Depuis le discours d'Emmanuel Macron à Davos le 20 janvier 2026, la manufacture Henry Jullien croule sous les demandes. Le président français, qui portait le modèle Pacific S01 à 659 euros pour un problème ophtalmique, a involontairement transformé ces lunettes doublées or en objet de convoitise. Le site de l'entreprise jurassienne, fondée en 1921 et rachetée en 2023 par l'italien Ivision Tech, a dû être mis en maintenance face à l'afflux de visiteurs.
L'essentiel
- Le modèle Pacific S01 d'Henry Jullien, vendu 659 euros et porté par Emmanuel Macron à Davos le 20 janvier 2026, provoque un afflux massif de commandes
- Le site web de la manufacture jurassienne a dû être mis en maintenance face au trafic généré, tandis que le standard téléphonique est saturé de demandes
- Donald Trump a ironisé sur ces lunettes lors de son discours du 21 janvier à Davos, amplifiant paradoxalement leur notoriété internationale
- Henry Jullien, fondée en 1921 dans le Jura, a été rachetée en 2023 par le groupe italien Ivision Tech tout en conservant sa production française
- Ce succès illustre le paradoxe d'un "made in France" promu par le président alors que l'entreprise appartient désormais à des capitaux étrangers
Le standard téléphonique n’arrête plus de sonner chez Henry Jullien depuis 48 heures. Cette manufacture de lunettes installée dans le Jura, héritière d’un savoir-faire centenaire, vit un moment historique depuis qu’Emmanuel Macron a prononcé son discours au Forum économique mondial de Davos le 20 janvier 2026. Le président français, contraint de porter des lunettes de soleil en raison d’un problème oculaire apparu lors de ses vœux aux armées sur la base d’Istres, arborait le modèle Pacific S01 de la marque, reconnaissable à ses finitions doublées or. Un détail vestimentaire qui allait déclencher une vague commerciale inattendue.
Selon 20 Minutes, Emmanuel Macron s’était présenté devant les 3000 participants du forum avec cet accessoire, qu’il portait déjà depuis plusieurs jours. « Je vous prie d’excuser le caractère inesthétique de mon œil. Ça n’est que quelque chose de totalement anodin », avait-il déclaré à Istres pour rassurer sur son état de santé. Mais ce qui devait rester un détail médical mineur s’est transformé en phénomène marketing.
Un cadeau diplomatique devenu accessoire présidentiel
« Au départ, c’était pour faire un cadeau à un politicien étranger, puis il s’en est pris une pour lui aussi », révèle le président d’Henry Jullien dans les colonnes de plusieurs médias. Cette anecdote illustre comment le modèle Pacific S01, vendu 659 euros, est entré dans la garde-robe présidentielle. La monture, caractérisée par ses branches doublées or et sa fabrication artisanale dans le Jura, incarne ce « made in France » que le chef de l’État défend régulièrement dans ses discours.
À Davos, Emmanuel Macron n’a d’ailleurs pas manqué de promouvoir l’industrie française. Comme le rapporte Radio France, le président a vanté devant les décideurs économiques une France dotée « d’une électricité compétitive et bas carbone » et « d’un des écosystèmes les plus actifs sur l’intelligence artificielle, le quantique, la transition énergétique ». Un discours qui prenait une dimension particulière alors qu’il portait justement une création française sur le nez.
Quand Donald Trump transforme un accessoire médical en sujet de moquerie
L’effet de ces lunettes a été amplifié par une intervention inattendue. Le 21 janvier, Donald Trump a consacré une partie de son discours à Davos à railler le président français. « Je l’ai regardé hier avec ces belles lunettes de soleil… Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Mais je l’ai vu jouer le dur à cuire », a lancé le président américain selon Anadolu Ajansı, transformant un problème de santé en sujet de plaisanterie publique.
« Emmanuel Macron, je l’ai regardé hier avec ses belles lunettes de soleil. Mais qu’est-ce qu’il s’est vraiment passé ? Je l’ai regardé, il a essayé de jouer au gros dur », a raillé Donald Trump devant le parterre de décideurs réunis à Davos.
Cette moquerie, largement relayée par les médias internationaux, a paradoxalement contribué à braquer les projecteurs sur l’accessoire. Comme le souligne France Info, le président américain a consacré plus d’une heure à critiquer l’Europe et la France, évoquant notamment ces lunettes qui donnaient selon lui un air de « gros dur » au chef de l’État français. Un effet Streisand qui a finalement servi la notoriété d’Henry Jullien.
Une manufacture centenaire sous pavillon italien
Fondée en 1921 dans le Jura, berceau historique de la lunetterie française, Henry Jullien incarne un savoir-faire artisanal transmis depuis plus d’un siècle. La maison s’est spécialisée dans les montures haut de gamme, fabriquées selon des méthodes traditionnelles qui nécessitent plusieurs semaines de travail par paire. Le modèle Pacific S01, avec ses finitions doublées or, représente le summum de cette expertise.
Toutefois, comme de nombreuses entreprises françaises du luxe et de l’artisanat, Henry Jullien a changé de mains en 2023. L’entreprise a été rachetée par le groupe italien Ivision Tech, spécialisé dans l’optique et les technologies visuelles. Une acquisition qui illustre la consolidation du secteur européen de la lunetterie, dominé par quelques grands groupes internationaux. Malgré ce changement de propriétaire, la production reste localisée dans le Jura et l’identité « made in France » demeure au cœur du positionnement de la marque.
Un site web saturé et des commandes en avalanche
Depuis le discours de Davos, l’entreprise fait face à un afflux sans précédent. Le site internet d’Henry Jullien, incapable de supporter le trafic généré par la curiosité mondiale, a dû être mis en maintenance temporaire. Les équipes techniques travaillent à augmenter la capacité des serveurs pour répondre à la demande. Le standard téléphonique, lui aussi submergé, peine à traiter toutes les demandes de renseignements et de commandes qui affluent de France et de l’étranger.
Ce phénomène rappelle d’autres « effets présidentiels » observés par le passé, lorsqu’un simple détail vestimentaire porté par un chef d’État provoque une ruée commerciale. À 659 euros la paire, le Pacific S01 se positionne sur le segment premium de la lunetterie, mais ce prix n’a visiblement pas découragé les amateurs. Les opticiens partenaires de la marque rapportent également une multiplication des demandes de renseignements sur ce modèle spécifique.
Le paradoxe du made in France sous contrôle étranger
Ce succès commercial soulève néanmoins une question paradoxale : peut-on encore parler de « made in France » quand l’entreprise appartient à un groupe italien ? La réponse réside dans la distinction entre propriété du capital et localisation de la production. Si Ivision Tech détient effectivement Henry Jullien depuis 2023, les ateliers jurassiens continuent de fabriquer les montures selon les méthodes traditionnelles françaises, avec des artisans locaux.
Cette situation reflète une réalité économique plus large : de nombreuses marques françaises emblématiques sont désormais contrôlées par des capitaux étrangers, sans que cela n’affecte nécessairement leur ancrage territorial ou leur savoir-faire. Dans le secteur du luxe et de l’artisanat, c’est même devenu la norme, les grands groupes internationaux rachetant les petites manufactures pour enrichir leur portefeuille de marques premium.
« La France et l’Europe sont attachées à la souveraineté nationale et à l’indépendance », avait déclaré Emmanuel Macron à Davos, une phrase qui résonne différemment quand on sait que les lunettes qu’il portait appartiennent désormais à un groupe italien.
L’ironie de la situation n’a pas échappé aux observateurs : au moment même où le président français défendait à Davos la souveraineté européenne face aux pressions américaines, selon RTS, il portait un produit français dont le capital est entre des mains transalpines. Un symbole des contradictions de la mondialisation et des difficultés à maintenir un tissu industriel purement national dans un contexte de consolidation internationale.
Perspectives pour une manufacture sous les projecteurs
Pour Henry Jullien, cette exposition médiatique représente une opportunité commerciale inespérée. La marque, relativement confidentielle malgré son histoire centenaire, se retrouve propulsée sur le devant de la scène internationale. Les experts du marketing estiment que la valeur publicitaire de cette apparition présidentielle se chiffre en millions d’euros, bien au-delà de ce qu’aurait pu financer une campagne traditionnelle.
Reste à savoir si l’entreprise saura transformer cet engouement ponctuel en succès durable. La capacité de production limitée d’une manufacture artisanale pourrait constituer un frein à l’exploitation commerciale de cette notoriété soudaine. Les délais de fabrication, incompressibles compte tenu des méthodes traditionnelles employées, risquent de s’allonger considérablement face à l’afflux de commandes. Un défi logistique que devra relever Ivision Tech pour capitaliser sur ce coup de projecteur inattendu, tout en préservant la qualité qui fait la réputation de la maison jurassienne depuis 1921.
Sources
- 20 Minutes (20 janvier 2026)
- France Info (21 janvier 2026)
- Radio France (20 janvier 2026)
- Anadolu Ajansı (22 janvier 2026)
- RTS (21 janvier 2026)