Grève à Mayotte : 15 000 enfants sans école, les syndicats réclament un plan d’urgence

Trois jours de grève dans l'Éducation nationale à Mayotte contre la suppression de 90 classes et le manque chronique de moyens.

Grève à Mayotte : 15 000 enfants sans école, les syndicats réclament un plan d'urgence
Illustration Ahamada Abdallah / info.fr

FSU, CFDT, UNSA et SUD Éducation ont appelé à cesser le travail du 21 au 23 avril 2026 à Mayotte. En cause : la suppression de 90 classes pour la rentrée prochaine, alors que 15 000 enfants restent déjà non scolarisés sur l'île.

Le mouvement était attendu. Mardi 21 avril au matin, une intersyndicale réunissant FSU, CFDT, UNSA et SUD Éducation s’est rassemblée devant le rectorat de Mayotte à Mamoudzou. La grève, lancée pour trois jours, cible la carte scolaire annoncée pour la rentrée 2026 et ce que les syndicats décrivent comme un sous-financement structurel de l’école mahoraise, selon linfokwezi.fr.

90 classes supprimées, 15 000 enfants déjà dehors

Le chiffre est au cœur des revendications : 90 classes du premier degré seront fermées à la prochaine rentrée. Les comités techniques des 30 mars et 7 avril 2026 ont acté ces suppressions malgré le refus unanime des syndicats, selon La1ere.fr. Dans le même temps, environ 15 000 enfants restent non scolarisés à Mayotte, faute de places, selon les estimations syndicales relayées par Mayotte Hebdo.

Ce paradoxe - fermer des classes dans un territoire où des milliers d’enfants n’ont pas de place - résume la colère exprimée devant le rectorat. Ce phénomène n’est pas sans rappeler les suppressions de postes qui alimentent aussi les grèves en métropole, comme à Auxonne récemment.

« 70 % des enfants en CP ne savent pas lire » : le témoignage de la FSU

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Rivomalala Rakotondravelo, représentante de la FSU Mayotte, a livré un état des lieux sévère lors de la manifestation. « 70 % des enfants en CP ou CE1 ne savent pas lire ni écrire », a-t-elle affirmé selon Mayotte Hebdo, imputant ce résultat au manque de moyens humains et matériels. Des enseignants interrogés décrivent des conditions de travail dégradées, sans préciser de causes supplémentaires non confirmées à ce stade.

Le cyclone Chido, fin 2025, a aggravé une situation déjà fragile. Avant la catastrophe, près de 15 000 enfants étaient déjà en rotations scolaires partielles - doubles ou triples vacations dans de nombreux établissements - selon le Bondy Blog. Les destructions n’ont pas arrangé l’état du bâti scolaire. Ce contexte de fragilité éducative dans les territoires sous-dotés dépasse le seul cas mahorais, mais il y prend une dimension particulièrement aiguë.

Un plan d’urgence réclamé, une audience attendue

Les syndicats réclament un « plan d’urgence pour l’éducation » et une audience au rectorat avec des engagements concrets, selon La1ere.fr. Aucune réponse officielle n’avait été rendue publique au moment de la rédaction de cet article.

La situation n’est pas nouvelle. En 2022, une grève avait déjà fermé 87 écoles avec plus de 55 % de participation chez les enseignants du premier degré, selon Mayotte Hebdo. En 2017, les syndicats dénonçaient déjà une « école à la dérive » et réclamaient 500 nouvelles salles de classe. Ces mobilisations récurrentes témoignent d’un problème structurel non résolu. Des dynamiques comparables se retrouvent ailleurs, comme à Roullet-Saint-Estèphe, où une école est également en grève contre des suppressions de postes.

La grève doit se poursuivre jusqu’au 23 avril 2026. Les syndicats attendent une réponse du rectorat avant la fin du mouvement.

Sources

Ahamada Abdallah

Ahamada Abdallah

Correspondant à Mamoudzou, suit les tensions sur l'immigration comorienne, les débats sur la départementalisation, les projets hospitaliers et les infrastructures. Formé à l'IUT info-com de La Réunion, il a grandi à Mayotte. Posture éditoriale : interroger les élus, les associations, les préfets, croiser les rapports de l'INSEE avant de publier.

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