Mayotte : 21 409 expulsions en 2025, mais la préfecture pointée pour ses retards
Le département concentre 90% des éloignements ultramarins, mais des habitants dénoncent des blocages administratifs persistants au bureau des étrangers.
En 2025, la France a procédé à 24 985 éloignements d'étrangers en situation irrégulière, soit une hausse de 15,7% par rapport à 2024. Mayotte en concentre l'essentiel avec 21 409 expulsions. Sur le terrain, des habitants et associations dénoncent des délais de traitement de huit à neuf mois à la préfecture de Mamoudzou.
En 2025, la France a procédé à 24 985 éloignements d’étrangers en situation irrégulière, soit une hausse de 15,7% par rapport à 2024. Mayotte en concentre l’essentiel avec 21 409 expulsions. Sur le terrain, des habitants et associations dénoncent des délais de traitement de huit à neuf mois à la préfecture de Mamoudzou.
L’essentiel
- +15,7% : hausse des éloignements d’étrangers en situation irrégulière en France en 2025, soit 24 985 cas au total, selon le ministère de l’Intérieur.
- 21 409 éloignements : réalisés à Mayotte en 2025, représentant près de 90% des expulsions depuis l’ensemble des Outre-mer, majoritairement des ressortissants comoriens (20 662).
- 8 à 9 mois : délai constaté pour une première demande d’asile à la préfecture de Mayotte, selon InfoMigrants.
- 19 262 reconduites : enregistrées à Mayotte en 2024, contre 21 409 en 2025, soit une hausse de plus de 2 000 éloignements en un an.
- Loi du 10 juillet 2025 : la loi pour la refondation de Mayotte vise une augmentation de plus de 60% des performances d’éloignement par rapport au niveau pré-cyclone Chido.
Des chiffres nationaux tirés par Mayotte
Le bilan 2025 du ministère de l’Intérieur est sans ambiguïté : les éloignements d’étrangers en situation irrégulière ont progressé de 15,7% sur l’ensemble du territoire français. InfoMigrants a relayé ces données officielles dès leur publication.
Derrière ce chiffre national, Mayotte pèse très lourd. Selon France Info La 1ère, le département a réalisé 21 409 éloignements en 2025, soit près de 90% du total ultramarin. Sur ces reconduites, 20 662 concernaient des ressortissants comoriens. En comparaison, Mayotte avait enregistré 19 262 reconduites en 2024 - déjà le premier poste ultramarin. La hausse 2024-2025 dépasse donc les 2 000 éloignements supplémentaires, dans un contexte post-cyclone Chido qui avait désorganisé une partie des services de l’État en décembre 2024.
Ces chiffres confirment une tendance structurelle : depuis plusieurs années, Mayotte concentre environ deux tiers des éloignements réalisés sur l’ensemble du territoire français. En 2023, lors de l’opération Wuambushu, 24 467 reconduites avaient été enregistrées, selon L’Info Kwezi.
La préfecture de Mamoudzou sous pression
Si les statistiques d’éloignement progressent, la gestion administrative des dossiers à la préfecture de Mamoudzou fait l’objet de critiques persistantes. Selon InfoMigrants, les délais pour traiter une première demande d’asile atteignent huit à neuf mois. Ces retards sont aggravés par le cyclone Chido du 14 décembre 2024, qui a désorganisé les services publics sur l’île, mais aussi par des blocages antérieurs au passage du cyclone.
Sur le réseau X, un témoin local décrit une situation plus grave encore :
Ces signalements, attribués à des habitants et non à des acteurs institutionnels, restent difficiles à vérifier indépendamment. La préfecture de Mayotte n’a pas publié de réponse officielle à ces accusations à la date de publication de cet article. Les dysfonctionnements dénoncés concerneraient le bureau des étrangers, chargé notamment de la délivrance des titres de séjour et du traitement des demandes de régularisation.
Pour les personnes dont la demande d’asile a été acceptée, la situation reste précaire. InfoMigrants rapporte que l’obtention du statut de réfugié ne garantit pas l’accès à des droits effectifs à Mayotte, en raison des délais de mise à jour administrative et de l’engorgement des services. Des personnes reconnues réfugiées se retrouvent ainsi dans des limbes administratives, sans titre de séjour valide délivré dans les délais légaux.
Contexte dans le 976 - Mayotte
Mayotte est le département français le plus exposé à la pression migratoire irrégulière. L’INSEE estimait sa population à 329 000 habitants au 1er janvier 2025, avec une croissance annuelle de 3,8% depuis 2017, due à une natalité élevée et à l’immigration. En 2017, près de 50% de la population était étrangère, selon les données INSEE. Des estimations non officielles, régulièrement avancées dans le débat local, font état de 400 000 à 500 000 habitants - des chiffres jugés très improbables par le directeur général de l’INSEE, selon Le Monde.
Pour préciser ces données, un recensement exhaustif a été lancé du 27 novembre 2025 au 10 janvier 2026, selon le blog de l’INSEE. Ses résultats n’étaient pas encore publiés au moment de la rédaction de cet article.
Les flux migratoires en provenance des Comores sont structurels. Depuis le référendum de 1975, où 60% des Mahorais ont voté pour rester français tandis que les Comores accédaient à l’indépendance, l’archipel comorien voisin génère des flux clandestins continus via les kwassa kwassa, embarcations de fortune. Le Monde rappelle que cette situation dure depuis plus de cinquante ans. En 2024, 809 kwassas ont été détectés à Mayotte, pour 6 764 interpellations en mer, soit une baisse de 25% des interceptions par rapport à 2023, selon l’iFRAP.
Mayotte est aussi le territoire où les opérations de sécurité publique se multiplient, comme en témoignent les récentes saisies de scooters-taxis à Mamoudzou. Sur le plan sécuritaire, des contrôles en milieu scolaire ont également été conduits dans plusieurs établissements du département ces dernières semaines.
La loi de refondation : objectif +60%
Face à cette pression, le Parlement a adopté le 10 juillet 2025 la loi pour la refondation de Mayotte, selon Vie publique. Ce texte fixe plusieurs objectifs chiffrés : augmenter les performances d’éloignement de plus de 60% par rapport au niveau pré-cyclone Chido, mettre fin aux visas territorialisés d’ici 2030, et maintenir des unités familiales pour les mineurs jusqu’en 2028.
Les visas territorialisés, spécifiques à Mayotte, limitent actuellement les déplacements des ressortissants comoriens à ce seul département. Leur suppression en 2030 fait partie d’une harmonisation progressive du droit applicable à Mayotte avec le reste du territoire national - un processus engagé depuis la départementalisation de 2011.
La loi prévoit également une stratégie quinquennale de l’État incluant des engagements de moyens humains et logistiques pour les services préfectoraux. Mais les habitants qui dénoncent aujourd’hui les blocages au bureau des étrangers attendent que ces engagements se traduisent concrètement sur le terrain.
Des critiques locales qui persistent
Au-delà des dysfonctionnements administratifs, des voix mahoraises réclament une politique migratoire plus ferme. Des élus locaux et des associations de terrain font régulièrement état de tensions dans les quartiers de Mamoudzou liées à la présence de personnes en situation irrégulière. Ces demandes de fermeté coexistent avec les critiques sur les retards préfectoraux - deux reproches qui s’adressent au même appareil d’État, mais depuis des angles opposés.
La préfecture fait face à une équation difficile : accélérer les éloignements tout en traitant dans les délais légaux les dossiers de régularisation et d’asile. Un récent article de France Info sur les contrôles au lycée de Sada illustre la mobilisation sécuritaire en cours dans le département. Hors Mayotte, d’autres préfectures font aussi l’objet de mobilisations locales, comme à Limoges où une centaine de personnes ont manifesté devant la préfecture sur un sujet différent, mais signe d’une contestation de la gestion administrative qui dépasse les frontières mahoraises.
La publication des résultats du recensement exhaustif 2025-2026, attendue dans les prochains mois, devrait fournir une base de données actualisée sur la population réelle du département et affiner les projections en matière de politique migratoire.
Sources
- Ministère de l'Intérieur : Lutte contre l'immigration irrégulière — chiffres 2025
- France Info La 1ère : Mayotte a concentré près de 90% des éloignements d'étrangers en situation irrégulière dans les Outre-mer en 2025
- InfoMigrants : Obtenir l'asile n'a rien changé : à Mayotte, des réfugiés bloqués dans les limbes administratives
- Vie publique : Loi pour la refondation de Mayotte