Martinique : la CTM relance le projet d’hymne officiel après deux invalidations judiciaires
L'Assemblée de la CTM a adopté à l'unanimité une délibération pour relancer la désignation d'un hymne via consultation citoyenne, après deux recours judiciaires depuis 2021.
L'Assemblée de la Collectivité territoriale de Martinique a voté jeudi 21 mai 2026 une délibération lançant une nouvelle consultation populaire pour doter l'île d'un hymne officiel. Deux précédentes tentatives ont été invalidées par la justice, en 2021 puis en 2024.
L’Assemblée de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) a adopté à l’unanimité, jeudi 21 mai 2026, une délibération relançant le processus de désignation d’un hymne officiel pour l’île. Une commission ad hoc sera chargée de définir la méthodologie d’une consultation citoyenne. C’est le troisième cycle de cette démarche, après deux annulations par le tribunal administratif de Fort-de-France.
L’essentiel
- Vote : Délibération adoptée à l’unanimité le 21 mai 2026 par l’Assemblée de la CTM.
- Première annulation : Novembre 2021, le tribunal administratif de Fort-de-France invalide une première tentative.
- Deuxième annulation : Mai 2024, l’hymne « Ansanm », issu de la consultation de 2023, est invalidé pour vice de forme.
- Commission ad hoc : Créée pour encadrer la nouvelle méthodologie de consultation populaire.
- Drapeau : Le drapeau panafricain (rouge-vert-noir), adopté en 2023, n’a pas été remis en cause par la justice.
Un vote unanime, une troisième tentative
La délibération du 21 mai 2026 acte le principe d’une consultation des Martiniquaises et des Martiniquais pour le choix de leur hymne. Elle prévoit la création d’une commission chargée de cadrer la procédure, afin d’éviter les écueils juridiques qui ont fait tomber les deux premières tentatives, selon Outremers360.
Serge Letchimy, président du conseil exécutif de la CTM, a tenu à préciser le sens du geste après le vote. La désignation d’un hymne n’est, selon lui, « pas un geste de rupture » avec la France, mais « un acte de dignité ».
Deux invalidations en quatre ans
La chronologie est précise. En novembre 2021, le tribunal administratif de Fort-de-France annule une première délibération portant sur ce sujet. La CTM repart du début et organise en 2023 une consultation populaire dont sort vainqueur l’hymne « Ansanm ». Mais en mai 2024, le même tribunal invalide partiellement l’adoption de cet hymne, cette fois pour vice de forme dans le processus de consultation.
C’est ce double échec judiciaire qui contraint la collectivité à revoir sa copie. La commission ad hoc désignée jeudi devra produire une méthodologie juridiquement solide avant toute nouvelle consultation. Aucun calendrier précis n’a été communiqué à ce stade.
Sur ce dossier lié à l’identité institutionnelle de l’île, la CTM fait par ailleurs face à d’autres procédures judiciaires, dont une affaire de détournement de fonds renvoyée au 13 janvier 2027.
Le drapeau, lui, est validé
Contrairement à l’hymne, le drapeau aux couleurs panafricaines - rouge, vert, noir - adopté en 2023 par la CTM n’a pas été contesté avec succès devant les tribunaux. Il continue d’être brandi lors de manifestations sportives et culturelles, y compris au Super Bowl 2026, où l’artiste Bad Bunny l’a arboré, selon Outremers360.
Cette différence de traitement judiciaire entre les deux symboles identitaires souligne la complexité du cadre juridique applicable aux collectivités d’outre-mer souhaitant se doter d’attributs propres.
Contexte en Martinique
La Martinique est une collectivité territoriale unique depuis 2015, issue de la fusion du conseil général et du conseil régional. Sa situation institutionnelle est singulière dans le paysage français : département et région à la fois, elle dispose d’une assemblée délibérante et d’un conseil exécutif. Cette architecture explique en partie l’ambition de la CTM de se doter de symboles propres, distincts de ceux de la République.
La question identitaire est récurrente dans le débat local. Elle se double, en 2026, de discussions sur l’évolution statutaire de l’île, un chantier ouvert depuis plusieurs années entre les élus martiniquais et l’État. D’autres dossiers locaux illustrent les enjeux de présence des services publics sur l’ensemble du territoire martiniquais.
La Martinique compte environ 350 000 habitants. Fort-de-France, préfecture, concentre les principales institutions, dont le siège de la CTM et le tribunal administratif qui a examiné les deux recours sur l’hymne.
Prochaine étape : la commission doit plancher sur la méthode
La commission ad hoc créée par la délibération du 21 mai doit désormais définir les modalités juridiques et pratiques de la future consultation. Aucune date de résultat n’a été annoncée. La procédure retenue devra, cette fois, résister à un éventuel nouveau recours devant le tribunal administratif de Fort-de-France.