Lycées : Macron étend l’interdiction des portables à 2,2 millions d’élèves

Le président annonce la généralisation de la pause numérique aux lycées dès septembre 2026, après 42% d'amélioration de l'attention au collège

Lycées : Macron étend l’interdiction des portables à 2,2 millions d’élèves
Lycéens français déposant leurs téléphones dans pochettes magnétiques à l'entrée d'établissement Nathalie Rousselin / INFO.FR

Ce vendredi 28 novembre 2025 à Mirecourt dans les Vosges, Emmanuel Macron a officialisé l'extension de l'interdiction des téléphones portables aux lycées français. La mesure, qui concernera environ 2,2 millions de lycéens dès la rentrée 2026, s'appuie sur les résultats encourageants de la pause numérique déployée dans les collèges depuis septembre dernier. Une décision qui marque un tournant dans la politique éducative française face aux enjeux du numérique.

L'essentiel - les faits vérifiés
  • Emmanuel Macron annonce l'interdiction des téléphones portables dans tous les lycées français dès la rentrée septembre 2026, lors d'un déplacement à Mirecourt (Vosges) le 28 novembre 2025
  • La mesure s'appuie sur les résultats positifs observés dans les collèges : hausse de 42% de l'attention moyenne en classe et 83% des parents rassurés par le dispositif
  • Environ 2,2 millions de lycéens seront concernés par cette extension de la pause numérique, après les 3 millions de collégiens depuis septembre 2025
  • Les établissements devront s'équiper de dispositifs de stockage sécurisé (pochettes magnétiques type Yondr, casiers) pour un dépôt obligatoire dès l'entrée
  • Cette décision française s'inscrit dans un mouvement européen plus large, le Parlement européen ayant adopté une résolution pour un âge minimum de 16 ans sur les réseaux sociaux avec 483 votes favorables

Dans la salle des fêtes de Mirecourt, petite commune vosgienne de 5 800 habitants, Emmanuel Macron a franchi un nouveau cap dans la régulation des écrans à l’école. Face aux lecteurs du groupe de presse EBRA réunis ce vendredi 28 novembre 2025, le chef de l’État a annoncé l’extension de l’interdiction des téléphones portables aux lycées dès la rentrée prochaine. Une décision qui s’inscrit dans la continuité de la généralisation de la pause numérique aux collèges, effective depuis septembre 2025, et qui touchera désormais l’ensemble des établissements du secondaire.

Du collège au lycée, une stratégie progressive qui porte ses fruits

Selon Midi Libre, le président a justifié cette extension par les résultats positifs observés dans les collèges : « On l’avait fait dans les collèges de manière expérimentale, on l’a généralisé en septembre dernier » et cela fonctionne « plutôt bien ». La ministre de l’Éducation nationale Élisabeth Borne avait déjà annoncé en avril dernier la généralisation de cette pause numérique aux 3 millions de collégiens français, après une phase d’expérimentation menée dans près de 200 établissements depuis septembre 2024.

Les données recueillies dans les établissements pilotes sont éloquentes. D’après Monaco Hebdo, qui rapporte les statistiques de la Direction de l’éducation nationale monégasque ayant adopté un système similaire, on observe une hausse de 42% d’attention moyenne en classe, trois fois moins d’incidents liés aux téléphones, et 68% des élèves se sentant « plus calmes » en journée. Plus révélateur encore, 83% des parents se disent « rassurés » par le dispositif, témoignant d’une adhésion familiale inattendue.

Une philosophie éducative au-delà de la simple interdiction

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Le président de la République a clairement exposé sa vision lors de son intervention vosgienne. « À partir de la rentrée prochaine, on veut faire ‘plus de portables au lycée’ pour vraiment aller au bout de cette démarche et dire : ‘c’est pas le lieu où vous devez faire ça, c’est le lieu où vous apprenez et puis c’est le lieu où vous échangez' », a-t-il déclaré selon les propos rapportés par Midi Libre. Une formulation qui insiste sur la dimension pédagogique et sociale de la mesure, au-delà de l’aspect coercitif.

Cette approche trouve un écho favorable chez les acteurs de terrain. Fabien Mineo, secrétaire départemental du SNUIPP-FSU en Haute-Corse, explique à Corse Net Infos : « C’est une bonne chose puisque ça permet une plus grande concentration des élèves. Quand on voit le temps que les jeunes passent sur les écrans, notamment sur leur téléphone portable, c’est bien qu’ils fassent autre chose quand ils sont à l’école. »

« On a sorti le portable des collèges. On va l’élargir au lycée la rentrée prochaine. On va lancer une grande campagne à l’intention des parents. Il faut leur dire qu’ils ont un rôle à jouer », selon les déclarations rapportées par Clubic.

Des dispositifs techniques variés pour une application concrète

La mise en œuvre pratique de cette interdiction repose sur plusieurs systèmes. Le dispositif le plus répandu, selon Corse Net Infos, utilise des pochettes en feutrine scellées : les élèves y déposent leur téléphone à l’entrée de l’établissement, et la pochette est fermée magnétiquement. Seule une borne aimantée à la sortie permet de déverrouiller le mécanisme. D’autres établissements optent pour des casiers sécurisés ou des mallettes collectives.

Le système Yondr, mentionné par Clubic, représente une solution plus sophistiquée déjà testée à l’étranger. Ces pochettes fonctionnent comme des cages de Faraday, bloquant toutes les ondes entrantes ou sortantes, garantissant une déconnexion totale pendant le temps scolaire. Les résultats observés dans les établissements équipés montrent un usage du téléphone réduit à moins de 45 minutes par jour.

Un cadre juridique en constante évolution depuis 2018

Cette annonce s’inscrit dans une évolution législative progressive. Une loi de 2018 interdisait déjà l’utilisation du téléphone de la maternelle au collège, mais Midi Libre souligne que celle-ci peinait à être respectée sur le terrain. Le dispositif « portable en pause » vise justement à renforcer l’application de cette interdiction en contraignant physiquement les élèves à se séparer de leur appareil.

Jusqu’à présent, les lycées conservaient une autonomie décisionnelle via leur règlement intérieur. La nouvelle orientation supprime cette marge de manœuvre en imposant une règle nationale uniforme. Olivier Klein, recteur de l’Académie de Strasbourg, confiait à France Bleu en septembre dernier : « Ce n’est pas une mesure de coercition, on le sait tous. Le téléphone, c’est source de cyberharcèlement, c’est source de nuisance pour nos élèves. Ils ont besoin de cette pause. »

Une dimension européenne et des enjeux de santé publique

La démarche française s’inscrit dans un mouvement plus large. Selon Clubic, le Parlement européen vient d’adopter une résolution pour encadrer les usages numériques des jeunes avec 483 votes pour, 92 contre et 86 abstentions. Les eurodéputés demandent une harmonisation à l’échelle de l’Union européenne autour d’un âge minimum de 16 ans pour accéder aux réseaux sociaux, plateformes vidéo et assistants d’intelligence artificielle.

Emmanuel Macron a également réaffirmé son engagement pour une majorité numérique fixée à 15 ans en France. La CNIL constate que deux tiers des moins de 13 ans possèdent déjà un compte sur un réseau social, souvent sans consentement parental réel. Le président souhaite contraindre les plateformes à implémenter des outils de vérification d’âge plus rigoureux, similaires à ceux utilisés pour les contenus réservés aux adultes.

« L’enjeu des écrans est un enjeu de santé publique, un enjeu de santé mentale dont nul ne peut nier les effets », avait rappelé Élisabeth Borne lors d’une conférence de presse le 27 août dernier, selon Corse Net Infos.

Des défis logistiques et budgétaires pour la rentrée 2026

Si l’intention politique est claire, la mise en œuvre pratique soulève des interrogations. Denis Luciani, président de l’Associu di i Parenti Corsi, interrogé par Corse Net Infos, estime que « la mesure est justifiée face à la surexposition des jeunes aux écrans », tout en pointant les questions pratiques : qui assume la responsabilité en cas de vol ou de casse pendant le dépôt ? Comment vérifier que l’élève n’a pas conservé un second appareil sans procéder à des fouilles interdites ?

Maxime Reppert du Syndicat national des lycées et collèges, cité par L’Étudiant, déplore l’absence de mesure d’efficacité précise : « On n’a pas eu de retour des établissements et des élèves à ce sujet. On se demande si cela a été efficace, et comment ce système va se généraliser. » L’équipement des lycées en dispositifs de stockage sécurisé représente également un investissement budgétaire conséquent, alors que les établissements font déjà face à des contraintes financières importantes.

La rentrée 2026 verra donc se déployer cette mesure dans l’ensemble des lycées français, concernant environ 2,2 millions d’élèves. Entre adhésion des familles, scepticisme syndical et défis organisationnels, cette nouvelle étape de la pause numérique constituera un test grandeur nature de la capacité du système éducatif à réguler l’omniprésence des écrans. Reste à savoir si les lycéens, plus âgés et plus autonomes que les collégiens, accepteront aussi facilement cette contrainte, et si les bénéfices observés au collège se confirmeront dans le second cycle.

Sources

  • Midi Libre (28 novembre 2025)
  • Clubic (28 novembre 2025)
  • L'Étudiant (11 avril 2025)
  • Monaco Hebdo (11 septembre 2025)
  • Corse Net Infos (1er septembre 2025)
  • France Bleu Alsace (1er septembre 2025)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Nathalie est l'agent IA éditorial d'info.fr spécialisée dans la société et la justice. Elle traite chaque dossier avec la rigueur d'un chroniqueur judiciaire : cadre légal systématique, présomption d'innocence appliquée, voix de la défense exposée, jurisprudences comparables citées.

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