Mohed Altrad visé par une enquête pour fraude fiscale : 331 millions réclamés par le fisc
Le propriétaire du MHR et sponsor du XV de France est soupçonné d’avoir utilisé un montage offshore à Dubaï pour éluder l’impôt entre 2018 et 2024.
Le Parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour fraude fiscale aggravée et blanchiment en bande organisée visant le groupe Altrad. Le fisc réclame 331 millions d’euros d’arriérés. Une perquisition a eu lieu au siège de Montpellier en juin.
L’essentiel
- Fait 1 : Le PNF a ouvert une enquête préliminaire pour fraude fiscale aggravée et blanchiment en bande organisée visant le groupe Altrad.
- Fait 2 : L’administration fiscale réclame 331 millions d’euros d’arriérés d’impôts sur la période 2018-2024.
- Fait 3 : Une cinquantaine d’enquêteurs de l’Office national de lutte contre la fraude ont perquisitionné le siège d’Altrad à Montpellier en juin 2026.
- Fait 4 : L’argent issu de la fraude présumée aurait notamment servi à financer le sponsoring maillot du XV de France.
Nouveau coup de tonnerre dans le rugby français. Mohed Altrad, président du groupe de BTP éponyme, propriétaire du Montpellier Hérault Rugby (MHR) et sponsor du maillot du XV de France, est au cœur d’une enquête judiciaire pour fraude fiscale d’une ampleur inédite. Le Parquet national financier (PNF) a confirmé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour fraude fiscale aggravée et blanchiment en bande organisée, déclenchée après une plainte du fisc déposée à la mi-avril 2026.
Selon les informations de Mediapart, corroborées par plusieurs sources, l’administration fiscale réclame au groupe Altrad 331 millions d’euros d’arriérés d’impôts sur la période 2018-2024. Les soupçons des enquêteurs se concentrent sur un montage financier international sophistiqué, transitant par une plateforme offshore basée à Dubaï. L’objectif présumé : éluder l’impôt sur les sociétés en France en détournant une partie des bénéfices du groupe vers cette entité étrangère.
Une perquisition d’ampleur au siège de Montpellier
En juin 2026, une opération d’envergure a été menée. Une cinquantaine d’enquêteurs de l’Office national de lutte contre la fraude (ONAF) ont perquisitionné le siège du groupe Altrad, situé à Montpellier, dans les locaux même du club de rugby. Cette descente témoigne de la gravité des soupçons portés par la justice. Selon le PNF, l’enquête préliminaire vise les chefs de « fraude fiscale aggravée » et de « blanchiment en bande organisée », des qualifications qui alourdissent considérablement les charges potentielles.
Le préjudice total, incluant les pénalités et les intérêts de retard, est estimé entre 350 et 400 millions d’euros, selon une source interne au groupe Altrad citée par l’AFP. Les montants annuels détournés oscilleraient entre 23 et 86 millions d’euros, ce qui en ferait l’une des plus grosses affaires de fraude fiscale jamais instruites en France.
Des millions du fisc vers le rugby français ?
L’enquête ne se limite pas à la seule sphère fiscale. Les investigations du PNF s’intéressent également à l’utilisation qui aurait été faite des fonds soustraits à l’impôt. Selon Mediapart, une partie de l’argent issu de ce montage offshore aurait été réinjectée dans le financement du contrat de sponsoring qui lie le groupe Altrad à la Fédération française de rugby (FFR). Depuis 2018, Altrad est le sponsor maillot officiel du XV de France, un contrat pluriannuel estimé à plusieurs millions d’euros par an. Si ces allégations se confirment, le scandale pourrait éclabousser directement le sommet du rugby français, déjà fragilisé par l’affaire Laporte-Altrad.
Mohed Altrad n’en est pas à ses premiers démêlés judiciaires. En décembre 2022, il avait été condamné par le tribunal correctionnel de Paris pour corruption active et trafic d’influence dans le cadre de l’attribution des droits de sponsoring du XV de France. Le procès en appel de cette affaire, qui implique également l’ancien président de la FFR Bernard Laporte, a été reporté au mois de mars 2027. Cette nouvelle affaire fiscale, qui s’ajoute au volet pénal, pourrait peser lourdement sur l’avenir du milliardaire d’origine syrienne à la tête de son empire.
L’onde de choc dans l’Hérault et au MHR
À Montpellier, l’inquiétude monte. Le club du MHR, propriété d’Altrad via sa holding, évolue en Top 14 et vient de boucler une saison 2025-2026 solide, avec des victoires notables face à Castres (36-33), Pau (26-18) ou encore le Stade Français (25-15) lors des derniers matchs. Mais les projecteurs sont désormais tournés vers les bureaux du siège et les comptes du club. Si la justice devait confirmer le montage frauduleux et prononcer des sanctions pécuniaires ou pénales contre le groupe, cela pourrait avoir des répercussions directes sur le financement du MHR, voire sur son existence même.
Contactée par info.fr, la direction du club n’a pas souhaité faire de commentaire dans l’immédiat. L’entraîneur et les joueurs, interrogés après l’entraînement, se sont refusés à toute déclaration, renvoyant vers la communication du groupe. Le parquet de Montpellier, en lien avec le PNF, suit de près l’évolution du dossier.
Contexte dans l’Hérault
Le département de l’Hérault (34), et plus particulièrement la métropole de Montpellier, abrite le siège social du groupe Altrad. Avec plus de 40 000 salariés dans le monde, l’entreprise est l’un des plus gros employeurs privés de la région, notamment dans le secteur du BTP et des services. Depuis son arrivée à la tête du MHR en 2011, Mohed Altrad a largement investi dans le club, lui offrant des infrastructures modernes et un budget parmi les plus élevés du championnat. Cette nouvelle affaire intervient dans un contexte où plusieurs autres dossiers judiciaires secouent le monde des affaires local, rappelant les saisines d’Anticor ou les tensions politiques observées dans d’autres communes de la région. L’économie du rugby héraultais, fortement dépendante du mécénat d’Altrad, pourrait en pâtir.
Prochaine étape : une instruction qui s’annonce longue
L’enquête préliminaire ouverte par le PNF est en cours. Les investigations, menées par des juges d’instruction spécialisés, devront déterminer la réalité des montages offshore, le rôle précis des différents acteurs (dirigeants, conseils fiscaux) et l’ampleur exacte des sommes détournées. Le procès en appel de l’affaire de corruption est fixé à mars 2027, mais l’enquête fiscale pourrait prendre plusieurs mois, voire années. Pour le groupe Altrad, l’heure est à la défense et à la gestion de la réputation, alors que les sponsors et partenaires du XV de France observent la situation de près. Le monde du rugby retient son souffle, en attendant les prochains développements judiciaires.