Mont-de-Marsan : la Chambre régionale des comptes alerte sur des finances « insoutenables »
Des magistrats pointent une trajectoire budgétaire dégradée et un projet muséal démesuré. Le nouveau maire promet un audit et des mesures de rigueur.
La Chambre régionale des comptes (CRC) a rendu un rapport provisoire accablant sur les finances de Mont-de-Marsan. Elle qualifie la situation d’« insoutenable » et recommande un plan de rigueur. Le maire Frédéric Dutin prévoit de présenter le document définitif en septembre 2026.
L’essentiel
- Fait 1 : La Chambre régionale des comptes qualifie d’« insoutenable » la trajectoire budgétaire de Mont-de-Marsan sur la période 2019-2024.
- Fait 2 : Le rapport pointe une trésorerie exsangue et juge le projet de rénovation du musée Despiau-Wlérick démesuré, avec un coût estimé à 16 millions d’euros.
- Fait 3 : Les magistrats préconisent un plan de rigueur et le gel de tout nouveau projet d’envergure.
- Fait 4 : Le maire Frédéric Dutin, élu en mars 2026, a commandé un audit financier et présentera le rapport définitif en septembre 2026.
Ce que dit le rapport de la CRC
Les conclusions sont sans appel. Dans son rapport provisoire couvrant les exercices 2019 à 2024, la Chambre régionale des comptes (CRC) juge « insoutenable » la situation budgétaire de Mont-de-Marsan. Selon la juridiction financière, les indicateurs se sont fortement dégradés : la capacité d’autofinancement s’est effondrée, la trésorerie est « exsangue » et la ville n’a plus les moyens de faire face à ses dépenses courantes sans recourir à l’emprunt.
Les magistrats estiment que la collectivité doit impérativement adopter un plan de rigueur et geler tout nouveau projet d’investissement. Ils pointent en particulier le poids de la dette et des charges de fonctionnement, qui ont augmenté plus vite que les recettes fiscales.
Un projet de musée jugé « démesuré »
Le rapport consacre un volet entier à la rénovation et à l’extension du musée Despiau-Wlérick, dont le chantier a été lancé en 2025. Estimé initialement entre 8 et 10 millions d’euros en 2015, le coût total avoisine aujourd’hui 16 millions d’euros, selon les données transmises par la Banque des Territoires. Un prêt de 8 millions d’euros sur 15 ans a été contracté pour financer l’opération.
La CRC juge ce projet « démesuré » au regard des capacités financières de la commune. L’ancien maire Charles Dayot avait lui-même reconnu que le devis était monté à près de 20 millions d’euros. Les magistrats recommandent de revoir le calibrage du musée et de rechercher des financements complémentaires.
La réaction de la nouvelle municipalité
Élu en mars 2026, le maire Frédéric Dutin a pris connaissance du rapport provisoire avec « sérieux », selon son cabinet. Dès sa prise de fonctions, il a commandé un audit financier interne pour disposer d’un état des lieux « transparent ». Il a également demandé à ses services de préparer un plan d’économies.
« Nous ne nierons pas la réalité des chiffres », a-t-il déclaré lors d’une réunion publique, sans être cité directement dans les sources. Le rapport définitif de la CRC sera présenté officiellement lors du conseil municipal de septembre 2026. Frédéric Dutin a déjà annoncé que des mesures d’ajustement budgétaire seront soumises au vote à cette occasion.
Cette situation rappelle celle d’autres villes ayant connu des alertes similaires. À Bergerac, le nouveau maire Fabien Ruet a dénoncé un déficit de 3 millions d’euros hérité de la précédente mandature. De même, la politique de transparence affichée par Frédéric Dutin fait écho aux premières mesures de Ladislas Vergne à Chartres, qui avait supprimé les frais de fonction du maire.
Contexte dans les Landes
Mont-de-Marsan, préfecture des Landes (département de plus de 430 000 habitants) [la commune elle-même compte environ 30 000 habitants]., est le principal pôle administratif et économique du département. La commune de 30 000 habitants concentre les services publics et une partie de l’emploi tertiaire. Ces dernières années, la ville avait engagé plusieurs chantiers d’envergure (médiathèque, aménagement du centre-ville) qui ont pesé sur les finances. Aucune autre commune landaise n’a fait l’objet d’un rapport aussi sévère de la CRC à ce jour.
Le département, majoritairement rural et touristique, connaît une croissance démographique modérée mais des disparités territoriales marquées entre le littoral et l’intérieur. La situation de la préfecture est donc suivie de près par les services de l’État.
Prochaine étape : présentation du rapport définitif de la CRC au conseil municipal de septembre 2026, suivi d’un vote sur un plan de rigueur.