Mayotte : Yoann Gillet (RN) dresse un bilan très critique après 4 jours de mission
Le député du Gard et porte-parole RN dénonce insécurité, manque d'eau et pression migratoire à l'issue d'une mission transpartisane sur le développement économique ultramarin.
Yoann Gillet (RN, député du Gard) a quitté Mayotte le 4 juin 2026 après quatre jours de mission parlementaire. Sur X, il juge la situation « inacceptable » insécurité, manque d'eau, immigration massive. Le rapport transpartisan reste à remettre.
L’essentiel
- Mission de 4 jours : Yoann Gillet (RN, Gard), Béatrice Bellay (PS) et Anchya Bamana (RN, Mayotte) ont conduit début juin 2026 une mission d’information de la Délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale sur les stratégies économiques ultramarines.
- Insécurité structurelle : taux de violences physiques hors cadre familial à 8,3 pour 1 000 habitants en 2025 à Mayotte, contre 3,2 au niveau national (Mayotte La 1ère).
- Crise de l’eau : des restrictions renforcées - potentiellement jusqu’à près de deux jours sur trois selon les quartiers - sont attendues au plus tôt en juillet 2026, après la fin de la saison des pluies et dans les suites du cyclone Chido (décembre 2024).
- Population : environ 329 000 habitants au 1er janvier 2025, selon l’INSEE.
- Mission créée en avril 2026 par la Délégation aux Outre-mer ; Gillet est co-rapporteur parmi 13 membres issus de groupes divers.
Trois députés, quatre jours, un constat sévère
La mission est transpartisane sur le papier. En pratique, c’est le bilan de Yoann Gillet qui a retenu l’attention. Le député RN du Gard, porte-parole du groupe, a posté plusieurs messages sur X dès la fin de la visite pour résumer ce qu’il a observé.
À ses côtés, Béatrice Bellay (PS) et Anchya Bamana, députée RN de Mayotte, complètent le trio désigné par la Délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale. Selon La 1ère, les trois élus ont affirmé vouloir être « les porte-voix des Mahorais » à Paris. Gillet précise que la mission vise à recueillir les attentes locales pour construire un modèle économique plus adapté - et à remettre un rapport dont la date n’a pas encore été communiquée.
La séquence mahoraise fait suite à un déplacement à La Réunion le 31 mai, selon le site du député.
Eau : des coupures qui vont s’aggraver
La question de l’eau est au cœur du constat de Gillet. Mayotte vit depuis des années sous régime de « tours d’eau » - des coupures alternées selon les quartiers. Selon Le Monde (27 mai 2026), des restrictions supplémentaires sont prévues pour entrée en vigueur au plus tôt en juillet 2026, pouvant atteindre près de deux jours de coupure sur trois dans certaines zones.
Le lien avec le cyclone Chido, qui a frappé l’île en décembre 2024, est direct : les infrastructures hydrauliques n’ont pas été pleinement restaurées, et la fin de la saison des pluies accélère la pression sur les réserves. L’usine de dessalement d’Ironi Bé, l’une des réponses envisagées, reste suspendue à une décision de justice pour irrégularités environnementales.
Insécurité : des chiffres très au-dessus de la moyenne nationale
Sur le front de la sécurité, les données 2025 publiées par Mayotte La 1ère sont sans ambiguïté : le taux de violences physiques hors cadre familial s’établit à 8,3 pour 1 000 habitants sur l’île, soit plus du double de la moyenne nationale (3,2 pour 1 000). Les statistiques montrent aussi une progression des cambriolages et du trafic de stupéfiants, même si les vols violents sont en léger recul.
En avril 2026, la préfecture a lancé l’opération « Kingia », décrite comme un « choc de sécurité » de deux mois. L’opération a mobilisé environ 100 forces de l’ordre pour des décasages et interpellations. La nuit du 2 au 3 juin - pendant la mission des députés - , des barrages et caillassages ont eu lieu à Kahani et Tsararano, illustrant la persistance des tensions. Quelques jours plus tard, un mouvement de foule aux abords du lycée de Tsararano a nécessité l’intervention des gendarmes.
Un discours politique assumé
Gillet ne dissocie pas les problèmes entre eux. Sur X, il relie explicitement insécurité, manque d’eau et « immigration massive » à ce qu’il qualifie de sentiment d’abandon par les gouvernements successifs. Selon La 1ère, le député a déclaré que « les choses n’ont pas avancé, elles ont même reculé » depuis les visites de ministres.
Ce cadrage politique - qui dépasse le mandat strictement économique de la mission - distingue le discours public de Gillet des déclarations plus institutionnelles de ses co-rapporteurs. La position de Bellay (PS) sur ces mêmes points n’a pas été détaillée dans les sources disponibles à ce stade.
Contexte dans le département (Mayotte, 976)
Mayotte est le département français le plus jeune et le plus pauvre : environ 329 000 habitants selon l’INSEE (estimation au 1er janvier 2025, recensement adapté post-Chido), avec plus de 77 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté selon les dernières données disponibles. Le territoire cumule des déficits structurels en eau potable, en assainissement et en infrastructures scolaires et sanitaires.
Le cyclone Chido de décembre 2024 a aggravé une situation déjà fragile. Depuis, plusieurs missions parlementaires et ministérielles se sont succédé. La mission de la Délégation aux Outre-mer, créée en avril 2026, est la plus récente. Elle s’inscrit dans un calendrier politique où Mayotte attend toujours la concrétisation de plusieurs engagements de l’État pris dans les semaines post-Chido.
Sur le plan sécuritaire, l’île fait l’objet d’opérations répétées - « Wuambushu » en 2023, puis « Kingia » en 2026 - sans que les indicateurs de fond n’enregistrent de retournement durable, selon les statistiques publiées par les forces de l’ordre.
Prochaine étape : le rapport
Les trois co-rapporteurs doivent remettre leurs conclusions à la Délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale. Aucune date n’a été communiquée pour la remise du rapport. Ce document devrait formaliser les recommandations issues des auditions locales, qu’elles portent sur le modèle économique, l’eau ou la sécurité.
Sources
- Le Journal de Mayotte : À Mayotte, une mission parlementaire face aux freins structurels du développement économique
- Mayotte La 1ère : "Le but, c'est de nous faire les porte-voix des Mahorais" — Gillet et Bellay à Mayotte
- Le Monde : À Mayotte, face à des restrictions d'eau supplémentaires, le spectre d'une nouvelle crise ressurgit
- Préfecture de Mayotte : Opération Kingia : un bilan d'étape marqué par une action résolue de l'État