Manchester : la police s’excuse pour une faille avant l’attentat de la synagogue
Le chef de la police admet qu'un examen des téléphones saisis aurait pu prévenir l'attaque du 2 octobre 2025 qui a coûté la vie à deux personnes
Le 23 juillet, la police de Manchester a présenté des excuses publiques pour avoir manqué l'occasion d'examiner les téléphones de Jihad Al-Shamie avant son attaque meurtrière contre la synagogue Heaton Park en octobre dernier. Sir Stephen Watson, chef de la Greater Manchester Police, reconnaît qu'une analyse aurait révélé l'idéologie extrémiste de l'assaillant.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- La police de Manchester a présenté ses excuses le 23 juillet 2026 pour ne pas avoir examiné les téléphones de l'assaillant saisis lors d'arrestations antérieures
- L'attaque du 2 octobre 2025 contre la synagogue Heaton Park a causé la mort de deux personnes, dont un fidèle poignardé et une victime d'un tir policier accidentel
- Les téléphones contenaient des preuves d'idéologie extrémiste qui auraient pu déclencher des mesures préventives, selon le chef de la police Sir Stephen Watson
- Mohammad Bashir, associé de l'assaillant, a été condamné à perpétuité le 23 juillet pour un complot terroriste visant l'Académie de défense britannique
- Les actes antisémites ont augmenté de 147 % au Royaume-Uni entre 2023 et 2024 selon le Community Security Trust
La police britannique a franchi un cap embarrassant le 23 juillet 2026. Sir Stephen Watson, chef de la Greater Manchester Police (GMP), a admis que ses services avaient raté une opportunité cruciale d’empêcher l’attaque terroriste contre la synagogue Heaton Park survenue le 2 octobre 2025. Deux personnes avaient perdu la vie lors de cet assaut : un fidèle poignardé par l’assaillant, Jihad Al-Shamie, et une seconde victime tuée accidentellement par un tir policier lors de l’intervention.
Les téléphones de l’assaillant avaient pourtant été saisis lors d’arrestations antérieures. Leur contenu, jamais analysé, contenait selon la GMP des preuves manifestes d’une idéologie extrémiste. « L’examen des appareils aurait probablement déclenché des mesures d’enquête préventives », a reconnu Sir Stephen Watson dans un communiqué.
Ce qui s’est passé le 2 octobre 2025
Jihad Al-Shamie, 35 ans, avait pris d’assaut la synagogue Heaton Park, située dans le nord de Manchester, armé d’un couteau. Selon ITV News, il avait poignardé un fidèle avant d’être abattu par les forces de l’ordre. Une deuxième personne avait été touchée mortellement par un tir policier durant l’intervention, comme l’a rapporté The Times of Israel.
L’attaque avait provoqué une onde de choc dans la communauté juive britannique, déjà en alerte maximale après la recrudescence d’incidents antisémites au Royaume-Uni. Les autorités avaient alors ouvert une enquête interne sur les circonstances exactes de l’intervention.
Des téléphones saisis mais jamais examinés
Le cœur du scandale réside dans une défaillance procédurale. Les téléphones d’Al-Shamie avaient été confisqués par la police lors d’arrestations antérieures, mais aucune analyse approfondie n’avait été menée, selon les aveux de la GMP. « Ces appareils contenaient des éléments clairs d’une radicalisation avancée », a indiqué Sir Stephen Watson.
Le chef de la police a qualifié cette omission de « missed opportunity » - une occasion manquée qui aurait pu sauver des vies. « Je suis profondément désolé », a-t-il déclaré, selon The Guardian. Cette reconnaissance publique intervient environ neuf mois après les faits, alimentant les critiques sur la gestion de la menace terroriste par les autorités locales.
La condamnation d’un complice
Le même jour, Mohammad Bashir, un associé de Jihad Al-Shamie, a été condamné à la prison à perpétuité avec une peine de sûreté de 16 ans et 135 jours par la justice britannique. Bashir était impliqué dans un projet d’attentat distinct visant l’Académie de défense britannique, comme l’a confirmé Reuters. Les liens entre les deux hommes n’ont pas été détaillés par les autorités, mais la simultanéité des annonces souligne l’ampleur du réseau sous surveillance.
Cette condamnation intervient dans un contexte de durcissement de la législation antiterroriste au Royaume-Uni, où le gouvernement travailliste de Keir Starmer a promis de renforcer les moyens des services de renseignement depuis son arrivée au pouvoir en 2024.
Contexte au Royaume-Uni : une communauté juive sous tension
L’attaque de la synagogue Heaton Park s’inscrit dans une série d’incidents antisémites recensés au Royaume-Uni depuis l’escalade du conflit israélo-palestinien en octobre 2023. Selon le Community Security Trust (CST), organisation chargée de la sécurité des Juifs britanniques, les actes antisémites ont augmenté de 204 % entre 2023 et 2024.
Manchester, deuxième ville du pays avec environ 550 000 habitants, abrite une communauté juive estimée à 30 000 personnes, l’une des plus importantes hors de Londres. La synagogue Heaton Park est un lieu de culte majeur du nord de l’Angleterre. Les révélations sur la négligence policière ravivent les inquiétudes sur la capacité des autorités à protéger les minorités religieuses.
Le Jewish Chronicle, principal hebdomadaire juif britannique, a rapporté le 24 juillet des informations sur l’arrestation de deux suspects dans une autre affaire que deux personnes avaient été arrêtées pour avoir tiré sur des Juifs avec un pistolet à billes à Manchester, un jour seulement après les excuses de la police. « Les incidents se multiplient et l’impunité perdure », a commenté un responsable communautaire cité par le journal.
Réactions politiques et judiciaires
L’aveu de Sir Stephen Watson a déclenché des appels à une enquête indépendante. Plusieurs députés travaillistes du Grand Manchester ont exigé des comptes, tandis que le Board of Deputies of British Jews, principal organe représentatif de la communauté, a réclamé une refonte complète des protocoles d’investigation antiterroriste.
Le Home Office, ministère de l’Intérieur britannique, n’a pas encore réagi officiellement aux excuses de la GMP. Aucune sanction disciplinaire n’a été annoncée à ce stade contre les agents ou responsables impliqués dans la gestion du dossier Al-Shamie.
Prochaines étapes
Une enquête interne de la GMP est en cours pour déterminer les responsabilités individuelles dans cette défaillance. Les conclusions sont attendues avant la fin de l’année. Parallèlement, le procès des circonstances exactes du décès de la seconde victime, tuée par un tir policier, n’est pas annoncé pour septembre devant la Cour de Manchester.
La communauté juive de Manchester n’a pas annoncé de réunion publique le 30 juillet pour discuter des mesures de sécurité et exiger des garanties concrètes des autorités locales.