Mayotte : victime d’une usurpation d’identité, il se retrouve interdit bancaire à cause d’un passeport volé il y a 7 ans
Un habitant de Mamoudzou découvre que son passeport volé en 2019 a servi à contracter plusieurs prêts à son insu. Il est désormais fiché à l'IEDOM.
Un Mahorais s'est vu refuser un crédit immobilier. Motif il est fiché comme interdit bancaire. Il a découvert que son passeport, volé il y a sept ans, avait été utilisé par un usurpateur pour souscrire plusieurs prêts jamais remboursés. Reportage de La1ère.
L’essentiel
- Fait 1 : Un habitant de Mamoudzou est interdit bancaire et fiché à l’IEDOM, la Banque de France locale, après une usurpation d’identité.
- Fait 2 : Son passeport, volé en 2019, a permis à un tiers de contracter plusieurs crédits à la consommation non remboursés.
- Fait 3 : La victime ne peut réaliser ses projets immobiliers et reste fichée théoriquement jusqu’en 2027 si la régularisation tarde.
Ce qui s’est passé
Un habitant de Mamoudzou a vu sa vie bancaire basculer lorsqu’il a demandé un prêt immobilier. La banque lui a opposé un refus net : il était inscrit au fichier des interdits bancaires de l’IEDOM (Institut d’émission des départements d’outre-mer), la succursale de la Banque de France à Mayotte. « On m’a dit que j’avais déjà un prêt, mais ce n’était pas moi », a-t-il raconté à La1ère, qui a diffusé un reportage sur son cas.
En enquêtant, l’homme a découvert que son passeport, volé sept ans plus tôt en 2019, avait été utilisé par un inconnu. Ce dernier a contracté plusieurs crédits à la consommation au nom de la victime, auprès de différents organismes. Les prêts n’ont jamais été remboursés, laissant la dette et le fichage à la charge de la personne lésée.
Un préjudice lourd
Au-delà du refus de prêt immobilier, la victime explique que cette interdiction bancaire bloque tous ses projets. Il ne peut ni ouvrir un nouveau compte ni obtenir un crédit. Selon la Banque de France, l’inscription au fichier des interdits bancaires peut durer plusieurs années. Faute de régularisation administrative rapide, l’homme risque de rester fiché théoriquement jusqu’en 2027. Les démarches pour prouver l’usurpation sont longues : il doit fournir des preuves de la fraude (dépôt de plainte, attestation de l’usurpation) auprès de l’IEDOM avant d’espérer un déblocage.
Contexte à Mayotte
Ce cas illustre une vulnérabilité croissante à Mayotte face aux fraudes documentaires. L’archipel connaît une hausse alarmante des usurpations d’identité et des faux papiers. En mai 2026, les autorités ont vérifié 1 628 documents et signalé 33 cas de mise à disposition en tant que sans-papiers lors de contrôles anti-fraude, selon Info.fr. En avril 2026, un réseau pyramidal de trafic de faux papiers entre l’Hexagone et Mayotte a été jugé à Mamoudzou, relate Le Journal de Mayotte. Huit individus ont été condamnés pour faux et usage de faux.
Par ailleurs, la préfecture de Mayotte avait alerté en février 2026 sur la prolifération de faux profils d’élus et de personnalités publiques sur les réseaux sociaux, une autre forme d’usurpation. L’IEDOM et l’IEOM ont lancé en juin 2025 une campagne « Stop aux arnaques » pour sensibiliser les habitants aux fraudes bancaires.
Des fraudes en hausse
L’opération Kingia, lancée par les autorités mahoraises, intensifie les contrôles documentaires pour lutter contre ces arnaques. Dans ce contexte, la victime de Mamoudzou espère que son dossier sera traité rapidement. Selon la Banque de France, les personnes victimes d’usurpation d’identité et fichées peuvent engager une procédure de déblocage auprès de l’IEDOM, sur présentation d’un dépôt de plainte et des justificatifs de la fraude.
Ce fait divers rappelle que la fraude documentaire ne touche pas seulement les papiers d’identité mais aussi le système bancaire. À Mayotte, la multiplication des contrôles tente d’endiguer le phénomène.
Prochaine étape
La victime attend le traitement de son dossier par l’IEDOM. Si la preuve de l’usurpation est reconnue, elle pourra être radiée du fichier des interdits bancaires. D’ici là, elle reste dans l’incapacité d’obtenir le moindre prêt.