Marseille : accord amer pour les femmes de chambre licenciées après quatre mois de grève

Six salariées de l'hôtel Saint-Charles obtiennent des indemnités revalorisées mais quittent leur poste avec amertume après un conflit long de plusieurs mois.

Marseille : accord amer pour les femmes de chambre licenciées après quatre mois de grève
Illustration Alexandre Santini / info.fr

Le protocole d'accord signé le 20 avril 2026 met fin à la grève à l'hôtel Marseille Centre Gare Saint-Charles. Six femmes de chambre sont licenciées malgré la mobilisation. Les avancées obtenues ne dissipent pas la colère des concernées.

La grève avait commencé le 29 décembre 2025. Quatre mois plus tard, un accord a été signé. Mais pour six femmes de chambre de l’hôtel Saint-Charles - ex-Holiday Inn, géré par le groupe Alboran - , la fin du conflit n’efface pas la déception. Leurs licenciements économiques sont confirmés, même si les conditions de départ ont été négociées à la hausse.

Un accord qualifié de « largement favorable »

Le protocole du 20 avril 2026, conclu entre la direction et les grévistes représentés par la CNT-SO 13, prévoit des dommages et intérêts supérieurs aux propositions initiales, le paiement à 50 % des jours de grève, et une garantie de non-licenciement économique pour les salariés restants jusqu’en 2028. Gaëlle Barbero, représentante syndicale, souligne que « cet accord est le fruit direct du rapport de force construit par les grévistes », selon La Provence. Le syndicat parle d’une lutte « victorieuse ».

L’accord prévoit également l’absence de sanctions contre les grévistes, le maintien des avantages acquis en cas de changement de sous-traitant, et des ruptures conventionnelles possibles pour les salariées concernées jusqu’en mars 2027.

« On a tout donné et ils nous jettent dehors »

Publicité

Côté licenciées, le bilan est plus amer. Daniela, après huit ans de service dans l’établissement, résume son sentiment à ICI Provence : « Je travaillais ici depuis huit ans, on a tout accepté […] et là on nous renvoie comme ça ? » La phrase circule depuis comme symbole du paradoxe de l’accord : meilleur sur le papier, douloureux dans les faits.

Le mouvement avait été déclenché contre un projet de sept licenciements économiques visant, selon la CNT-SO, principalement des syndiqués. Finalement, six départs ont été actés. Ce conflit s’inscrit dans une série de tensions sociales récurrentes à Marseille, où les grèves hôtelières sont devenues une forme de recours habituelle pour les salariés de l’entretien. En 2019, le NH Collection avait connu 167 jours de grève ; en 2024, le Radisson Blu avait résisté 69 jours avant un accord.

La question des conditions de travail dans le secteur hôtelier rejoint des préoccupations plus larges sur la précarité, notamment documentées dans des mobilisations comme celles concernant les femmes en situation de vulnérabilité en Île-de-France.

Prochaine étape : mars 2027

Pour les six licenciées, des ruptures conventionnelles restent possibles jusqu’en mars 2027, selon La Marseillaise. Les salariées maintenues en poste bénéficient d’une protection jusqu’à fin 2028. Pendant ce temps, l’hôtel doit obtenir sa quatrième étoile dans les semaines à venir, selon ICI Provence. L’établissement change de standing. Ses anciennes employées cherchent un autre emploi.

Sources

Alexandre Santini

Alexandre Santini

Basé à Marseille, couvre les quartiers Nord, la politique municipale, les chantiers du Grand Port et les tensions sur la propreté urbaine. Formé au CFJ, il a travaillé en télé locale avant de rejoindre la rédaction web. Posture : ne jamais dépendre des communiqués de la mairie, aller dans les cités, interroger les associations, croiser les budgets et les promesses électorales.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie