Marne : la baisse démographique fragilise les vendanges et l’agriculture

Le Grand Est perd des habitants, et les vignobles champenois peinent à recruter des saisonniers chaque année.

Marne : la baisse démographique fragilise les vendanges et l'agriculture
Illustration Céline Vasseur / info.fr

Le Grand Est a perdu 6 000 habitants en 2025, portant sa population à 5 544 000 au 1er janvier 2026. Dans la Marne, ce recul de 0,2 % aggrave une pénurie de main-d'œuvre agricole déjà chronique, notamment autour d'Épernay.

Les chiffres publiés par France 3 Grand Est sont nets : la région perd des habitants d’année en année, avec un solde naturel désormais négatif. La Marne n’échappe pas à la tendance. Selon l’INSEE, le département comptait 565 910 habitants en 2006 contre 564 107 en 2022. Une érosion lente, mais continue, qui se traduit sur le terrain par un manque de bras.

Des vendanges sous tension

Chaque automne, les exploitations viticoles du Sparnacien cherchent des cueilleurs. Sans toujours en trouver. Selon L’Union, la pénurie de main-d’œuvre agricole est désormais qualifiée de « fléau » par les professionnels du secteur, avec des postes vacants récurrents dans les vignobles champenois. Pourtant, la demande existe : selon L’Hebdo du Vendredi, près de 26 000 recrutements étaient prévus dans la Marne en 2025, dont 58,2 % de postes saisonniers, concentrés dans la viticulture et les grandes cultures. Épernay à elle seule concentrait 6 614 offres.

La réalité est plus complexe qu’un simple déficit de candidats. En 2020, environ 70 000 salariés travaillaient dans les exploitations marnaises, selon une étude de l’IRES. Mais la structure de l’emploi agricole a profondément changé depuis 2003 : montée des contrats saisonniers, recours croissant à l’externalisation, réduction du nombre d’exploitations. En France, ce nombre est passé de 2,5 millions en 1955 à moins de 400 000 en 2020, selon France 3, sous l’effet du productivisme et de la Politique Agricole Commune instaurée en 1962.

Un horizon scolaire qui inquiète

Publicité

La démographie marnaise dessine aussi un avenir préoccupant à moyen terme. France 3 projette une chute de 18,3 % des effectifs dans le second degré entre 2025 et 2035, passant de 46 668 à 39 743 élèves. Moins de jeunes formés localement signifie, à terme, moins de candidats potentiels pour les filières agricoles et viticoles.

Face à ces tensions, la Région Grand Est maintient ses aides IPAGE - plus de 10 millions d’euros annuels, cofinancés par le FEADER - pour accompagner l’adaptation climatique des exploitations. En 2025, 211 demandes ont été déposées pour la gestion du fourrage, selon le site de la Région.

Prochaine étape : la Chambre d’agriculture Grand Est travaille à la programmation PAC 2028-2034, avec un axe prioritaire sur le renouvellement des générations et ce que les acteurs appellent la « triple performance » : économique, environnementale et sociale.

Sources

Nathalie Roussel

Nathalie Roussel

Basée à Châlons-en-Champagne, elle traite la viticulture champenoise, les tensions sur les classements, l'agriculture céréalière et les débats sur la base militaire. Diplômée de l'IJBA Bordeaux, elle a commencé en radio. Ligne éditoriale : interroger les viticulteurs, les négociants, les militaires, croiser les chiffres de ventes avant de conclure.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie