Lenny Martinez traverse Nevers sous les acclamations, sans pouvoir briller
Le Tour de France traversait ce mercredi la ville natale du coureur nivernais, absent des podiums depuis 23 ans
Le coureur nivernais Lenny Martinez passe devant son public lors de l'étape 11 du Tour de France 2026, mais le profil plat ne lui offre aucune opportunité de victoire.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Reconnaissance locale d'un talent
Lenny Martinez, 9e au général à 6 minutes 34 du leader, incarne la réussite d'une filière cycliste nivernaise historique.
Une dynastie familiale du vélo
Petit-fils de Jean-François Bernard et Mariano Martinez, fils du champion olympique Miguel, Lenny Martinez perpétue trois générations de cyclisme d'élite.
Des ambitions contrariées par le terrain
Sur une étape plate taillée pour les sprinteurs, Martinez, grimpeur visant le maillot à pois, ne peut briller devant son public.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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1971
Première victoire à Nevers
Le Belge Eric Leman remporte une étape du Tour à Nevers
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1978
Mariano Martinez, meilleur grimpeur
Le grand-père de Lenny remporte le maillot à pois du Tour de France
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1986
Bontempi s'impose
L'Italien Guido Bontempi gagne une étape à Nevers
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2000
Miguel Martinez champion olympique
Le père de Lenny décroche l'or olympique en VTT
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2003
Dernier passage avant 2026
Alessandro Petacchi gagne l'étape, Lenny naît le lendemain
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2023
Maillot rouge sur la Vuelta
Lenny Martinez porte le maillot de leader sur le Tour d'Espagne à 20 ans
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15 juil. 2026
Retour du Tour à Nevers
Martinez, 9e au général, traverse sa ville natale lors de l'étape 11
Le peloton déboule à 50,91 km/h sur la ligne droite de Nevers. Mercredi 15 juillet - milieu d’après-midi, la chaleur écrase la préfecture de la Nièvre. Sur les trottoirs, des pancartes faites maison scandent le prénom du coureur local. Certains ont ajouté un cœur. D’autres, le drapeau nivernais.
Lenny Martinez passe dans le groupe. Maillot rouge et blanc de Bahrain-Victorious, lunettes noires, le visage fermé. Il a grandi à Garchizy - à 8 km d’ici. Formé au CC Varennes-Vauzelles - un club local où son grand-père Jean-François Bernard reste une légende. Aujourd’hui, il roule dans le ventre du peloton, 9e au général - à 6 minutes 34 du maillot jaune Tadej Pogacar.
La coïncidence fait sourire: il est né le 11 juillet 2003 - le lendemain de l’arrivée d’étape remportée par Alessandro Petacchi. Comme si le Tour lui avait préparé le terrain.
Une dynastie du vélo
Martinez ne roule pas seul. Il porte trois noms sur les épaules. Son père Miguel - champion olympique de VTT en 2000. Son grand-père Mariano. Et Jean-François Bernard - l’autre grand-père, icône locale du cyclisme français.
Cette lignée a dessiné sa trajectoire dès l’enfance. Formé au CC Varennes-Vauzelles - le club où Jean-François Bernard a marqué les mémoires, Martinez a grandi dans un environnement où le vélo n’était pas une activité, mais une langue maternelle. Une famille où l’on ne demande pas si tu fais du vélo, mais à quel niveau. En 2023, il portait le maillot rouge de leader sur la Vuelta - devenant selon plusieurs sources l’un des plus jeunes cyclistes à réaliser une telle performance sur un Grand Tour. Pas une promesse. Un fait.
Un profil de grimpeur sur une étape de plat
L’étape du jour relie Vichy à Nevers sur 161 km. Profil plat, tracé taillé pour les sprinteurs. Pour Martinez, spécialiste de la montagne - c’est une journée blanche. Il avait déclaré avant le Tour que « le maillot à pois [lui] tient vraiment à cœur ». Ce mercredi, sur ce bitume sans relief, aucune occasion de marquer des points au classement de la montagne. Il économise ses forces, roule dans le peloton, attend les Alpes.
La distance entre son profil et le terrain du jour est totale. Les 161 km de cette étape ne comportent aucune difficulté exploitable pour un grimpeur. Martinez le sait, son équipe le sait, le public aussi. Mais il roule quand même, devant chez lui, parce que c’est le Tour et que c’est Nevers.
Une étape pour les sprinteurs
Au sprint final, c’est le Norvégien Søren Wærenskjold - de l’équipe Uno-X Mobility, qui l’emporte. Sa première victoire d’étape sur le Tour. « Je pensais que j’étais trop loin au moment du sprint, puis une ouverture s’est créée sur la droite. C’est incroyable. Ça représente tout pour moi, c’est la plus belle victoire de ma carrière jusqu’à présent », confie-t-il après la ligne.
Un retour attendu
Nevers accueillait le Tour pour la quatrième fois de son histoire. Avant Petacchi en 2003 - c’était Guido Bontempi en 1986 et Eric Leman en 1971. Toujours des sprints massifs. Jamais un enfant du pays sur le podium.
La ville avait mis le paquet cette année: un « grand village » ouvert à tous au parc Mendès-France - des animations, un écran géant pour suivre la course. Christian Prudhomme - qui a présenté le parcours de l’édition 2026, avait conscience du symbole en incluant cette étape.
Le retour du Tour corrige une anomalie, mais pose une question: combien d’autres villes attendent leur tour dans l’indifférence? Et pourquoi fallait-il qu’un enfant du pays brille pour que le Tour revienne?
L’accueil et la réalité
Martinez termine l’étape dans le peloton. Pas de podium. Pas de gloire. Juste un passage devant chez lui. Sur les trottoirs, 33 000 habitants ont sorti les drapeaux pour lui. Les pancartes, les cœurs, les cris. Un accueil de héros pour un coureur qui ne peut rien gagner ce jour-là.
Le décalage est entier. La ville célèbre Martinez comme si c’était une victoire. Lui roule à 50,91 km/h - coincé dans le ventre du peloton, conscient que cette étape plate ne lui offre aucune carte à jouer. Plus tôt dans le Tour, après une étape de montagne, il avait lâché: « J’ai fait de mon mieux mais Pogacar est juste trop fort ». Une lucidité qui ne retire rien à l’effort, ni à la charge symbolique du moment.
Il enlève son casque, essuie la sueur. Demain, direction les Alpes. Là où il pourra vraiment courir. Nevers restera dans sa mémoire comme le jour où tout le monde l’attendait, sans qu’il puisse répondre autrement qu’en passant.