Lioux : un berger veut des panneaux solaires au cœur du Luberon, les riverains s’y opposent
Un projet d'agrivoltaïsme sur 6 hectares divise la commune de 250 habitants, en plein Parc naturel régional du Luberon.
À Lioux (Vaucluse), le berger Aurélien Bonnet veut installer des panneaux photovoltaïques sur ses pâturages pour compenser la baisse des aides agricoles européennes. Le projet, présenté le 17 avril 2026 en mairie, se heurte à l'opposition de riverains qui craignent une dégradation du paysage protégé.
À Lioux, commune de 250 habitants nichée dans le Parc naturel régional du Luberon, un projet d’agrivoltaïsme concentre les tensions depuis la fin avril 2026. Aurélien Bonnet, berger du GAEC des Cabanes, veut poser des panneaux solaires sur 6 hectares de pâturages pour maintenir son exploitation face à des subventions agricoles en recul. Ses voisins, eux, réclament que l’on épargne le Parc.
L’essentiel
- Surface : 6 hectares de pâturages visés dans la combe du ruisseau de Font Jouvale, au cœur du Parc naturel régional du Luberon.
- Production prévue : l’équivalent de la consommation électrique de 800 foyers, selon France 3 Provence-Alpes.
- Contexte économique : les subventions agricoles européennes devraient baisser de 30 % d’ici 2027 ; le projet rapporterait 2 euros supplémentaires par kg de côtelettes produites.
- Réunion publique : tenue le 17 avril 2026 à la mairie de Lioux, en présence du porteur de projet et de l’entreprise Energie Team.
- Décision finale : une enquête publique est prévue, suivie d’un arbitrage du préfet de Vaucluse ; mise en service envisagée en 2028.
Un berger face à la baisse des aides européennes
Aurélien Bonnet le dit sans détour : l’agrivoltaïsme est pour lui une question de survie économique. Selon France 3 Provence-Alpes, le GAEC des Cabanes anticipe une réduction de 30 % des subventions agricoles de l’Union européenne d’ici 2027. L’installation de panneaux en partenariat avec Energie Team lui permettrait de percevoir un complément de revenu estimé à 2 euros par kg de côtelettes produites.
Sa conviction est simple. Il a déclaré à France 3 : « L’énergie, c’est un sujet économique, mais aussi d’autonomie de nos territoires ruraux qui me taraude depuis longtemps. » Il met également en avant les bénéfices agronomiques : l’ombre partielle des panneaux favoriserait le maintien de l’herbe en été et le confort des brebis.
Des riverains qui pointent le site, pas le principe
L’opposition locale ne conteste pas frontalement les énergies renouvelables. Elle conteste l’emplacement. Un riverain, Pascal, résume la position des opposants dans les colonnes de France 3 : « Ça va dénaturer le paysage. » Selon lui, les installations devraient être réservées aux parkings ou aux friches industrielles, pas à un espace naturel protégé.
La question de la localisation est au cœur du débat. Le terrain visé se trouve dans la combe du ruisseau de Font Jouvale, un secteur agricole mais encadré par la réglementation du Parc. Les opposants estiment que cette zone mérite une protection accrue, pas une implantation industrielle, même partielle.
Contexte dans le Vaucluse
Le Vaucluse n’est pas une exception dans ce débat national. L’agriculture y pèse 4,8 % des emplois, soit 10 418 postes recensés en 2022 selon l’INSEE, dans un département où les filières arboricoles, viticoles et d’élevage cohabitent avec une forte attractivité résidentielle et touristique.
Le Parc naturel régional du Luberon, qui couvre une large partie du département, est lui-même sous pression. Selon son rapport annuel 2024, le Parc a enregistré cette année-là un record de 1 246 dossiers d’installations photovoltaïques individuelles, représentant plus d’un quart de l’ensemble des autorisations d’urbanisme traitées. La hausse des prix de l’énergie a clairement accéléré les demandes.
Cette pression se traduit aussi par des conflits de gouvernance. En 2024, plusieurs collectifs avaient contesté la nouvelle charte du Parc, lui reprochant de déclasser certaines zones protégées pour faciliter l’implantation de panneaux solaires, selon Haute Provence Info.
Un précédent récent dans les Alpes-de-Haute-Provence
Le contexte régional pèse sur la décision à venir. Le 30 mars 2026, la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence a rejeté un projet de parc solaire sur la commune d’Omergues, invoquant des motifs environnementaux. Une victoire pour les associations opposantes, rapportée par La Provence, qui pourrait encourager les riverains de Lioux à s’organiser formellement avant l’enquête publique.
Les procédures d’implantation en zone de parc naturel sont soumises à des contraintes spécifiques, notamment l’avis du syndicat mixte de gestion du Parc. La décision finale appartient au préfet de Vaucluse, après consultation publique. Le déroulé exact de cette procédure n’a pas encore été officialisé par les services de l’État.
Un calendrier qui court jusqu’en 2028
Selon France 3, Aurélien Bonnet et Energie Team espèrent une mise en service vers 2028. La prochaine étape formelle est l’enquête publique, dont la date n’est pas encore fixée à ce stade. C’est à l’issue de cette procédure que le préfet de Vaucluse rendra son arbitrage.
Le projet de Lioux s’inscrit dans un débat plus large sur la transition énergétique et ses contradictions territoriales : comment développer les renouvelables sans sacrifier les paysages et les zones protégées qui font aussi la valeur économique des territoires ruraux ? La question reste ouverte à Lioux comme ailleurs dans le Luberon.
Sources
- France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur : "Ça va dénaturer le paysage" : un berger veut installer des panneaux photovoltaïques dans ses champs, des riverains s'y opposent
- Parc naturel régional du Luberon : Rapport annuel 2024 – Parc naturel régional du Luberon
- Haute Provence Info : Plusieurs collectifs s'opposent à la nouvelle charte du Parc naturel régional du Luberon
- La Provence : L'État bloque un projet de parc solaire sur la commune des Omergues