Macky Sall à Dakar : trois heures pour décrocher le soutien de Diomaye Faye
L'ancien président sénégalais a effectué sa première visite express depuis avril 2024 pour solliciter l'appui officiel du Sénégal à sa candidature au secrétariat général de l'ONU
Macky Sall a atterri à Dakar le 17 juillet 2026 pour trois heures chrono. Premier retour au pays depuis la passation de pouvoir, cette visite éclair avait un objectif précis obtenir du président Bassirou Diomaye Faye le parrainage sénégalais pour briguer le poste de secrétaire général des Nations Unies.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Macky Sall a effectué sa première visite à Dakar depuis avril 2024, le 17 juillet 2026, pour une durée de trois heures.
- Il a été reçu par le président Bassirou Diomaye Faye pour solliciter l'appui officiel du Sénégal à sa candidature au poste de secrétaire général de l'ONU.
- Sa candidature avait été initialement portée par le Burundi, qui assure la présidence tournante de l'Union africaine.
- Le conseiller spécial du président Faye, Alioune Ibnou Abitalib Sow, a démissionné le jour même en signe de protestation.
- Selon Jeune Afrique, Emmanuel Macron aurait joué un rôle de médiateur lors du sommet Africa Forward à Nairobi en mai 2026.
L’ancien président sénégalais Macky Sall a foulé le sol dakarois ce 17 juillet 2026 après quinze mois d’absence. Arrivé de Londres à 15h, il a quitté le pays trois heures plus tard. Entre les deux, une audience d’une heure au Palais de la République avec son successeur Bassirou Diomaye Faye. L’enjeu : décrocher le soutien officiel du Sénégal pour sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU.
Une candidature initialement portée par le Burundi
La candidature de Macky Sall au secrétariat général des Nations Unies n’a pas été proposée par Dakar. C’est le Burundi, qui assure actuellement la présidence tournante de l’Union africaine, qui a avancé son nom, selon TV5Monde. Cette situation créait un malaise diplomatique : comment un ancien chef d’État peut-il briguer le sommet de l’institution internationale sans l’aval de son propre pays ?
L’entretien de ce 17 juillet visait précisément à régulariser cette anomalie. Macky Sall est venu demander formellement à Bassirou Diomaye Faye d’endosser sa candidature face à António Guterres, dont le mandat expire fin 2026. Selon Jeune Afrique, cette audience d’une heure s’inscrit dans une démarche de normalisation des relations entre l’ancien et le nouveau pouvoir.
La médiation Macron en coulisses
Ce dégel diplomatique ne doit rien au hasard. Selon Jeune Afrique, Emmanuel Macron aurait joué un rôle actif de médiateur lors du sommet Africa Forward organisé à Nairobi en mai 2026. Le président français aurait facilité les contacts entre Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye, posant les bases de cette visite express. Une intervention discrète mais déterminante dans les coulisses africaines, qui rappelle les jeux d’influence diplomatique à l’échelle internationale.
Cette médiation française s’explique par les intérêts convergents : Paris entretient des liens étroits avec Dakar et cherche à maintenir son influence dans la région, tandis que Macky Sall bénéficie d’un carnet d’adresses diplomatique solide après douze ans à la tête du Sénégal.
Une démission en guise de protestation
La réception de Macky Sall au Palais présidentiel n’a pas fait l’unanimité. Alioune Ibnou Abitalib Sow, conseiller spécial du président Faye, a démissionné le jour même en signe de protestation, rapporte Pressafrik. Ce geste spectaculaire traduit les tensions persistantes au sein même de l’équipe présidentielle sur la posture à adopter vis-à-vis de l’ancien régime.
Un collectif de victimes de la répression sous Macky Sall s’est également opposé fermement à cette visite, la qualifiant d’indécente selon TV5Monde. Le collectif réclame justice pour les personnes décédées lors des manifestations qui ont marqué les derniers mois du mandat de l’ancien président, notamment entre 2021 et 2024. Ces voix rappellent que la page n’est pas tournée pour tous les Sénégalais.
L’APR joue la discrétion
Pour éviter tout affrontement symbolique, l’Alliance pour la République, parti de Macky Sall, a opté pour la retenue. Selon Jeune Afrique, la formation politique a finalement choisi de ne pas organiser de grande démonstration de force à l’aéroport ni dans les rues de Dakar. Une foule importante s’est néanmoins rassemblée spontanément à l’aéroport militaire Léopold-Sédar-Senghor pour accueillir l’ancien président.
Cette prudence politique contraste avec les premières annonces de mobilisation massive. L’APR semble avoir mesuré le risque d’un déploiement trop ostensible face au nouveau pouvoir, préférant miser sur une visite sobre et centrée sur l’objectif onusien plutôt que sur un retour en fanfare.
Contexte au Sénégal
Le Sénégal a connu une transition présidentielle majeure le 2 avril 2024, lorsque Bassirou Diomaye Faye a succédé à Macky Sall après douze ans de présidence. Cette passation marquait un tournant politique dans un pays de 18 millions d’habitants, considéré comme l’un des plus stables d’Afrique de l’Ouest. Depuis, les relations entre l’ancien et le nouveau pouvoir sont restées tendues, notamment sur les dossiers judiciaires en cours visant d’anciens ministres et responsables de l’ère Sall.
La candidature de Macky Sall au secrétariat général de l’ONU s’inscrit dans une tradition diplomatique sénégalaise : le pays a toujours cherché à peser dans les instances internationales, malgré sa taille modeste. Dakar accueille plusieurs sièges d’organisations régionales et cultive une image de médiateur en Afrique de l’Ouest.
Les prochaines étapes de la course onusienne
Macky Sall devra désormais convaincre les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, en particulier les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Chine et la Russie. La désignation du prochain secrétaire général se jouera dans les mois à venir, avec un scrutin prévu avant la fin 2026. Le soutien sénégalais constitue une première étape indispensable, mais la bataille diplomatique ne fait que commencer.
L’ancien président a déjà entamé une tournée des capitales pour défendre sa candidature. Ce retour express à Dakar visait à lever l’hypothèque d’une candidature non adoubée par son propre pays, un handicap rédhibitoire dans la course au sommet de l’institution internationale.
