Mamoudzou : le préfet ordonne l’évacuation de la Vigie, 193 personnes concernées
Un arrêté du 5 mai 2026 impose la destruction de 76 locaux insalubres sur la descente de Moya, avec 23 jours pour vider les lieux.
Le préfet de Mayotte a signé le 5 mai 2026 un arrêté ordonnant l'évacuation puis la démolition de constructions illicites sur la descente de Moya, dans le secteur de la Vigie à Mamoudzou. Au moins 193 personnes sont visées. Seulement 19 places d'hébergement sont disponibles à ce stade.
Le préfet de Mayotte a signé le 5 mai 2026 un arrêté ordonnant l’évacuation puis la démolition de constructions illicites sur la descente de Moya, dans le secteur de la Vigie à Mamoudzou. Au moins 193 personnes sont visées. Seulement 19 places d’hébergement sont disponibles à ce stade.
L’essentiel
- Arrêté signé le 5 mai 2026 : le préfet de Mayotte ordonne l’évacuation et la destruction de constructions illicites sur la descente de Moya, secteur de la Vigie à Mamoudzou.
- 76 locaux insalubres : identifiés par l’Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte, présentant des risques électriques, sanitaires et structurels.
- 193 personnes concernées : pour seulement 19 places d’hébergement disponibles au 5 mai 2026 ; 7 familles ont accepté un relogement.
- Délai de 23 jours maximum : pour vider les lieux, avec notification aux occupants une semaine à l’avance.
- Quartier classé en reconquête républicaine depuis 2019 : en raison d’une délinquance élevée et de conditions d’habitat dégradées.
Ce que dit l’arrêté du 5 mai
Le texte signé par le préfet invoque la sécurité et la salubrité publiques. Il fixe un délai maximal de 23 jours pour que les lieux soient évacués, à compter de la notification aux occupants. Ces derniers doivent être informés au moins une semaine avant l’opération, selon les informations de Mayotte Hebdo.
L’arrêté vise des constructions bâties sans autorisation sur la descente de Moya. Ce secteur de Petite-Terre concentre une partie des habitats informels les plus dégradés de Mamoudzou.
76 locaux insalubres recensés par l’ARS
Selon Mayotte Hebdo, l’Agence régionale de santé de Mayotte a identifié 76 locaux insalubres dans le périmètre concerné. Les risques répertoriés sont multiples : absence d’assainissement, accès limité à l’eau potable, branchements électriques dangereux, structures fragiles.
Ces conditions ne sont pas nouvelles dans le quartier. Les données INSEE de 2022 indiquent que 62 % des habitations de la Vigie sont construites en tôle et que 68 % sont dépourvues de confort sanitaire de base. En 2017, déjà, 57 % des résidents du secteur vivaient dans des maisons en tôle, contre 37 % dans les autres quartiers de Petite-Terre, selon l’INSEE.
193 personnes à reloger, 19 places disponibles
L’écart est net. Au moins 193 personnes sont concernées par l’évacuation. Au 5 mai, la préfecture ne disposait que de 19 places d’hébergement. Sept familles avaient accepté les propositions de relogement formulées par les services de l’État, selon Mayotte Hebdo.
La question du sort des autres occupants - dont la situation administrative n’est pas précisée dans les sources disponibles - reste ouverte. Les raisons de l’écart entre le nombre de personnes concernées et les capacités d’accueil n’ont pas été détaillées publiquement à ce stade.
Contexte dans le 976 - Mayotte
La Vigie est classée « quartier de reconquête républicaine » depuis 2019, statut octroyé en raison d’une délinquance prégnante et de conditions d’habitat particulièrement dégradées, selon les informations relayées par Mayotte Hebdo et corroborées par une vidéo publiée sur la page Facebook de Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur.
L’opération s’inscrit dans une dynamique qui dure depuis plusieurs années à Mayotte. Entre 2019 et 2025, la préfecture a fait détruire 3 884 habitations illégales sur l’ensemble du territoire mahorais, selon une source vidéo relayée par les médias locaux. En 2024, l’opération « Mayotte Place Nette » avait abouti à la destruction de 650 habitations illégales et à 4 190 reconduites à la frontière, selon La 1ère.
En 2025, plus de 23 000 expulsions d’immigrés en situation irrégulière ont été réalisées à Mayotte - davantage que dans tous les autres départements français réunis, selon InfoMigrants. Le territoire reste le premier point de pression migratoire du pays.
Un précédent arrêté préfectoral, signé le 10 février 2026, avait déjà ordonné la destruction de constructions illicites autour de la STEP de Mamoudzou Sud, pour sécuriser un chantier et maintenir l’ordre public, selon Mayotte Hebdo. L’arrêté du 5 mai s’inscrit dans la même logique administrative. Il intervient également dans le cadre de l’opération « Kingia », lancée en avril 2026 contre l’insécurité dans les bidonvilles de Mayotte, dont les contours sont détaillés par InfoMigrants.
Pour rappel, la gestion des arrêtés préfectoraux engageant la sécurité publique suit des procédures encadrées au niveau national. Dans le Val-d’Oise, le préfet accompagne aussi les élus locaux sur ces questions de sécurité et de gestion territoriale, illustrant l’éventail des missions dévolues aux représentants de l’État en département.
Un habitat précaire qui résiste aux opérations successives
Les chiffres INSEE dessinent un territoire à part. Mayotte reste le département français où la part de logements informels est la plus élevée. La Vigie en est l’un des symboles les plus anciens à Petite-Terre.
Les destructions successives n’ont pas enrayé la reconstitution des habitats illicites. Les associations et observateurs locaux soulignent régulièrement que sans solution de relogement pérenne et sans traitement des flux migratoires en amont, chaque démolition précède une reconstruction ailleurs. Les autorités n’ont pas communiqué de plan global de relogement à ce stade pour les personnes visées par l’arrêté du 5 mai.
La question du devant de scène législatif n’est pas anodine non plus. Les tensions sociales à Mayotte dépassent régulièrement le seul cadre de l’habitat, et les opérations comme celle de la Vigie concentrent des enjeux d’ordre public, de santé et de politique migratoire que les services préfectoraux doivent gérer simultanément.
Prochaine étape : l’évacuation dans les prochaines semaines
Le délai de 23 jours court à compter de la notification de l’arrêté. Si la date exacte de notification aux occupants n’a pas été rendue publique, l’opération devrait être menée à terme avant fin mai 2026. La préfecture de Mayotte n’a pas précisé si des renforts de forces de l’ordre seraient mobilisés, ni si de nouvelles places d’hébergement seraient ouvertes d’ici l’échéance.
Sources
- Mayotte Hebdo : L'État ordonne l'évacuation et la destruction de constructions illégales sur la descente de Moya
- La 1ère / France Info : Bilan de "Mayotte Place nette" : 4 190 reconduites et 650 habitations illégales détruites
- InfoMigrants : Loi Mayotte, opération Kingia... Dans les bidonvilles de Mayotte, la traque des sans-papiers s'amplifie
- Mayotte Hebdo : Un arrêté préfectoral ordonne la destruction de l'entrée du camp de migrants autour de la STEP de Mamoudzou Sud