Mamoudzou : le Collectif des Citoyens 2018 interpelle le préfet Poisot sur le camp de Tsoundzou

Banderoles et chants devant la préfecture pour exiger le démantèlement du camp de plus de 1 000 migrants, jugé prioritaire sur la reconstruction post-Chido

Mamoudzou : le Collectif des Citoyens 2018 interpelle le préfet Poisot sur le camp de Tsoundzou
Illustration Ahamada Abdallah / info.fr

Le Collectif des Citoyens 2018 a manifesté devant la préfecture de Mamoudzou le 11 mai 2026 pour interpeller le nouveau préfet Frédéric Poisot. Sa présidente Safina Soula exige le démantèlement immédiat du camp de migrants de Tsoundzou, qui abrite plus de 1 000 personnes.

Le Collectif des Citoyens 2018 a manifesté devant la préfecture de Mamoudzou le 11 mai 2026 pour interpeller le nouveau préfet Frédéric Poisot. Sa présidente Safina Soula exige le démantèlement immédiat du camp de migrants de Tsoundzou, qui abrite plus de 1 000 personnes.

L’essentiel

  • Manifestation : Rassemblement pacifique du Collectif des Citoyens 2018 devant la préfecture de Mamoudzou le 11 mai 2026, avec banderoles et chants traditionnels.
  • Camp de Tsoundzou : Plus de 1 000 migrants y vivent actuellement, causant des problèmes sanitaires et environnementaux selon InfoMigrants.
  • Nouveau préfet : Frédéric Poisot, nommé par décret du 22 avril 2026, prend ses fonctions officiellement le 18 mai 2026.
  • Historique du collectif : 121 jours de blocage de la préfecture en 2024, 148 jours en 2025, selon le Sénat.
  • Réunion espérée : Le collectif demandait une rencontre avec la préfecture l’après-midi même du 11 mai, selon L’Info Kwezi.

Banderoles devant la préfecture

Lundi matin, des militants du Collectif des Citoyens 2018 se sont rassemblés devant la préfecture de Mamoudzou. Banderoles déployées, chants traditionnels. Le message adressé à Frédéric Poisot est direct : le camp de migrants de Tsoundzou doit être démantelé sans délai.

La mobilisation est pacifique mais déterminée. Safina Soula, présidente du collectif, résume la position du groupe dans une formule rapportée par Mayotte Hebdo : « La priorité de l’État, c’est un camp de migrants. » Elle dénonce ce qu’elle perçoit comme un arbitrage défavorable à la population mahoraise, dans un contexte où la reconstruction post-cyclone Chido mobilise encore peu de moyens visibles sur le terrain.

Un camp qui concentre les critiques

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Le camp de Tsoundzou est au cœur du litige. Il accueille plus de 1 000 personnes, majoritairement originaires d’Afrique continentale, dans des conditions précaires. Selon InfoMigrants, les problèmes sanitaires et environnementaux y sont documentés depuis plusieurs mois.

Ce site s’inscrit dans le cadre du programme « Rideau de Fer », lancé en 2024 pour renforcer la surveillance maritime et technologique contre l’immigration clandestine à Mayotte. Le collectif s’oppose à l’usage de ce camp comme zone d’attente pour migrants en situation irrégulière. Pour ses membres, il n’est pas question d’en faire une structure pérenne - même provisoire.

Une opération anti-faux papiers menée à Kaweni en mai 2026 illustre la pression sécuritaire persistante dans l’agglomération de Mamoudzou.

Les revendications du collectif, point par point

Selon Mayotte Hebdo et L’Info Kwezi, les demandes du collectif sont précises :

  • Démantèlement immédiat du camp de Tsoundzou ;
  • Fermeture des frontières maritimes, avec déploiement de bâtiments de guerre pour surveiller les côtes ;
  • Démantèlement des réseaux de passeurs ;
  • Mise en place de ponts aériens pour transférer vers l’Hexagone ou l’Europe les personnes dont le statut de réfugié est reconnu.

Ce dernier point, rapporté uniquement par L’Info Kwezi, distingue le discours du collectif d’une opposition frontale à toute présence étrangère : il accepte le principe de protection pour les réfugiés reconnus, à condition que leur prise en charge soit assurée hors de Mayotte.

Safina Soula indique que le mouvement pourrait s’inscrire dans la durée si la préfecture ne répond pas. Une réunion était espérée dans l’après-midi du 11 mai, selon L’Info Kwezi. À la date de publication, la préfecture n’avait pas communiqué publiquement sur une suite donnée à cette demande.

Frédéric Poisot, nouveau préfet attendu le 18 mai

Frédéric Poisot a été nommé préfet de Mayotte par décret du 22 avril 2026, publié au Journal officiel (Légifrance). Il remplace François-Xavier Bieuville et prend officiellement ses fonctions le 18 mai 2026. La manifestation du 11 mai précède donc son installation effective d’une semaine - une façon pour le collectif de poser ses exigences avant toute prise de contact institutionnelle.

C’est un signal politique classique pour ce collectif, qui a l’habitude de marquer les transitions à la préfecture. En 2024 et 2025, il avait multiplié les journées de blocage - 121 jours en 2024, 148 en 2025, selon un rapport du Sénat - pour maintenir la pression sur les préfets successifs.

Contexte dans le département (Mayotte, 976)

Mayotte présente une des structures démographiques les plus atypiques de France. Selon l’INSEE, en 2017, près d’un habitant sur deux (48 %) était de nationalité étrangère, avec une croissance démographique annuelle de 3,8 % entre 2012 et 2017, portée en grande partie par l’immigration en provenance des Comores.

En 2024, 22 000 personnes ont été expulsées vers les Comores - un chiffre en baisse de 13 % par rapport aux 25 380 expulsions de 2023, selon l’IFRAP et InfoMigrants. Parallèlement, 493 embarcations de type kwassa-kwassa ont été interceptées, soit une réduction de 25 % par rapport à l’année précédente. Ces chiffres alimentent les critiques des associations locales, qui y voient un relâchement des contrôles.

Le cyclone Chido, qui a frappé l’île fin 2024, a aggravé une situation déjà tendue. La reconstruction tarde, selon le collectif, pendant que des ressources humaines et logistiques sont mobilisées autour du camp de Tsoundzou. Le contrôle routier de Dzaoudzi sur la RN1 illustre, à une autre échelle, la densité des opérations de maintien de l’ordre dans le département.

Un collectif ancré dans le paysage politique local

Le Collectif des Citoyens 2018 a été déclaré comme association le 18 février 2019, selon l’annuaire des entreprises du gouvernement. Safina Soula en est la présidente depuis au moins 2023. Le groupe tire son nom des blocages spontanés qui avaient paralysé Mayotte au printemps 2018, portés par une mobilisation citoyenne contre l’insécurité et l’immigration irrégulière.

Depuis, le collectif s’est institutionnalisé comme interlocuteur récurrent des préfets successifs - non sans tensions. Il a mené des blocages de la préfecture et des services administratifs en 2023, 2024 et 2025. Son rapport au programme Rideau de Fer est ambivalent : il soutient le principe d’une surveillance renforcée des côtes, mais refuse que ce dispositif se traduise par l’installation de camps sur le territoire mahorais.

La question des bâtiments de guerre pour surveiller les côtes - une demande récurrente du collectif - renvoie à un débat plus large sur les moyens militaires déployables dans les eaux mahoraises, un sujet que ni la préfecture ni le ministère de l’Intérieur n’ont tranché publiquement à ce stade.

La prise de fonctions de Frédéric Poisot le 18 mai constituera le premier test de sa relation avec les collectifs citoyens. Safina Soula a prévenu : en l’absence de réponse, la mobilisation ne s’arrêtera pas là.

Sources

Ahamada Abdallah

Ahamada Abdallah

Ahamada est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Mayotte (976), avec Mamoudzou pour chef-lieu. Spécialité du département : département français le plus jeune et lagon (1er lagon mondial). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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