L’EPR de Flamanville atteint 1 669 MW : le réacteur le plus puissant de France

Le dimanche 14 décembre à 11h37, le réacteur EPR a franchi pour la première fois le seuil des 100% de puissance nucléaire, douze mois après son raccordement au réseau électrique national

L’EPR de Flamanville atteint 1 669 MW : le réacteur le plus puissant de France
Vue aérienne du réacteur EPR de Flamanville face à la Manche Marie Delacroix / INFO.FR

Dimanche 14 décembre 2025 à 11h37 précises, le réacteur EPR de Flamanville a franchi une étape historique en atteignant 100% de sa puissance nucléaire, produisant 1 669 mégawatts de puissance électrique brute. Cette montée en puissance intervient exactement un an après le raccordement du réacteur au réseau électrique français le 21 décembre 2024, et fait suite à l'autorisation délivrée par l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection le 12 décembre 2025. Le réacteur devient ainsi officiellement le plus puissant du parc nucléaire français, composé de 57 réacteurs en service.

L'essentiel

  • Le réacteur EPR de Flamanville a atteint 100% de puissance nucléaire le 14 décembre 2025 à 11h37, produisant 1 669 MW de puissance électrique brute
  • Cette montée en puissance intervient un an après le raccordement au réseau électrique le 21 décembre 2024, avec douze années de retard sur le calendrier initial
  • Le coût du projet a explosé de 3,3 milliards d'euros initialement à 23,7 milliards d'euros selon la Cour des Comptes aux conditions de 2023
  • L'EPR devient le réacteur le plus puissant du parc nucléaire français composé de 57 réacteurs, capable d'alimenter deux millions de foyers
  • Un programme de tests de plusieurs semaines se poursuit avant la mise en service définitive, avec un arrêt complet prévu en septembre 2026 pour remplacer le couvercle de la cuve

Le compteur affiche 11h37 ce dimanche 14 décembre 2025. Dans la salle de contrôle de la centrale nucléaire de Flamanville, face à la Manche, les équipes d’EDF observent un instant historique : le réacteur EPR vient d’atteindre 100% de sa puissance nucléaire pour la première fois. Selon le communiqué officiel d’EDF, le réacteur a produit à ce moment précis 1 669 MW de puissance électrique brute, confirmant son statut de réacteur le plus puissant jamais mis en service en France.

Cette performance marque l’aboutissement d’un processus de montée en puissance progressive qui s’est étalé sur plusieurs mois. Depuis ses premiers « battements » en septembre 2024, le cœur du réacteur nucléaire pressurisé européen a franchi palier après palier : d’abord 0,2%, puis 25%, avant d’atteindre 80% mi-novembre 2025. Chaque étape nécessitait des tests rigoureux et des validations techniques avant de poursuivre l’ascension vers la pleine puissance.

Le feu vert décisif de l’autorité de sûreté

L’autorisation délivrée le 12 décembre 2025 par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a été le sésame indispensable pour franchir ce cap symbolique. Cette nouvelle instance, créée le 1er janvier 2025 par la fusion de l’ancienne Autorité de sûreté nucléaire et de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, a indiqué dans son communiqué au Monde n’avoir « pas mis en évidence d’élément susceptible de remettre en cause la possibilité de poursuivre la montée en puissance » du réacteur Flamanville 3.

Cette validation administrative intervient après des mois d’examens minutieux des performances du réacteur. Emmanuelle Galichet, enseignante chercheuse en physique nucléaire au CNAM, a salué sur RTL « un succès technique » tout en nuançant : « Ce n’est pas un succès financier. Ce coût est lié à un planning trop long. »

Un chantier titanesque de douze années de retard

Le parcours de l’EPR de Flamanville ressemble davantage à un chemin de croix industriel qu’à une promenade de santé. Premier réacteur nucléaire à démarrer en France depuis 25 ans, Flamanville 3 a été raccordé au réseau électrique le 21 décembre 2024, accusant douze années de retard sur le calendrier initial. Les coûts ont littéralement explosé, passant d’un devis initial de 3,3 milliards d’euros à une estimation de la Cour des Comptes atteignant 23,7 milliards d’euros aux conditions économiques de 2023.

La liste des déboires techniques s’est révélée interminable : malfaçons dans les soudures, anomalies sur le couvercle de la cuve, problèmes de qualité de l’acier, incidents répétés. Encore le 18 novembre dernier, selon Transitions & Energies, un incident avait déconnecté le réacteur du réseau électrique « à la suite du déclenchement automatique des protections de la turbine », provoqué par un jet de vapeur en salle des machines qui avait contraint à ramener la puissance à 20%.

« Cette première atteinte des 100% permet de tester les matériels à pleine puissance, réaliser des relevés et vérifier leur bon fonctionnement », précise EDF dans son communiqué.

Un programme de tests encore en cours

Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’atteinte des 100%, le réacteur n’a pas encore achevé son programme de premier démarrage. Cette phase va se poursuivre « plusieurs semaines » selon l’électricien, afin de valider le fonctionnement de l’ensemble des équipements à pleine puissance. Comme l’explique Numerama, la puissance du réacteur va continuer à varier « pour valider différents paliers » et une intervention sera réalisée sur un poste électrique interne.

Les équipes d’EDF procèderont notamment au remplacement complet d’une traversée de 400 kV d’un poste électrique qui relie les ouvrages aériens aux câbles souterrains descendant jusqu’au pied de la falaise. Cette intervention technique sera réalisée sans déconnecter le réacteur du réseau, démontrant la flexibilité opérationnelle de l’installation. Par ailleurs, une « visite complète » du site est programmée à partir du 26 septembre 2026, impliquant un arrêt de 350 jours durant lequel le couvercle de la cuve, concerné par des anomalies connues de longue date, sera remplacé conformément aux exigences de l’ASNR.

Un record qui place la France dans le peloton de tête

Avec ses 1 669 MW de puissance électrique brute, l’EPR de Flamanville devient le réacteur le plus puissant jamais construit sur le sol français, dépassant les autres unités du parc nucléaire national. Cette performance le place dans une famille restreinte de quatre EPR opérationnels dans le monde. Deux fonctionnent en Chine à Taishan, entrés en service en 2018 et 2019, dont Taishan 2 qui détient le record mondial de production annuelle pour un réacteur nucléaire. Un troisième EPR est opérationnel à Olkiluoto en Finlande depuis 2023, tandis que deux autres sont en construction à Hinkley Point dans le sud-ouest de l’Angleterre.

La puissance nette injectée sur le réseau électrique national sera légèrement inférieure, déduction faite de l’autoconsommation du réacteur pour ses propres besoins de fonctionnement : pompes, systèmes de ventilation, circuits de sûreté. Selon Boursorama, cette puissance théorique, d’abord annoncée à 1 620 MW, reste à confirmer définitivement. La Commission de régulation de l’énergie avait révélé en septembre qu’EDF lui avait communiqué une hypothèse de puissance maximale de 1 585 MW, qualifiée par l’électricien de « bas de la fourchette ».

Un symbole pour la relance nucléaire française

Au-delà de l’exploit technique, cette montée en puissance revêt une dimension stratégique majeure pour la France. Le président Emmanuel Macron a annoncé en 2022 une ambitieuse politique de relance du nucléaire avec la construction de six réacteurs de nouvelle génération EPR2 et la possibilité d’en construire huit supplémentaires. Pour Emmanuelle Galichet, interrogée par RTL, « les équipes ont démontré qu’elles savaient construire et retrouver une certaine compétence. Maintenant, ça devrait aller plus vite pour les autres. »

Le pays tarde toutefois à finaliser sa feuille de route énergétique avec la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Le texte est victime de profondes divisions politiques sur le partage entre nucléaire et énergies renouvelables, le Rassemblement national s’opposant notamment au développement des renouvelables. Dans ce contexte tendu, la réussite technique de Flamanville apporte un argument de poids aux défenseurs de l’atome, même si le gouffre financier du projet tempère l’enthousiasme.

« Je dis bravo aux équipes d’avoir tenu bon et d’avoir continué. Nous sommes au dernier pas avant la mise en service pour de vrai sur le réseau », a déclaré Emmanuelle Galichet sur RTL.

L’EPR de Flamanville est désormais capable d’alimenter deux millions de foyers français en électricité décarbonée. Dans les semaines à venir, la puissance du réacteur continuera à osciller au gré des tests et des besoins du réseau électrique national. Cette variabilité deviendra le quotidien du réacteur une fois pleinement opérationnel, s’adaptant en temps réel à la demande énergétique du pays. Le nucléaire français entre ainsi dans une nouvelle ère, celle des réacteurs de troisième génération, après un apprentissage douloureux mais finalement couronné de succès technique. Reste à savoir si les prochains EPR2 sauront capitaliser sur cette expérience pour éviter les écueils qui ont transformé Flamanville en un chantier-cauchemar de près d’un quart de siècle.

Sources

  • EDF (14 décembre 2025)
  • Numerama (15 décembre 2025)
  • Le Monde (12 décembre 2025)
  • RTL (12 décembre 2025)
  • Transitions & Energies (15 décembre 2025)
  • Boursorama (14 décembre 2025)
Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.