Maine-et-Loire : 10 interdictions de paraître contre le narcotrafic, une première
Le préfet François Pesneau applique la loi du 13 juin 2025 dix arrêtés préfectoraux prononcés contre des personnes actives sur des points de deal du département.
Le préfet de Maine-et-Loire a prononcé dix interdictions administratives de paraître sur des points de deal, premières applications concrètes dans le département de la loi n° 2025-532 du 13 juin 2025. Ces mesures visent à éloigner physiquement les personnes impliquées dans le narcotrafic des lieux de vente identifiés.
L’essentiel
- 10 arrêtés : le préfet de Maine-et-Loire François Pesneau a prononcé dix interdictions administratives de paraître sur des points de deal, selon la préfecture.
- Loi du 13 juin 2025 : la loi n° 2025-532, promulguée le 13 juin 2025 et publiée au JO le 14 juin, crée ce régime d’interdiction préfectorale administrative.
- Durée maximale : chaque arrêté est limité à un mois ; le procureur en est informé préalablement.
- Sanction : le non-respect d’une interdiction de paraître expose à six mois d’emprisonnement et 3 750 € d’amende.
- Déploiement national : d’autres préfectures affichent des bilans plus importants - 218 interdictions dans le Rhône, 92 dans le Val-d’Oise depuis le 1er juillet 2025.
Ce qu’autorise la loi du 13 juin 2025
La loi n° 2025-532, publiée au Journal officiel le 14 juin 2025, dote les préfets d’un outil administratif inédit : l’interdiction de paraître sur un point de deal. Selon Légifrance, la mesure peut viser des portions de voie publique, des équipements collectifs ou des parties communes d’immeubles. Elle est prononcée après information du procureur de la République et doit tenir compte de la vie familiale et professionnelle de la personne concernée.
La durée est plafonnée à un mois, renouvelable. Toute violation expose à six mois d’emprisonnement et 3 750 € d’amende, selon les dispositions de la loi confirmées par CNEWS et 20 Minutes. La mesure est de nature administrative : elle ne nécessite pas de condamnation pénale préalable.
Dix arrêtés signés en Maine-et-Loire
La préfecture de Maine-et-Loire a annoncé ces dix interdictions sur ses canaux officiels. François Pesneau, nommé préfet du département à compter du 22 décembre 2025 - auparavant préfet de la Haute-Vienne, originaire de Nantes - , a communiqué directement sur X :
Les lieux précis visés par ces arrêtés n’ont pas été détaillés dans la communication officielle. Des points de deal physiques et virtuels ont été signalés à Angers et dans le département, notamment autour de la ville, comme le rapportait Ouest-France en fin d’année 2025 dans une enquête sur des réseaux écoulant de la drogue via des canaux dématérialisés.
Dans ce contexte, les faits de violence liés aux réseaux restent une préoccupation récurrente à Angers. La lutte contre le narcotrafic s’inscrit plus largement dans un suivi judiciaire soutenu : les juridictions du département ont rendu plusieurs décisions lourdes ces derniers mois.
Un outil parmi d’autres présenté aux bailleurs sociaux
En mars 2026, le préfet Pesneau avait réuni les bailleurs sociaux du Maine-et-Loire pour présenter l’arsenal de la loi, selon Ouest-France et my-angers.info. Outre l’interdiction de paraître dans les espaces communs d’immeubles, la loi ouvre la possibilité d’expulsions locatives lorsqu’un logement est utilisé pour un trafic de stupéfiants.
Cette réunion signalait une volonté de mobiliser les acteurs du logement social - qui gèrent une part significative du parc résidentiel d’Angers et de ses communes périphériques - dans la détection et le signalement des situations. Le nombre de bailleurs présents et les engagements pris n’ont pas été précisés dans les comptes rendus disponibles.
Contexte dans le Maine-et-Loire
Le Maine-et-Loire compte environ 830 000 habitants. Angers, préfecture, est la ville la plus peuplée des Pays de la Loire après Nantes, avec quelque 155 000 habitants. La ville concentre l’essentiel des faits liés au trafic de stupéfiants dans le département.
La loi du 13 juin 2025 - validée par le Conseil constitutionnel le 12 juin 2025 - a été déployée progressivement sur l’ensemble du territoire. Les préfectures les plus actives affichent des bilans nettement supérieurs à celui du Maine-et-Loire : 218 interdictions dans le Rhône sur un an, 92 dans le Val-d’Oise depuis le 1er juillet 2025, 17 dans les Alpes-Maritimes dès début septembre 2025, selon les communications officielles des préfectures concernées. Le Maine-et-Loire se situe dans la fourchette basse, comparable aux Pyrénées-Atlantiques (14 arrêtés).
Ces mesures s’inscrivent dans un plan national coordonné par le ministère de l’Intérieur, dont les communications préfectorales citent régulièrement le ministre Bruno Retailleau comme pilote politique.
Une efficacité encore débattue
La portée réelle de la mesure fait l’objet de discussions. Un article de 20 Minutes publié en octobre 2025 interrogeait son efficacité concrète : l’interdiction peut déplacer les dealers sans démanteler les réseaux. Des juristes soulignent aussi la tension entre la nature administrative de l’arrêté et les garanties habituellement liées aux restrictions de liberté de circulation, relevée dès l’examen parlementaire de la loi selon Lexbase.
La préfecture de Maine-et-Loire n’a pas communiqué à ce stade sur d’éventuelles violations d’arrêtés ou sur les suites judiciaires engagées.
La préfecture devrait communiquer un bilan actualisé dans les prochains mois, dans le cadre du suivi national du dispositif par le ministère de l’Intérieur.
Sources
- Légifrance : Loi n° 2025-532 du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic
- Préfecture de Maine-et-Loire (@Prefet49) : Annonce des 10 interdictions de paraître en Maine-et-Loire
- Ouest-France : Lutte contre le narcotrafic : le préfet de Maine-et-Loire a rencontré les bailleurs sociaux
- 20 Minutes : Les interdictions de paraître sur les points de deal sont-elles efficaces ?
