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Lunettes qui déshabillent : mythe, réalité et dérives technologiques

7 min
Moyen
7 étapes
28 décembre 2025
Lunettes qui déshabillent : mythe, réalité et dérives technologiques
Illustration : Lunettes qui déshabillent : mythe, réalité et dérives technologiques © info.fr
Rédigé par L'équipe de la rédaction
Mis à jour le 28 décembre 2025
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En bref

Les lunettes qui déshabillent au sens littéral n'existent pas : aucune technologie portable ne permet de voir réellement à travers les vêtements. En revanche, des applications utilisant l'intelligence artificielle peuvent générer des images falsifiées de personnes déshabillées, une pratique illégale et sanctionnée par la loi.

Le fantasme des lunettes capables de voir à travers les vêtements traverse les décennies, des publicités de bandes dessinées des années 1960 aux technologies d'intelligence artificielle actuelles. Aujourd'hui, si les véritables lunettes à rayons X n'existent toujours pas, les applications de deepfake et de déshabillage par IA ont transformé ce mythe en une menace bien réelle pour la vie privée.

Les étapes à suivre

Étape 1 : Le mythe historique des lunettes à rayons X

Les lunettes à rayons X ont été brevetées pour la première fois en 1909 par Fred J. Wiedenbeck. Dans les années 1960-1980, des publicités au dos des bandes dessinées promettaient des lunettes capables de voir à travers les vêtements et même les os. En réalité, ces gadgets vendus par correspondance ne contenaient qu'un tourbillon de papier avec une plume coincée entre deux couches, créant une simple illusion d'optique par superposition d'images. Aucune technologie ne permettait alors de voir réellement à travers les objets solides. Ce mythe persistant a alimenté l'imaginaire collectif pendant des décennies, inspirant la culture populaire et les films de science-fiction.

💡 Méfiez-vous des publicités promettant des gadgets miraculeux : si cela semble trop beau pour être vrai, c'est probablement une arnaque.

Étape 2 : Les technologies actuelles de vision infrarouge

Certaines technologies modernes utilisent les rayons infrarouges pour voir à travers certains matériaux. Les caméras infrarouges détectent les ondes lumineuses réfléchies par la peau qui peuvent traverser certains tissus très fins. En 2020, le smartphone OnePlus 8 Pro a fait scandale avec son capteur infrarouge qui permettait de voir partiellement à travers certains vêtements légers et objets en plastique noir. Sony avait déjà été confronté à un problème similaire dans les années 1990 avec un caméscope équipé d'une lentille infrarouge. Cependant, ces technologies restent très limitées : elles ne fonctionnent qu'avec des tissus translucides de couleur claire et dans des conditions d'éclairage spécifiques. Les organisations militaires et policières utilisent des lunettes d'imagerie thermique, mais uniquement pour détecter des objets métalliques ou des sources de chaleur, pas pour voir des corps nus.

💡 Les véritables applications médicales des rayons X nécessitent des équipements lourds, coûteux et dangereux pour la santé en cas d'exposition prolongée.

Étape 3 : L'émergence des applications de deepfake et déshabillage IA

Depuis 2019, des applications utilisant l'intelligence artificielle ont transformé le fantasme en menace réelle. L'application DeepNude, apparue en 2019, utilisait des algorithmes de deepfake pour générer des images de personnes déshabillées à partir de photos ordinaires. Bien qu'elle ait été rapidement retirée des stores en raison des risques d'abus, de nombreux sites similaires ont proliféré. En septembre 2023, 24 millions d'utilisateurs ont visité des sites proposant la création d'images synthétiques non consensuelles selon l'entreprise Graphika. Ces outils ne voient pas réellement à travers les vêtements : ils génèrent artificiellement des corps nus en utilisant des algorithmes entraînés sur des millions d'images. La recherche de Graphika a révélé une augmentation de 2000% des liens de spam pour ces services en 2023.

💡 Ces applications ne montrent jamais le véritable corps de la personne, mais créent une image entièrement artificielle et trompeuse.

Étape 4 : Les dangers et dérives de ces technologies

L'utilisation de ces technologies pose des problèmes majeurs de harcèlement et d'atteinte à la vie privée. En 2023, plus de 85% des vidéos deepfake détectées en ligne impliquaient des visages féminins utilisés sans consentement selon l'ONG Deeptrace. En septembre 2023, plus de 20 adolescentes espagnoles ont reçu des images d'elles-mêmes nues générées par IA, volées depuis leurs comptes Instagram puis partagées dans des groupes WhatsApp. Un garçon aurait même demandé de l'argent à l'une d'elles sous menace de diffusion. L'Internet Watch Foundation a découvert plus de 11000 images potentiellement criminelles d'enfants générées par IA sur un seul forum du dark web. Ces outils sont utilisés pour du cyberharcèlement, de l'extorsion sexuelle et de la vengeance pornographique, causant des traumatismes psychologiques graves aux victimes.

💡 Si vous êtes victime de deepfake ou d'images falsifiées, conservez toutes les preuves et portez plainte immédiatement auprès des autorités.

Étape 5 : Le cadre juridique en France et en Europe

La France a renforcé son arsenal juridique contre ces dérives. La loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et réguler l'espace numérique a créé un délit spécifique. L'article 226-8-1 du Code pénal punit désormais la publication d'un montage à caractère sexuel sans consentement de deux ans d'emprisonnement et 60000 euros d'amende. L'article 226-8 a été élargi pour inclure explicitement les deepfakes, avec des peines aggravées pouvant atteindre deux ans d'emprisonnement et 45000 euros d'amende lorsque la diffusion se fait en ligne. En janvier 2024, le Royaume-Uni a rendu illégal le partage d'images intimes générées par IA sans consentement via l'Online Safety Act. L'Union européenne prépare un encadrement strict dans le cadre du règlement sur l'intelligence artificielle.

💡 La création et la diffusion de deepfakes à caractère sexuel sont illégales même si l'image ne montre pas réellement le corps de la victime.

Étape 6 : Comment se protéger et reconnaître les deepfakes

Pour vous protéger contre ces menaces, plusieurs mesures sont essentielles. Limitez la diffusion de vos photos personnelles sur les réseaux sociaux en configurant vos paramètres de confidentialité. Soyez vigilant sur les images que vous partagez publiquement. Pour reconnaître un deepfake, observez attentivement les mouvements du visage et des lèvres : les expressions faciales peuvent être incohérentes, les lèvres peuvent ne pas correspondre aux paroles, ou les yeux peuvent cligner anormalement. Des laboratoires comme Sensity AI et Deeptrace développent des outils de détection, mais la technologie évolue constamment. Les plateformes comme Facebook, Twitter et YouTube ont interdit les deepfakes et développent des systèmes de détection. Parlez à vos enfants des dangers de ces technologies : selon une étude, un quart des enfants britanniques ont vu de la pornographie avant 11 ans.

💡 Activez l'authentification à deux facteurs sur tous vos comptes et utilisez des paramètres de confidentialité stricts pour limiter l'accès à vos photos.

Étape 7 : Les applications médicales légitimes

Toutes les technologies de vision augmentée ne sont pas malveillantes. Des chercheurs ont développé des applications médicales légitimes utilisant la réalité augmentée. Une étude publiée dans PeerJ en 2019 a testé le système Microsoft HoloLens qui permet de projeter des radiographies anatomiquement correctes sur le dos d'un patient, aidant les praticiens à visualiser les structures profondes sans manipulation physique. Ces lunettes de réalité augmentée facilitent l'enseignement de l'anatomie et améliorent la précision des diagnostics. Dans les aéroports, des scanners corporels utilisent les ondes térahertz pour détecter des objets dangereux sous les vêtements sans exposer aux radiations nocives. Ces applications respectent des protocoles stricts de sécurité et de consentement, contrairement aux utilisations malveillantes des technologies de déshabillage virtuel.

💡 Les véritables innovations technologiques dans le domaine médical sont toujours encadrées par des protocoles éthiques stricts et nécessitent le consentement du patient.

💡 Conseils et astuces

  • Ne croyez pas aux publicités promettant des lunettes capables de voir à travers les vêtements : cette technologie n'existe pas sous forme portable
  • Configurez vos paramètres de confidentialité sur les réseaux sociaux pour limiter l'accès à vos photos personnelles
  • Surveillez votre e-réputation en effectuant régulièrement des recherches sur votre nom et vos images en ligne
  • Si vous découvrez des images falsifiées de vous, contactez immédiatement la plateforme pour demander leur retrait et portez plainte
  • Éduquez vos enfants sur les dangers des deepfakes et encouragez-les à vous parler s'ils sont confrontés à ce type de contenu
  • Utilisez des outils de détection de deepfake comme ceux proposés par Sensity AI pour vérifier l'authenticité de contenus suspects

❓ Questions fréquentes

Les lunettes à rayons X existent-elles vraiment ?

Non, les véritables lunettes à rayons X capables de voir à travers les vêtements n'existent pas. Les gadgets vendus dans le passé n'étaient que des illusions d'optique basiques. Les rayons X médicaux nécessitent des équipements lourds et ne peuvent pas être miniaturisés dans des lunettes portables.

Que sont les applications de déshabillage par IA ?

Ce sont des logiciels utilisant l'intelligence artificielle pour générer artificiellement des images de personnes déshabillées à partir de photos ordinaires. Elles ne voient pas réellement à travers les vêtements mais créent des images entièrement synthétiques. Leur utilisation sans consentement est illégale depuis 2024 en France.

Quelles sont les sanctions pour la création de deepfakes sexuels ?

En France, la loi du 21 mai 2024 punit la publication d'un montage à caractère sexuel sans consentement de deux ans d'emprisonnement et 60000 euros d'amende. Les peines peuvent atteindre deux ans de prison et 45000 euros d'amende pour une diffusion en ligne selon l'article 226-8 du Code pénal.

Comment reconnaître une image ou vidéo deepfake ?

Observez les expressions faciales qui peuvent être incohérentes, les lèvres qui ne correspondent pas aux paroles prononcées, et les clignements d'yeux anormaux ou absents. Vérifiez également la cohérence de l'éclairage et des ombres. Des outils spécialisés comme Sensity AI peuvent aider à détecter les deepfakes.

Que faire si je suis victime d'un deepfake ?

Conservez toutes les preuves (captures d'écran, URLs), signalez immédiatement le contenu à la plateforme qui l'héberge, portez plainte auprès des autorités et contactez un avocat spécialisé en droit numérique. Vous pouvez également contacter des associations d'aide aux victimes de cyberviolence.

📚 Sources

Cet article a été rédigé à partir des sources suivantes :

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