Affaire Lyhanna : les magistrats de Mayotte manifestent contre un « dysfonctionnement d’État »
Rassemblés devant le palais de justice de Mamoudzou le 23 juin, les magistrats dénoncent les sanctions annoncées par le ministre et pointent le manque de moyens.
Des magistrats se sont mobilisés devant le palais de justice de Mamoudzou le 23 juin 2026 pour protester contre les sanctions annoncées la veille par le ministre de la Justice dans l’affaire Lyhanna. Ils dénoncent un dysfonctionnement systémique de l’État et refusent d’être des boucs émissaires.
L’essentiel
- Fait 1 : Des magistrats se sont rassemblés le mardi 23 juin 2026 devant le palais de justice de Mamoudzou.
- Fait 2 : Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a annoncé le 22 juin une enquête administrative contre une substitute d’Auch.
- Fait 3 : Un rapport d’inspection conjoint (IGJ-IGGN) publié le 19 juin pointe des dysfonctionnements dans le suivi des plaintes contre Jérôme Barella, principal suspect de la disparition de Lyhanna.
- Fait 4 : Le rapport révèle qu’au moins trois procédures antérieures pour viol sur mineure n’ont pas été traitées entre 2017 et 2025.
Un rassemblement pour dénoncer les sanctions
Ce mardi 23 juin 2026, une cinquantaine de magistrats se sont rassemblés devant le palais de justice de Mamoudzou. À l’appel du Syndicat de la magistrature, ils ont protesté contre les sanctions immédiates annoncées la veille par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Une enquête administrative a été ouverte contre une substitute du procureur d’Auch, qui s’est vu retirer son habilitation à traiter les dossiers de mineurs. Deux gendarmes ont également été sanctionnés.
Selon les manifestants, ces sanctions ciblent des individus alors que les dysfonctionnements sont structurels. « Nous refusons de servir de boucs émissaires », ont-ils déclaré, dénonçant un « dysfonctionnement d’État » lié au manque de moyens et à l’outil Cassiopée, le logiciel de traitement des procédures judiciaires.
Les conclusions du rapport d’inspection
Le 22 juin, un rapport conjoint de l’Inspection générale de la Justice (IGJ) et de l’Inspection générale de la Gendarmerie nationale (IGGN) a été rendu public. Il porte sur le traitement des plaintes visant Jérôme Barella, principal suspect dans la disparition de Lyhanna en août 2025. Le rapport met en lumière une « absence de prise en compte des urgences » et des « erreurs individuelles » dans le suivi des procédures.
Il révèle notamment que Jérôme Barella était déjà visé par au moins trois procédures antérieures pour viol sur mineure, entre 2017 et 2025, qui n’ont pas abouti. Ces dysfonctionnements, selon les magistrats, ne relèvent pas de fautes individuelles mais d’un système judiciaire sous-dimensionné.
Une mobilisation nationale
Le mouvement ne s’est pas limité à Mayotte. Des rassemblements similaires ont eu lieu à Auch, Béziers, Nantes, Périgueux et dans le Var. Partout, les magistrats ont dénoncé des sanctions perçues comme une « opération de communication » du ministre, selon le Syndicat de la magistrature cité par RMC BFM TV. Ils réclament une réforme structurelle et des moyens supplémentaires pour la justice.
Contexte dans le 976 : une justice sous pression
À Mayotte, cette mobilisation s’inscrit dans une situation chronique de surcharge judiciaire. Le tribunal judiciaire de Mamoudzou fait face à des audiences régulièrement renvoyées, une prison surpeuplée et un manque criant de magistrats. Selon France Info Outre-mer, un renfort de six magistrats était attendu en septembre 2026 pour faire face à la charge de travail. Mais pour les manifestants, ces mesures restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins.
L’affaire Lyhanna a mis en lumière les difficultés du système judiciaire mahorais, où les procédures s’accumulent et où les moyens humains et techniques ne suivent pas. Les magistrats locaux rappellent que sans investissements durables, les dysfonctionnements se répéteront.
La prochaine étape judiciaire dans l’affaire Lyhanna n’a pas été annoncée à ce stade. Le rapport d’inspection devrait servir de base à d’éventuelles poursuites disciplinaires ou pénales.