Marseille : le député LFI Delogu jugé mardi pour recel de documents volés au Crif
Convoqué le 9 juin au tribunal correctionnel, Sébastien Delogu risque une peine d'inéligibilité qui compromettrait ses ambitions municipales.
Le député LFI des Bouches-du-Rhône Sébastien Delogu comparaît mardi 9 juin 2026 devant le tribunal correctionnel de Marseille pour recel de biens provenant d'un vol, divulgation d'informations personnelles et atteinte au secret des correspondances. Les faits remontent à septembre 2024 et à la diffusion sur Instagram de documents volés lors d'une invasion des bureaux de Laser Propreté.
L’essentiel
- Audience : 9 juin 2026, tribunal correctionnel de Marseille - trois chefs d’accusation retenus par le parquet.
- Les faits : diffusion le 24 septembre 2024 sur Instagram (~95 000 abonnés) de documents privés volés cinq jours plus tôt dans les bureaux de Laser Propreté par une délégation CGT d’environ 100 personnes.
- La victime : Isidore Aragones, avocat et ex-président du Crif Marseille-Provence, brièvement président du conseil d’administration de Laser Propreté entre le 12 septembre et début octobre 2024.
- Perquisition : domicile et permanence de Delogu fouillés en mai 2025 dans le cadre de l’enquête.
- Enjeu politique : Delogu, candidat LFI aux municipales 2026, a obtenu environ 11,94 % au premier tour ; une condamnation pourrait entraîner son inéligibilité.
Ce qui s’est passé en septembre 2024
Le 19 septembre 2024, une délégation syndicale CGT d’environ 100 personnes envahit les bureaux de Laser Propreté, société de nettoyage marseillaise alors en plein conflit social. Des documents sont soustraits lors de cette intrusion. Cinq jours plus tard, le 24 septembre, Sébastien Delogu publie une partie de ces pièces sur son compte Instagram, suivi par quelque 95 000 abonnés, selon Le Monde et Marsactu.
Les documents concernent Isidore Aragones, avocat au barreau de Marseille et ancien président du Crif Marseille-Provence. Aragones venait d’être nommé président du conseil d’administration de Laser Propreté le 12 septembre 2024, en pleine crise de l’entreprise. Il quitte ce poste début octobre. Laser Propreté est placée en redressement judiciaire le 8 octobre 2024, puis en liquidation judiciaire le 9 décembre 2024 par le tribunal de commerce de Marseille, selon les données Pappers et Les Mandataires.
Aragones porte plainte en octobre 2024. Il affirme, cité par BFMTV, que la diffusion a exposé sa vie privée et le mettait en danger, en raison notamment de mentions relatives à ses liens avec Israël dans les documents publiés. La plainte vise à la fois Delogu et Manuel Bompard, député LFI et coordinateur national du mouvement, selon le Times of Israel.
Trois chefs d’accusation confirmés par le parquet
Le parquet de Marseille a confirmé via l’AFP la tenue de l’audience et les qualifications retenues : recel de biens provenant d’un vol, divulgation d’informations personnelles exposant autrui à un risque, et atteinte au secret des correspondances. L’information judiciaire a conduit à une perquisition du domicile et de la permanence parlementaire de Delogu en mai 2025.
Delogu se présente comme lanceur d’alerte. Il affirme avoir reçu les documents d’un tiers et les avoir diffusés après avoir adressé un signalement article 40 au procureur sur des malversations présumées chez Laser Propreté. Manuel Bompard a défendu cette ligne sur les réseaux sociaux, indiquant que les documents « indiquant des malversations » avaient été transmis à Delogu et qu’il avait « le devoir de les signaler ».
Le risque d’inéligibilité en pleine campagne municipale
L’affaire est révélée par Le Parisien le 9 janvier 2026, en pleine période de campagne pour les municipales marseillaises. Delogu, député de la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône depuis 2022, s’est porté candidat LFI à la mairie de Marseille. Il a recueilli environ 11,94 % des voix au premier tour, selon les résultats disponibles.
Une condamnation pour ces infractions peut théoriquement s’accompagner d’une peine complémentaire d’inéligibilité. La décision du tribunal est donc suivie de près dans les cercles politiques locaux, à quelques semaines du second tour municipal. La défense de Delogu n’a pas communiqué publiquement sur la stratégie adoptée pour l’audience. Dans le département, d’autres affaires mettent en tension élus locaux et justice en cette période électorale.
Contexte dans les Bouches-du-Rhône
Marseille, première ville du département avec plus de 870 000 habitants, est un terrain politique particulièrement disputé à l’approche des municipales 2026. LFI y tente une percée significative, s’appuyant sur des figures comme Delogu et Bompard, tous deux élus dans le département. La municipalité actuelle conduit par ailleurs ses propres réformes de services dans un contexte de campagne active.
L’affaire Laser Propreté s’inscrit dans un contexte social tendu dans le secteur de la propreté marseillais : la société avait perdu des contrats auprès de la SNCF et de la RTM avant sa liquidation, selon Les Mandataires et Pappers. Isidore Aragones, dont la présidence du Crif Marseille-Provence remonte à son élection le 4 juillet 2004 (à 57 ans, succédant à Clément Yana selon le site du Crif), est une figure connue du milieu judiciaire et communautaire local.
Manuel Bompard, visé par la plainte initiale d’Aragones mais non renvoyé en correctionnelle à ce stade, reste en retrait de la procédure judiciaire. La gauche radicale traverse plus largement une période de tensions internes au niveau national, qui se répercutent dans les campagnes locales.
Le jugement est attendu le 9 juin 2026 ou dans les semaines suivant l’audience, selon le délibéré que fixera le tribunal correctionnel de Marseille.
Sources
- La Provence : Sébastien Delogu, candidat LFI à la mairie de Marseille, jugé en juin pour recel de vol
- Le Monde : Sébastien Delogu, candidat LFI à la mairie de Marseille, jugé en juin pour la diffusion de documents privés volés
- Marsactu : Sébastien Delogu, candidat LFI aux municipales à Marseille, jugé en juin pour recel de vol
- Times of Israel : L'ex-président du CRIF de Marseille porte plainte contre Delogu et Bompard pour vol et recel de vol de documents