Sénégal : Faye prépare son propre parti, la rupture avec Sonko actée
Le président sénégalais a confié à sa conseillère Aminata Touré la mission de structurer une formation qui lui soit propre, loin de Pastef et d'Ousmane Sonko.
La présidence sénégalaise a confirmé le 6 juillet la création prochaine d'un parti dédié à Bassirou Diomaye Faye, deux mois après l'éviction d'Ousmane Sonko de Matignon. Une rupture qui s'accompagne d'un bras de fer sur la Constitution et d'une crise de la dette publique.
L’essentiel
- Fait 1 : le 6 juillet 2026, la coalition présidentielle a confirmé le projet de Bassirou Diomaye Faye de créer son propre parti politique, selon Reuters.
- Fait 2 : Aminata Touré, conseillère senior du président, dirige le groupe de travail chargé de structurer cette formation, selon Africanews.
- Fait 3 : Ousmane Sonko, limogé de Matignon en mai 2026, a été élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026, selon la Brookings Institution.
- Fait 4 : le Parlement a adopté une réforme constitutionnelle interdisant au président de diriger un parti, ce qui a poussé Faye à annoncer un référendum, selon l’Associated Press et Africanews.
- Fait 5 : la crise politique se double d’une crise financière, avec la révélation de 13 milliards de dollars de dette publique non déclarée sous le régime précédent, selon OkayAfrica.
Ce qu’a annoncé la présidence
La nouvelle est venue de la coalition proche du pouvoir : le 6 juillet, ses relais ont confirmé que le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye préparait la création de son propre parti politique. Selon Reuters, le chef de l’État a confié cette mission à sa conseillère senior Aminata Touré, chargée de former et de diriger un groupe de travail dédié. L’information a été reprise le 9 juillet par la chaîne panafricaine AFRICA24TV dans sa revue de l’actualité matinale.
Sur X, le média a résumé la nouvelle en quelques mots.
Le compte spécialisé Agence Ecofin a relayé la même information dès l’annonce.
Signe que le mouvement s’organise déjà sur le terrain, le site Le Dakaroi a rapporté que le mouvement citoyen Seme-Ji Koom Koom a acté sa fusion avec cette future formation présidentielle.
Une rupture actée avec Ousmane Sonko
Cette initiative confirme, selon Africanews, une scission durable entre le président Faye et celui qui fut son allié de premier plan pendant la campagne, Ousmane Sonko. Les deux hommes avaient porté ensemble la coalition arrivée au pouvoir, avec Sonko comme Premier ministre. Mais Faye l’a limogé de Matignon en mai 2026, après des mois de désaccords, rapporte Semafor.
Loin de s’effacer, Sonko a rebondi : les députés de son parti Pastef l’ont élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026, selon la Brookings Institution. Il conserve donc un poste institutionnel de premier plan, avec un pouvoir de blocage sur l’agenda parlementaire. En lançant sa propre formation, Faye cherche à consolider un socle de soutien qui lui reste fidèle, en dehors de l’appareil Pastef désormais aux mains de son ex-allié.
Bras de fer institutionnel autour de la Constitution
Le conflit ne se limite pas à une bataille de partis. Les députés Pastef ont fait voter une réforme constitutionnelle qui restreint les prérogatives présidentielles, avec une disposition qui interdit explicitement au chef de l’État de diriger un parti, selon l’Associated Press. Une mesure qui, si elle s’applique, viendrait directement contrarier le projet de Faye.
En réponse, le président a annoncé la tenue d’un référendum national pour soumettre ce texte à l’arbitrage des électeurs, rapporte Africanews. L’issue de ce scrutin déterminera si la réforme portée par le camp Sonko entre en vigueur, ou si Faye parvient à la faire écarter par la voie populaire. Ce type d’affrontement entre exécutif et Parlement, sur les règles mêmes du jeu institutionnel, est suivi avec attention par les partenaires diplomatiques du Sénégal, dont la France.
Contexte au Sénégal
Cette crise politique s’inscrit dans un climat économique déjà tendu. Une dette publique cachée de 13 milliards de dollars, contractée sous le régime précédent et restée non déclarée, a été mise au jour, selon OkayAfrica. Cette révélation a conduit à la suspension de l’aide du Fonds monétaire international, un partenaire financier majeur pour Dakar. Le Sénégal, souvent présenté comme un modèle de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, doit donc gérer simultanément une fracture au sommet de l’État et une crise de confiance avec ses créanciers internationaux. Pour un pays qui reste un partenaire économique et diplomatique de premier plan pour Paris, notamment sur les questions migratoires et sécuritaires régionales, la lisibilité de son cadre institutionnel pèse directement sur les relations bilatérales et sur la confiance des investisseurs français présents sur place.
Ce que ça change pour les observateurs extérieurs
Vu de France, cette séquence interroge sur la solidité du dispositif institutionnel mis en place après l’alternance de 2024. Le duo Faye-Sonko avait incarné, aux yeux de nombreux partenaires européens, la promesse d’un renouvellement pacifique du pouvoir. Sa dissolution ouverte, à travers la création d’un parti concurrent et un affrontement constitutionnel arbitré par référendum, rebat les cartes politiques à Dakar à moins de deux ans de la présidentielle suivante. Ni la date du référendum ni le nom de la future formation présidentielle n’ont été précisés à ce stade par la présidence sénégalaise.
La suite dépendra du calendrier du référendum constitutionnel et de la capacité de la nouvelle formation présidentielle à s’organiser avant les prochaines échéances électorales.
Sources
- AFRICA24TV : Le président Bassirou Diomaye Faye annonce la création prochaine de son parti politique
- Agence Ecofin : Sénégal : Bassirou Diomaye Faye annonce la création prochaine de son parti politique
- Le Dakaroi : SEME-JI KOOM KOOM acte sa fusion avec le futur parti présidentiel de Bassirou Diomaye Faye