Motion de censure contre le gouvernement Lecornu : le vote décisif du 6 juillet
58 députés écologistes et de gauche ont déposé une motion de censure contre le Premier ministre Sébastien Lecornu, dénonçant l'inaction climatique. Le vote est prévu lundi.
Jeudi 2 juillet, 58 députés menés par Cyrielle Chatelain ont déposé une motion de censure visant le gouvernement de Sébastien Lecornu. En cause l'impréparation face aux canicules et la coupe budgétaire dans le Fonds vert. Le sort du texte sera scellé lundi 6 juillet.
L’essentiel
- Dépôt le 2 juillet 2026 : 58 députés écologistes et de gauche, emmenés par Cyrielle Chatelain et Nadège Abomangoli, ont officiellement déposé une motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu.
- Objet : La motion dénonce l’inaction climatique du gouvernement, notamment face aux canicules historiques de juin 2026, et la réduction du Fonds vert d’adaptation à 837 millions d’euros après un rabotage de 162,5 millions d’euros.
- Vote décisif : Le texte sera examiné et soumis au vote le lundi 6 juillet 2026 à 14h00 à l’Assemblée nationale. Pour être adoptée, la motion doit recueillir 289 voix (majorité absolue).
- Majorité incertaine : Le Rassemblement national se montre réticent, les socialistes privilégient une lettre de revendications. L’atteinte du seuil de 289 voix semble improbable.
Jeudi 2 juillet 2026, à 14h30, la présidente des députés écologistes Cyrielle Chatelain, la députée Nadège Abomangoli et 56 de leurs collègues ont officiellement déposé une motion de censure contre le gouvernement du Premier ministre Sébastien Lecornu. Ce texte, présenté en application de l’article 49 alinéa 2 de la Constitution, constitue une offensive politique majeure visant à sanctionner l’exécutif pour son « impréparation face au changement climatique et aux vagues de canicules ».
Ce qui s’est passé : le dépôt de la motion
La motion a été déposée auprès du secrétariat général de l’Assemblée nationale, selon une information confirmée par la chaîne LCP. Les signataires appartiennent principalement aux groupes écologiste et La France insoumise. « Nous ne pouvons plus laisser le gouvernement réduire les budgets d’adaptation climatique alors que la chaleur tue », a déclaré Cyrielle Chatelain dans un communiqué transmis à la presse. Le texte fustige également les coupes drastiques dans le Fonds vert, principal outil d’aide aux collectivités pour l’adaptation au changement climatique.
Un contexte climatique alarmant
La motion s’appuie sur une situation météorologique exceptionnelle. Selon Météo-France, juin 2026 a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France depuis 1947, avec une température moyenne de 22,7 °C. Santé publique France a recensé environ 1 000 décès supplémentaires non consolidés imputables à la chaleur extrême depuis le 24 juin 2026. Le gouvernement est accusé d’avoir tardé à activer le plan national canicule et d’avoir réduit les moyens alloués à la prévention.
Les griefs budgétaires : la coupe dans le Fonds vert
Le cœur de la contestation porte sur le budget 2026 du Fonds vert. Doté de 2,4 milliards d’euros en 2024, il a été réduit à 837 millions d’euros dans la loi de finances actuelle. Un nouveau rabotage de 162,5 millions d’euros a été effectué en pleine canicule, ce que les parlementaires écologistes qualifient de « provocation ». Selon les informations de Parlons Politique, cette baisse fragilise les collectivités locales qui doivent engager des travaux d’isolation, de végétalisation ou de gestion des eaux pluviales. « Le gouvernement préfère économiser sur la protection des citoyens plutôt que de remettre en cause les niches fiscales des grandes entreprises », a dénoncé Nadège Abomangoli.
Contexte dans le paysage politique français
Cette motion de censure s’inscrit dans une séquence politique tendue. Le gouvernement de Sébastien Lecornu, en place depuis 2024, a déjà subi plusieurs motions de censure, mais aucune n’a abouti faute de majorité alternative. La France reste marquée par une fragmentation parlementaire rendant difficile la formation d’une coalition de rechange. Le camp présidentiel (Renaissance, Horizons, MoDem) ne dispose que de 205 sièges et doit composer avec des oppositions multiples. Le Rassemblement national (88 sièges) et La France insoumise (73 sièges) sont les deux principaux groupes d’opposition, mais leurs divergences sur la politique climatique et sociale les empêchent de s’unir.
Les rapports de force à l’Assemblée
Pour être adoptée, la motion de censure doit recueillir la majorité absolue des membres de l’Assemblée, soit 289 voix sur 577. Sans le soutien du Rassemblement national, le seuil est difficile à atteindre. Interrogé sur TV5Monde, le vice-président du RN Sébastien Chenu a déclaré : « Nous ne voterons pas un texte qui sert les intérêts de la Nupes. » Les députés socialistes, bien que proches des préoccupations écologistes, ont choisi de ne pas s’associer formellement à la motion : ils ont adressé une lettre au Premier ministre réclamant des mesures concrètes sur le Fonds vert, sans exhorter au vote de la censure. Seuls les députés de La France insoumise et quelques indépendants se sont joints aux écologistes, portant le total prévisible bien en deçà des 289 voix nécessaires.
Prochaine étape : le vote du 6 juillet
Le débat en séance publique est programmé le lundi 6 juillet 2026 à 14h00. Il sera retransmis en direct sur les chaînes parlementaires. Les députés siégeront en configuration de scrutin public, chaque vote étant nominatif. Si la motion est rejetée - ce qui est le scénario le plus probable - le gouvernement Lecornu restera en place, mais la fragilité de sa majorité et la pression climatique pourraient alimenter de nouvelles contestations. L’issue de ce vote est scrutée de près par les collectivités locales, en première ligne face aux canicules, et par les associations environnementales qui appellent à une mobilisation citoyenne.
Quelle que soit l’issue, ce dépôt marque une étape inédite : c’est la première fois qu’une motion de censure est motivée principalement par l’inaction climatique, inscrivant le réchauffement au cœur du débat parlementaire.