Tsingoni : le tribunal administratif en délibéré sur l’usine d’eau de Miréréni
Le recours des riverains de Miréréni contre la vente d'un terrain ZAE à InvestOI a été examiné le 2 juin 2026 à Mamoudzou.
Le tribunal administratif de Mamoudzou a tenu audience le 2 juin 2026 sur le recours des habitants de Miréréni contre l'implantation d'une usine d'embouteillage d'eau à Tsingoni. Le rapporteur public a proposé le rejet pour irrecevabilité. Décision en délibéré.
L’essentiel
- Audience : le tribunal administratif de Mamoudzou a examiné le recours le 2 juin 2026 au matin.
- Délibération contestée : la commune de Tsingoni a autorisé la vente du terrain par délibération du 29 septembre 2024.
- Rejet proposé : le rapporteur public a recommandé l’irrecevabilité, les requérants n’ayant pas suffisamment démontré leur intérêt à agir.
- Emplois en jeu : la mairie avance une cinquantaine d’emplois créés si le projet aboutit.
- Absent à l’audience : ni InvestOI ni le collectif des citoyens de Miréréni n’étaient représentés.
Ce qui s’est passé le 2 juin
L’audience a duré une matinée. Le collectif des citoyens de Miréréni demandait l’annulation de la délibération du 29 septembre 2024, par laquelle la commune de Tsingoni a autorisé la vente d’un terrain à la société InvestOI pour y construire une usine de mise en bouteille d’eau. Selon L’Info Kwezi, le rapporteur public a proposé le rejet du recours pour irrecevabilité : les requérants n’auraient pas suffisamment démontré leur intérêt à agir ni fourni les éléments justificatifs requis. Le délibéré est attendu dans les prochaines semaines.
Détail notable : aucune des deux parties principales n’était présente. Ni la société InvestOI ni le collectif des riverains n’ont envoyé de représentant à la barre, selon le même média.
Ce que contestent les habitants
La mobilisation remonte à octobre 2024. Des habitants de Miréréni avaient alors bloqué l’accès au chantier. Leur grief ne porte pas sur le principe d’une usine d’embouteillage, mais sur l’emplacement choisi. La parcelle concernée avait été cédée par le Conseil départemental à la commune de Tsingoni avec une vocation précise : accueillir une Zone d’Activité Économique (ZAE) - commerces, magasins, projets des jeunes du village, selon Mayotte Hebdo.
Pour les riverains, transformer cette ZAE en site industriel contourne l’affectation initiale du foncier. Ils estiment que d’autres emplacements, moins stratégiques pour la vie locale, auraient pu être proposés à l’investisseur. Le contentieux devant le tribunal administratif traduit l’échec des échanges informels sur ce point.
La position de la mairie et d’InvestOI
Dans un communiqué publié le 23 octobre 2024, le maire de Tsingoni Hamada Issilamou a défendu le projet. La zone concernée est officiellement classée à vocation industrielle, commerciale, tertiaire et artisanale, et la mairie y voit une cohérence avec ses objectifs de développement économique. La municipalité avance une cinquantaine d’emplois à la clé, tout en précisant rester ouverte à d’autres projets sur le territoire, rapporte Mayotte Hebdo.
InvestOI est une société portée par Théophane « Guito » Narayanin, homme d’affaires réunionnais dont la structure a également développé des projets de transport maritime inter-îles dans l’océan Indien. L’usine d’embouteillage à Miréréni constitue l’un de ses axes de diversification à Mayotte. La société n’a pas commenté publiquement l’audience du 2 juin 2026.
Contexte dans le département de Mayotte
Tsingoni est une commune du centre-ouest de Mayotte, qui regroupe les villages de Tsingoni, M’roalé, Combani et Miréréni. Elle compte 13 934 habitants selon l’INSEE (millésime 2023/2024), sur 34,42 km². La question du foncier économique y est sensible : l’île souffre d’un déficit structurel d’activités créatrices d’emplois formels, et chaque ZAE représente un levier rare pour les collectivités.
Ce contentieux s’inscrit dans un contexte mahorais où la pression sur les terres utilisables pour le développement économique reste forte. À Koungou, une coopérative tente de relancer la filière vanille après le passage du cyclone Chido - signe que plusieurs communes cherchent simultanément à structurer leur tissu économique local. Par ailleurs, à Kawéni, le Secours populaire a ouvert une école de campagne pour les enfants déscolarisés, rappelant les tensions sociales persistantes sur l’île.
L’implantation d’une unité industrielle comme une usine d’embouteillage peut représenter un apport concret en matière d’emploi. Mais l’affectation préalable du terrain en ZAE à destination commerciale crée un précédent juridique que les riverains ont choisi de porter devant la justice administrative.
Prochaine étape
Le tribunal administratif de Mamoudzou devrait rendre son délibéré dans les prochaines semaines. Si la proposition du rapporteur public est suivie, le recours sera rejeté pour irrecevabilité sans examen au fond - ce qui ne clôturait pas nécessairement le débat local sur l’affectation du terrain. Les travaux, bloqués à l’automne 2024, sont susceptibles de reprendre selon l’issue de la décision.