Le Maroc baptise une autoroute « Donald J. Trump Highway », Washington se tait
L'ex-président américain annonce que la voie express Tiznit-Dakhla porte son nom. Rabat ne confirme pas, mais le geste illustre le rapprochement stratégique entre les deux pays sur le Sahara occidental.
Donald Trump a révélé le 26 juillet que le Maroc a baptisé la voie express Tiznit-Dakhla « President Donald J. Trump Highway ». Cette infrastructure de 1 055 km traverse le Sahara occidental, territoire disputé où Washington soutient la souveraineté marocaine depuis 2020. Rabat reste muet, mais le symbole pèse lourd dans la géopolitique régionale.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Donald Trump a annoncé le 26 juillet 2026 que le Maroc a baptisé la voie express Tiznit-Dakhla « President Donald J. Trump Highway ».
- L'infrastructure de 1 055 km a coûté environ 1 milliard de dollars et a été achevée en janvier 2025.
- La route traverse le Sahara occidental, territoire disputé où Washington a reconnu la souveraineté marocaine en décembre 2020.
- Le gouvernement marocain n'a fourni aucune confirmation officielle de ce baptême au 28 juillet 2026.
- Le Maroc a extrait 2 millions de tonnes de phosphate du Sahara occidental en 2025, selon des organisations de défense des droits de l'homme.
Le 26 juillet 2026, Donald Trump a publié sur Truth Social une vidéo remerciant le roi Mohammed VI pour avoir donné son nom à l’autoroute Tiznit - Dakhla annonçant que le Maroc avait baptisé la voie express Tiznit-Dakhla « President Donald J. Trump Highway ». L’infrastructure de 1 055 kilomètres relie Tiznit à Dakhla en passant par Guelmim et Laâyoune, traversant le Sahara occidental. Trump y remercie le roi Mohammed VI et exprime le souhait d’y voyager un jour.
Selon Le360.ma, la vidéo de Trump s’intitule « Donald J. Trump Highway : la voie de paix vers la prospérité ». L’ex-président y décrit l’autoroute comme un symbole du partenariat américano-marocain. Le site marocain rapporte qu’une cérémonie officielle de baptême était prévue le 28 juillet à Laâyoune, selon l’Institut Géopolitique Horizons. Pourtant, deux jours après l’annonce de Trump, le gouvernement marocain n’a toujours fourni aucune confirmation officielle, relève Al Jazeera.
Une infrastructure de 1 milliard de dollars achevée en 2025
La voie express Tiznit-Dakhla a été mise en service progressivement jusqu’à l’ouverture de son dernier tronçon en janvier 2025, indique Le360.ma. Le projet a coûté entre 9 et 10 milliards de dirhams, soit environ 1 milliard de dollars, et a été réalisé selon les standards internationaux. L’infrastructure relie désormais le sud marocain à Dakhla, terminus atlantique stratégique à quelques centaines de kilomètres de la frontière mauritanienne.
Cette route traverse le Sahara occidental, territoire de 266 000 km² disputé depuis le retrait espagnol de 1975. Le Maroc y a investi massivement ces deux dernières décennies pour consolider son contrôle administratif et économique, selon Al Jazeera. La voie express s’inscrit dans cette stratégie : elle renforce la connexion du royaume avec la Mauritanie et intègre le port Dakhla Atlantique, chantier titanesque en cours de construction.
Le soutien américain à la souveraineté marocaine sur le Sahara
En décembre 2020, les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental dans le cadre des Accords d’Abraham, qui normalisaient les relations entre le Maroc et Israël. Washington est ainsi devenu le principal allié occidental de Rabat sur ce dossier. En octobre 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution sponsorisée par les États-Unis soutenant la proposition d’autonomie marocaine pour le territoire, rapporte Al Jazeera.
Le baptême de l’autoroute au nom de Trump s’inscrit dans cette dynamique diplomatique. Pour Rabat, l’opération permet de célébrer publiquement le soutien américain et d’ancrer symboliquement la présence marocaine sur le territoire. Pour Trump, elle valorise son rôle dans le rapprochement stratégique, alors qu’il prépare sa campagne présidentielle.
L’Initiative Atlantique, corridor commercial vers le Sahel
La voie express Tiznit-Dakhla constitue l’épine dorsale terrestre de l’Initiative Atlantique marocaine, lancée en 2023. Ce projet vise à positionner le Maroc comme corridor commercial reliant l’Europe au Sahel et à l’Afrique de l’Ouest. Le port Dakhla Atlantique, dont les travaux ont débuté en 2021, doit devenir une plateforme logistique majeure pour les flux de marchandises et de phosphate.
Selon Al Jazeera, le Maroc a extrait 2 millions de tonnes de phosphate du Sahara occidental en 2025. Ces ressources, exploitées par l’Office chérifien des phosphates (OCP), alimentent l’économie marocaine et financent les infrastructures locales. Le royaume y a également développé des fermes solaires, des usines de dessalement et des lotissements résidentiels pour encourager l’installation de populations marocaines.
Contexte au Maroc
Le Maroc administre environ 80 % du territoire du Sahara occidental depuis 1975, après la Marche verte organisée par le roi Hassan II. Le reste est contrôlé par le Front Polisario, mouvement indépendantiste soutenu par l’Algérie, qui revendique la création d’une République arabe sahraouie démocratique (RASD). L’ONU considère le territoire comme non autonome et appelle depuis 1991 à un référendum d’autodétermination, qui n’a jamais eu lieu.
Le Maroc, pays de 38 689 121 habitants en 2026, a fait du Sahara occidental une priorité diplomatique et économique. Le royaume y a investi plusieurs milliards d’euros en infrastructures routières, portuaires et énergétiques pour y affirmer sa souveraineté de fait. La reconnaissance américaine de 2020 a marqué un tournant, isolant diplomatiquement le Polisario et confortant la position marocaine.
Critiques des organisations de défense des droits de l’homme
Des ONG comme Western Sahara Resource Watch dénoncent depuis des années l’exploitation des ressources naturelles du Sahara occidental par le Maroc. Selon ces organisations, citées par Al Jazeera, les projets d’infrastructure consolident une occupation illégale au regard du droit international. La Cour de justice de l’Union européenne a jugé en 2018 que les accords commerciaux entre l’UE et le Maroc ne pouvaient s’appliquer au Sahara occidental sans le consentement du peuple sahraoui.
Le baptême de l’autoroute au nom de Trump alimente ces controverses. Pour les défenseurs des droits sahraouis, il s’agit d’un geste provocateur qui normalise l’annexion du territoire. Pour Rabat et Washington, il célèbre un partenariat stratégique fondé sur la stabilité régionale et la lutte contre le terrorisme au Sahel.
Le gouvernement marocain n’a pas précisé à quelle date il formaliserait officiellement le changement de nom. La cérémonie annoncée pour le 28 juillet n’a pas eu lieu, ou du moins n’a fait l’objet d’aucune couverture médiatique confirmée. Le silence de Rabat laisse planer le doute sur la portée réelle de l’annonce de Trump, mais le symbole diplomatique, lui, est déjà acté.
