Marseille : la famille de Mehdi conteste le tir fatal d’un policier municipal

Menotté, maintenu au sol, touché dans le dos la famille de Mehdi Laoufi, tué le 23 avril, dépose plainte pour homicide volontaire et réclame une enquête indépendante.

Marseille : la famille de Mehdi conteste le tir fatal d'un policier municipal
Illustration Alexandre Santini / info.fr

Mehdi Laoufi, 26 ans, a été abattu par un policier municipal le 23 avril 2026 lors d'un contrôle routier dans le 11e arrondissement de Marseille. La famille, via son avocate, conteste la version officielle et a déposé plainte le 28 avril pour homicide volontaire. Le parquet maintient que l'autopsie n'établit aucun tir dans le dos.

Mehdi Laoufi, 26 ans, a été abattu par un policier municipal le 23 avril 2026 vers 17h20, au 45 boulevard des Libérateurs, dans le 11e arrondissement de Marseille. Cinq jours après les faits, deux versions s’affrontent : celle des agents, validée selon le parquet par l’autopsie, et celle de la famille, qui conteste point par point le récit officiel.

L’essentiel

  • 23 avril 2026, 17h20 : Mehdi Laoufi, 26 ans, abattu au 45 boulevard des Libérateurs (11e arrondissement de Marseille) lors d’un contrôle routier par la police municipale.
  • Trois impacts : L’autopsie diligentée par le parquet de Marseille confirme trois impacts de balle - abdomen, aisselle, épaule - et aucun tir dans le dos.
  • 28 avril 2026 : La famille dépose plainte pour homicide volontaire, réclamant une information judiciaire indépendante, l’accès au rapport d’autopsie et l’exploitation des caméras de surveillance.
  • Version familiale : Selon l’avocate Me Kayna Kedjar, Mehdi était menotté et maintenu au sol avant les tirs - ce que conteste la version policière.
  • Enquête en flagrance : Le parquet a ouvert une enquête et entendu les trois agents impliqués ; les témoins non entendus sont invités à se manifester.

Ce qui s’est passé le 23 avril

Le contrôle routier a lieu en fin d’après-midi boulevard des Libérateurs. Mehdi Laoufi est sous le coup d’un mandat d’arrêt pour trafic de stupéfiants et défavorablement connu des services de police, selon Le Figaro et France 3 Provence. Sept bonbonnes de protoxyde d’azote sont découvertes dans son véhicule lors du contrôle, selon Le Parisien.

La situation dégénère. Un policier municipal tire trois fois. Mehdi Laoufi décède des suites de ses blessures. Trois agents impliqués dans l’intervention sont entendus par la justice dans les jours suivants, selon Actu.fr.

La version des policiers municipaux

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Selon la version portée par la hiérarchie policière et rapportée par France 3 Provence, Mehdi Laoufi est sorti de son véhicule armé d’un couteau de cuisine et a menacé les agents. Un policier a fait usage de son arme trois fois, en invoquant la légitime défense.

Le parquet de Marseille a fait réaliser une autopsie. Résultat communiqué : trois impacts de balle, localisés à l’abdomen, à l’aisselle et à l’épaule. Le parquet indique qu’aucun tir n’a atteint le dos, contredisant directement la version familiale sur ce point précis.

Ce que conteste la famille

Le 28 avril, Me Kayna Kedjar, avocate de la famille, communique de nouveaux éléments. Selon elle, Mehdi Laoufi aurait été menotté et maintenu au sol avant d’être atteint par les tirs. La famille affirme qu’il a reçu une balle dans le dos.

La famille lance un appel à témoins et réclame l’exploitation des caméras de surveillance de la zone ainsi que l’accès complet au rapport d’autopsie. Une mobilisation judiciaire dans les Bouches-du-Rhône autour des conditions de détention et de justice illustre un contexte local sensible sur les questions institutionnelles.

Me Kedjar demande l’ouverture d’une information judiciaire qu’elle qualifie d’impartiale, distincte de l’enquête en flagrance déjà ouverte par le parquet.

La plainte pour homicide volontaire

Le 28 avril 2026, la famille dépose officiellement plainte pour homicide volontaire, selon La Provence et Le Figaro. Cette qualification, distincte de l’homicide involontaire, implique l’intention de donner la mort - ce que la famille entend faire établir ou infirmer par une juridiction d’instruction.

Le parquet de son côté mène une enquête en flagrance, cadre procédural habituel pour les premières heures d’une affaire de ce type. Il invite les témoins non encore entendus à se manifester auprès des enquêteurs.

Manuel Bompard, député des Bouches-du-Rhône et figure de La France Insoumise, a relayé sur X la demande de la famille pour une enquête indépendante. D’autres voix politiques se sont exprimées dans le même sens, amplifiant la visibilité de l’affaire au-delà du périmètre local. À noter : le tweet d’une journaliste affirmant qu’une balle a atteint le dos contredit les conclusions de l’autopsie telles que communiquées par le parquet - ces éléments contradictoires sont au cœur du litige judiciaire à venir. Dans un autre registre, un procès pour homicide a récemment été renvoyé pour vice de procédure à Caluire, rappelant que la qualification retenue peut être lourde de conséquences procédurales.

Contexte dans les Bouches-du-Rhône

Marseille dispose d’une police municipale armée depuis plusieurs années. Ce n’est pas la première fois qu’un tir de cette force locale fait l’objet d’une procédure judiciaire. En 2019, deux policiers municipaux marseillais avaient été mis en examen pour violences volontaires après avoir tiré sur un suspect refusant d’obtempérer - un épisode décrit alors comme le premier incident connu de tirs par la police municipale de la ville, selon Le Parisien et BFMTV.

Le 11e arrondissement de Marseille, où s’est produit le tir, est l’un des secteurs où la police municipale est déployée dans le cadre des politiques de sécurité renforcée menées par la mairie. La ville de Marseille, deuxième commune de France avec environ 870 000 habitants selon l’INSEE, est aussi celle qui concentre un nombre important d’incidents liés aux stupéfiants et au trafic. Le contexte de l’interpellation - mandat d’arrêt actif pour trafic, bonbonnes de protoxyde retrouvées dans le véhicule - est un élément que le parquet intègre dans son analyse de la scène, sans que cela préjuge de la légalité du tir.

La question de l’armement et des conditions d’usage de la force par la police municipale est régulièrement soulevée dans les Bouches-du-Rhône. Les agressions contre des policiers nourrissent également ce débat, dans un contexte national tendu sur les violences liées aux contrôles.

Les points de désaccord restent entiers

Deux éléments concentrent le litige : la position de Mehdi Laoufi au moment des tirs (debout et menaçant selon les policiers, menotté au sol selon la famille) et la localisation des impacts (aucun dans le dos selon l’autopsie du parquet, une balle dans le dos selon la famille). Ces contradictions ne pourront être tranchées que par l’instruction judiciaire.

L’exploitation des images de vidéosurveillance du boulevard des Libérateurs, réclamée par la famille, constitue l’un des éléments probatoires centraux. Le parquet n’a pas précisé publiquement si ces images avaient déjà été sécurisées et analysées.

La suite dépend de la décision du parquet de Marseille : transmettre ou non le dossier à un juge d’instruction, comme le réclame la famille via sa plainte pour homicide volontaire déposée le 28 avril. La réponse judiciaire déterminera le périmètre et l’indépendance de l’enquête à venir.

Sources

Alexandre Santini

Alexandre Santini

Alexandre est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Bouches-du-Rhône (13), avec Marseille pour chef-lieu. Spécialité du département : premier port français et métropole AMP (1,9M habitants). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

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