Mamoudzou : la filière pêche se modernise, mais les blocages persistent

Entre nouvelles halles, pontons et fonds européens, la pêche mahoraise cherche à sortir de sa dépendance aux importations.

Mamoudzou : la filière pêche se modernise, mais les blocages persistent
Illustration Ahamada Abdallah / info.fr

Le marché aux poissons de Mamoudzou et ses infrastructures connexes bénéficient d'investissements inédits depuis 2025. Mais la filière reste fragilisée : malgré une ZEE de 70 000 km², Mayotte importe encore plus de la moitié de ses besoins en produits de la mer.

Le dossier a mis du temps à avancer. C’est en décembre 2014 que la mairie de Mamoudzou, sous l’impulsion du maire Mohamed Majani, avait annoncé un projet d’aménagement de la zone du marché couvert, avec l’ambition de transformer le front de mer en vitrine économique et culturelle de la capitale. Le Conseil Général avait alors rétrocédé la gestion du marché à la mairie, selon La 1ère, pour permettre sa réhabilitation face à un état jugé insalubre. Les fonds européens, accessibles grâce au statut de région ultrapériphérique de Mayotte, devaient faciliter le financement.

Des infrastructures livrées, un cadre législatif posé

Dix ans plus tard, les réalisations sont concrètes. En mai 2025, des travaux de 3 millions d’euros ont été lancés au Four à Chaux pour la construction d’un ponton de 80 mètres et d’une rampe, financés à 80 % par l’État, selon Le Journal de Mayotte. En septembre 2025, la halle de pêche de Nyambadao, à proximité de Mamoudzou, a été inaugurée, marquant le démarrage effectif de 7 points de débarquement prioritaires identifiés sur l’île.

Sur le plan législatif, la loi de programmation pour la refondation de Mayotte, promulguée le 11 août 2025, prévoit 12 millions d’euros d’engagements pour 2025-2029 dédiés aux équipements de pêche professionnelle, halles et points de débarquement inclus, selon le texte publié au Journal officiel sur Légifrance. La même loi prévoit la création d’un comité régional des pêches maritimes à l’horizon 2027.

Le 2 avril 2026, la Commission européenne a validé l’ouverture d’aides à la modernisation de 16 catégories de navires de pêche ultramarins, dont un segment concernant Mayotte. Le financement prévu : 50 % État, 50 % régions, selon le ministère de l’Outre-mer.

Des pêcheurs toujours bloqués à quai

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Ces avancées ne règlent pas tout. Depuis novembre 2025, une partie des pêcheurs professionnels mahorais ne peuvent plus exercer, leurs embarcations ne répondant pas aux normes européennes en vigueur.

La production locale reste limitée à environ 180 tonnes par an, selon les données de Wikipédia citant les statistiques officielles, alors que l’île importe plus de 50 % de ses besoins en produits de la mer, malgré une zone économique exclusive de 70 000 km². En février 2025, le département avait lancé un appel à projets pour reconstruire la filière pêche et aquacole après le passage du cyclone Chido, visant à soutenir les infrastructures locales.

La souveraineté alimentaire reste un objectif lointain. Les guichets d’aides régionales liés à la validation européenne d’avril 2026 ne sont pas encore ouverts. La création du comité des pêches, elle, n’est pas attendue avant 2027.

Sources

Ahamada Abdallah

Ahamada Abdallah

Correspondant à Mamoudzou, suit les tensions sur l'immigration comorienne, les débats sur la départementalisation, les projets hospitaliers et les infrastructures. Formé à l'IUT info-com de La Réunion, il a grandi à Mayotte. Posture éditoriale : interroger les élus, les associations, les préfets, croiser les rapports de l'INSEE avant de publier.

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