20 dollars selon les données de Google Finance ce dimanche). Le marché était déjà tendu avant le conflit, avec une hausse de 500% depuis 2021, reflétant à la fois la reprise post-Covid et les perturbations logistiques accumulées.

TotalEnergies mise sur la hausse du Brent pour compenser

Le groupe français, qui a réacheminé ses exportations via le terminal de Fujairah pour contourner le détroit, estime qu’une augmentation de 8 dollars par baril du Brent suffirait à compenser les flux de trésorerie prévus pour 2026 provenant des actifs suspendus, rapporte Business AM. L’action du groupe a d’ailleurs bondi de 4,64% depuis le début du conflit, à 70,4 euros, ce qui en fait l’une des meilleures performances du CAC 40 (en hausse de 0,91% ce dimanche à 7 911,53 points). On appréciera le paradoxe : une crise qui suspend 15% de la production enrichit l’actionnaire.

Reste que cette arithmétique financière ignore délibérément l’impact sur les chaînes d’approvisionnement industrielles. Si l’on en croit les données disponibles, la production pétrolière onshore aux Émirats (210 000 barils par jour) se poursuit sans interruption, mais qu’en est-il des flux de soufre ? Du reste, TotalEnergies précise que l’impact sur le GNL qatari devrait rester limité (2 millions de tonnes d’ici 2026), mais ne dit mot sur les dérivés chimiques.

À l’aune de cette crise, une question se pose : combien de temps l’industrie des engrais pourra-t-elle absorber cette tension avant que les prix agricoles ne s’envolent à leur tour ? Le conflit au Moyen-Orient, comme nous l’analysions dans notre article sur la flambée du pétrole, a déjà provoqué une hausse de 70% du baril en dix jours début mars. L’acide sulfurique pourrait bien suivre la même trajectoire, avec des conséquences autrement plus diffuses sur l’économie réelle. Mais ça, les marchés financiers ne le voient pas encore.

Sources

Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

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