Marche blanche à Grenoble : 200 personnes contre le narcotrafic après trois homicides

Le 3 mai, près de 200 Grenoblois ont défilé sous le slogan « Pas une balle de plus » après trois meurtres par arme à feu en avril 2026.

Marche blanche à Grenoble : 200 personnes contre le narcotrafic après trois homicides
Illustration Julien Moreau / info.fr

Organisée par l'ancien boxeur Azzeddine Mhiyaoui, la marche blanche du 3 mai 2026 a réuni près de 200 personnes à Grenoble. Les participants ont dénoncé l'escalade du narcotrafic et réclamé des actes concrets, en présence de la maire Laurence Ruffin.

Ils étaient près de 200 à parcourir les rues de Grenoble le dimanche 3 mai 2026, banderole en tête : « Grenoble stop à la violence, pas une balle de plus ». La marche blanche, lancée à 14h depuis le cours Alsace-Lorraine jusqu’à la place Notre-Dame, rendait hommage aux victimes de trois homicides par balle commis en l’espace d’une semaine mi-avril. Derrière elle, une exigence commune : que les paroles se traduisent en actes.

L’essentiel

  • Participation : près de 200 personnes ont défilé le 3 mai 2026 du cours Alsace-Lorraine à la place Notre-Dame.
  • Trois homicides en avril : un homme de 27 ans tué le 7 avril dans la Villeneuve, un père de famille de 38 ans le 12 avril place Notre-Dame, un autre de 27 ans le 13 avril quartier Hoche.
  • Bilan 2026 : cinq homicides par arme à feu en deux mois dans la métropole, autant que sur l’ensemble de 2025.
  • Organisateur : Azzeddine Mhiyaoui, fondateur de la Team Mhiyaoui (environ 800 licenciés).
  • Présence municipale : la maire Laurence Ruffin, élue en mars 2026, a participé et annoncé des renforts CRS et une hausse de la police municipale.

Trois morts en une semaine, un quartier sous le choc

Les faits se sont enchaînés à une cadence inhabituellement rapide. Le 7 avril, un homme de 27 ans est abattu dans le quartier de la Villeneuve. Le 12 avril, un père de famille de 38 ans est tué place Notre-Dame, en plein centre-ville. Le lendemain, 13 avril, un autre homme de 27 ans est tué quartier Hoche. Trois homicides en sept jours, tous liés selon les enquêteurs au trafic de stupéfiants, selon les informations de Franceinfo et du Dauphiné Libéré.

Ces trois meurtres s’ajoutent à deux autres homicides par arme à feu survenus plus tôt en 2026, portant le total à cinq en deux mois dans la métropole grenobloise. Le Dauphiné Libéré rappelle que ce chiffre égale celui de l’année 2025 entière. La dynamique inquiète.

Mhiyaoui : « On ne peut plus garder le silence »

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C’est Azzeddine Mhiyaoui qui a pris l’initiative. Cet ancien boxeur dirige la Team Mhiyaoui, un club de la métropole grenobloise comptant environ 800 licenciés, souvent issus des quartiers populaires. Il avait lancé l’appel publiquement quelques jours avant la marche, estimant que le narcotrafic ne touchait plus seulement les périphéries mais le centre-ville lui-même.

Lors de la marche, il a déclaré : « Il faut que cette tuerie s’arrête. » Il a appelé à briser le silence et à ne plus banaliser les actes criminels, selon France 3 Auvergne-Rhône-Alpes et Ici Isère. Le défilé a rassemblé des habitants de plusieurs quartiers, des proches de victimes et des représentants associatifs.

La maire en marchant : prévention et répression

Laurence Ruffin, élue maire de Grenoble en mars 2026, a rejoint le cortège. Elle a annoncé lors de la marche le déploiement immédiat de renforts CRS et une présence accrue de la police municipale dans les secteurs touchés. Sur le fond, elle a défendu une approche en deux volets : « Améliorer la sécurité, c’est marcher sur les deux jambes : renforcer la prévention, tout ce qui fait qu’on ne bascule pas dans le trafic, et la répression », selon Place Gre’net et France 3.

Elle a également appelé l’État à renforcer les moyens de la police judiciaire pour démanteler les réseaux de narcotrafic. La mairie prévoit des investissements municipaux supplémentaires en prévention de la délinquance, sans que les montants précis aient été communiqués à ce stade.

Du côté de l’opposition, la critique a été immédiate. Selon un élu du collectif Grenoble le changement sur le réseau X, les postures affichées le jour de la marche ne suffisent pas face à l’ampleur du problème.

Contexte dans l’Isère

Grenoble est régulièrement désignée comme l’une des villes françaises les plus touchées par les violences liées au trafic de drogues. Le surnom de « Chicago français », répandu depuis 2018, renvoie à une réalité documentée : le Dauphiné Libéré recensait au moins 18 épisodes de violences par arme à feu depuis le début de 2024. En 2020, un sondage cité par le même journal indiquait qu’un habitant sur deux se déclarait en situation d’insécurité dans l’agglomération.

La marche du 3 mai n’est pas sans précédent. En septembre 2024, une marche blanche similaire avait réuni des centaines de personnes à Grenoble après la mort de Lilian Dejean, agent municipal tué par balle lors d’un délit de fuite attribué au milieu du trafic, selon Le Monde. Ce rassemblement avait débouché sur des annonces sécuritaires restées, selon les organisateurs de 2026, insuffisamment suivies d’effets.

L’Isère est le troisième département le plus peuplé d’Auvergne-Rhône-Alpes, avec Grenoble comme ville-centre d’une métropole de plus de 440 000 habitants. La concentration des points de deal dans certains quartiers - Villeneuve, Mistral, Hoche - est documentée depuis des années. Les moyens alloués à la sécurité publique par l’État font régulièrement l’objet de tensions entre les élus locaux et les services préfectoraux.

Des mesures annoncées, un vote municipal attendu

La maire Ruffin a évoqué, selon Le Parisien, une coordination renforcée avec les services de l’État pour les semaines à venir. Un conseil municipal dédié à la lutte contre le narcotrafic serait prévu fin mai 2026, selon une source unique citée par Le Parisien - cette information reste à confirmer par la mairie.

Les participants à la marche, eux, ne se sont pas dissous dans les annonces. Plusieurs associations de quartier ont indiqué vouloir suivre de près le calendrier des mesures concrètes. La question de la délinquance juvénile et du recrutement des mineurs par les réseaux a aussi été soulevée lors du rassemblement, sans qu’un cadre d’action précis ait été annoncé à ce stade.

Le conseil municipal de fin mai constituera le premier test concret pour la nouvelle équipe municipale sur ce dossier.

Sources

Julien Moreau

Julien Moreau

Julien est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Isère (38), avec Grenoble pour chef-lieu. Spécialité du département : recherche micronano (CEA-Leti) et stations alpines. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Auvergne-Rhône-Alpes.

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