Merlier gagne à Chalon grâce à Stuyven, malgré la crevaison
Le duo belge improvise et démonte le train Alpecin à 500 mètres de l'arrivée
Tim Merlier s'impose pour la troisième fois sur ce Tour. Son lanceur Jasper Stuyven crève en plein final, mais tient bon et place son sprinteur au bon moment.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Improvisation forcée
Bert Van Lerberghe, le lanceur habituel de Merlier, a abandonné lors de la 5e étape. Jasper Stuyven, recruté pour les classiques, assure le rôle de dernier homme malgré une crevaison à 500 mètres de l'arrivée.
Train adverse cassé
Alpecin-Deceuninck contrôlait le final avec Mathieu van der Poel en tête depuis un kilomètre. Stuyven passe par la gauche, accélère, et démonte le dispositif adverse pour placer Merlier.
Chute massive finale
Fernando Gaviria se fracture la clavicule dans une chute collective survenue dans les derniers mètres, juste derrière les sprinteurs de tête. Dorian Godon également impliqué.
Objectif survie
Merlier a annoncé que son objectif pour le reste du Tour serait de survivre aux étapes de montagne. Le maillot vert n'est plus une priorité. Dès le lendemain, l'étape monte au Ballon d'Alsace.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Tim Merlier remporte sa troisième victoire d'étape sur ce Tour de France 2026 à Chalon-sur-Saône
- Jasper Stuyven, son lanceur, subit une crevaison à 500 mètres de l'arrivée mais tient bon pour placer Merlier
- Le duo belge casse le train Alpecin-Deceuninck mené par Mathieu van der Poel depuis un kilomètre
- Fernando Gaviria se fracture la clavicule dans une chute massive survenue dans les derniers mètres
- Merlier totalise désormais 6 victoires sur la Grande Boucle et 75 succès en carrière professionnelle
Jeudi 16 juillet - ligne droite de Chalon-sur-Saône. Jasper Stuyven sent sa roue arrière qui flanche. Il a 500 mètres pour placer Tim Merlier. Pas le temps de changer de vélo, pas le temps de négocier. Il serre les dents, reste debout sur les pédales, prend la tête du peloton sous la flamme rouge.
Derrière, Mathieu van der Poel mène le train Alpecin-Deceuninck depuis un kilomètre. Huit équipiers en file indienne pour lancer Jasper Philipsen. La machine habituelle. Sauf que Stuyven passe par la gauche, accélère encore, et largue tout le monde. Merlier se colle dans sa roue. À 150 mètres - il bondit, dépasse Olav Kooij - franchit la ligne en premier.
Troisième victoire sur cette édition du Tour. Sixième succès sur la Grande Boucle. Temps de l’étape: 3h38’53 » sur les 179,1 km qui reliaient le circuit de Nevers Magny-Cours à Chalon-sur-Saône. Merlier porte désormais son total à 75 victoires professionnelles. Philipsen termine troisième, Kooij deuxième.
Le plan B qui marche trois fois
Stuyven n’était pas prévu pour ce rôle. Le lanceur habituel de Merlier, c’est Bert Van Lerberghe. Les deux se connaissent par cœur, se parlent sans radio, anticipent. Mais Van Lerberghe chute lors de la 5e étape et abandonne. La Soudal Quick-Step improvise. Stuyven - 34 ans - vainqueur de Milan-Sanremo 2021, devient le dernier homme. Pas son truc, le sprint train. Lui, c’est les classiques, les finales chaotiques, le rôle de capitaine de route.
Première tentative à Bordeaux, étape 7: ça marche. Stuyven place Merlier, qui gagne. Deuxième essai à Nevers: raté. Merlier se fait enfermer, doit se relever trois fois, termine hors du top 10. Søren Wærenskjold s’impose. Troisième chance à Chalon: Stuyven crève - mais tient. Merlier gagne.
Après la course, Merlier évoque une meilleure communication entre eux ce jour-là. Curieusement, cette affirmation de communication renforcée contraste avec les conditions réelles du final. Le système de radio de Merlier était en panne dans les derniers kilomètres. Il n’a pas entendu ses directeurs lui signaler l’échappée de 27 coureurs partie plus tôt dans l’étape. La « meilleure communication » dont parle Merlier n’était donc pas technique, mais physique: des regards, des gestes, une compréhension tacite entre deux coureurs qui apprennent à se lire sans mots. Une connexion instinctive construite en trois sprints, renforcée par l’absence forcée de toute autre option.
Alpecin contrôle, Stuyven casse
À un kilomètre de l’arrivée - Mathieu van der Poel et ses équipiers prennent la tête. Le train Alpecin-Deceuninck se déploie: huit hommes en file, rythme élevé, Philipsen en embuscade. La tactique standard des équipes de sprinteurs. Bloquer les autres, contrôler le tempo, lâcher le finisseur au bon moment.
Mais Stuyven ne suit pas le script. Il remonte par la gauche, accélère, casse le train adverse à 500 mètres. Sa roue arrière perd de la pression - mais il ne lâche rien. Merlier reste collé, prend sa roue, attend. À 150 mètres - il se retrouve enfermé entre deux coureurs. Il se dégage, bondit sur la gauche, dépasse Kooij dans les 50 derniers mètres. Sprint foudroyant.
Derrière, le peloton se disloque. Une chute massive survient dans les derniers mètres. Fernando Gaviria tombe lourdement, se fracture la clavicule. Dorian Godon est également pris dans la chute. Les autres sprinteurs évitent le carnage de justesse. Tadej Pogačar conserve le maillot jaune sans encombre.
Ce que personne ne dit
La Soudal Quick-Step a recruté Stuyven pour la saison 2026 après douze ans chez Lidl-Trek. Objectif: renforcer les classiques et apporter de l’expérience. Pas pour faire le poisson-pilote. Après le départ de Remco Evenepoel - l’équipe dirigée par Jurgen Foré a recentré son effectif sur les sprints et les classiques. Stuyven devait être le capitaine de route, celui qui gère les finales bordéliques. Pas le dernier lanceur d’un sprinteur.
Résultat: il fait les deux. Il lance Merlier, termine selon plusieurs sources dans les vingt premiers, et admet ne pas apprécier particulièrement ce rôle. Mais il le fait quand même, trois fois sur ce Tour, dont une avec une crevaison. Sans lui, Merlier n’aurait probablement pas ses trois victoires. Le paradoxe: un coureur recruté pour ne PAS faire ce travail le fait mieux que prévu.
Survivre aux Alpes
Merlier a déjà annoncé la suite. Son objectif pour le reste du Tour: « survivre » aux étapes de montagne. Dès le lendemain, la 13e étape monte au Ballon d’Alsace. Puis les Alpes. Le maillot vert? Pas une priorité. Mads Pedersen mène avec 40 points d’avance sur Biniam Girmay. Merlier n’est plus dans la course.
Sa famille était à l’arrivée à Chalon. Son fils Jules l’attendait derrière la ligne. Merlier a déclaré après la course que gagner pour sa famille était « vraiment spécial ». Trois victoires sur cette édition, un train improvisé qui fonctionne, une crevaison surmontée. Le reste, ce sont les Alpes. Il verra bien.
