Municipales 2026 : le RN progresse, mais les grandes villes résistent

55 communes revendiquées, zéro métropole conquise : la percée du RN bute sur le plafond de verre urbain

Illustration de l'article : Municipales 2026 : le RN progresse, mais les grandes villes résistent
Illustration de l'article : Municipales 2026 : le RN progresse, mais les grandes villes résistent Photomontage par Claire Delattre / info.fr

Le Rassemblement national revendique « la plus grande percée de son histoire » aux municipales, avec 55 communes de plus de 3 500 habitants et plus de 3 000 conseillers municipaux élus. Problème : Toulon, Marseille et Nîmes, ses cibles prioritaires, lui ont échappé.

LES ENJEUX
Percée réelle mais limitée
Le RN multiplie ses maires par six ou sept, mais exclusivement dans les villes moyennes et petites
Plafond de verre métropolitain
Échecs à Toulon, Marseille et Nîmes, trois villes où le RN espérait un trophée
Résistance des partis traditionnels
LR prend Besançon, Brest et Clermont-Ferrand, le PS conserve Paris, Lyon et Marseille
Signal pour 2027
Jordan Bardella transforme ces résultats en rampe de lancement présidentielle
L'essentiel — les faits vérifiés
  • Le RN revendique 55 communes de +3 500 habitants et 3 000+ conseillers municipaux, chiffres non consolidés par le ministère de l'Intérieur
  • Échec du RN à Toulon (Laure Lavalette battue à 47,1%), Marseille (Payan réélu à 53,70%) et Nîmes (prise par le communiste Bouget), Libération, BFM, Le Dauphiné
  • LR prend Besançon, Brest, Clermont-Ferrand, Colombes et Cherbourg à la gauche, sans alliance avec le RN, Le Dauphiné Libéré
  • Grégory Doucet (EELV) conserve Lyon avec 50,67% face à Aulas (49,33%), qui annonce un recours, Les Échos
  • Olivier Faure (PS) qualifie Mélenchon de « boulet de la gauche » et nie toute percée LFI, BFM
  • Le RN s'implante dans le bassin minier (5 communes dès le premier tour) et prend Carcassonne et Montargis, France 3, L'Indépendant

« La plus grande percée de toute l’histoire du RN. » Jordan Bardella n’a pas lésiné sur les superlatifs dimanche soir. Cinquante-cinq communes de plus de 3 500 habitants revendiquées, plus de 3 000 conseillers municipaux élus, un nombre de maires « multiplié par six ou sept ». Le chiffre de 55 communes est repris par Toute l’Europe, mais n’a pas encore été consolidé par le ministère de l’Intérieur. La tendance, elle, est réelle.

Sauf que les trophées manquent.

Ce que le RN revendique
Ce que montrent les résultats
55 communes de +3 500 hab. remportées
Chiffre repris par plusieurs médias, non encore consolidé par le ministère de l'Intérieur
Percée « historique » à l'échelle nationale
Échecs à Toulon (47,1%), Marseille et Nîmes, trois cibles majeures
Nombre de maires multiplié par 6 ou 7
Base de départ très faible : 6 à 7 villes de +10 000 hab. en 2020
3 000+ conseillers municipaux (record)
Progression confirmée, chiffre exact en attente de consolidation

Toulon, Marseille, Nîmes : le mur des métropoles

À Toulon, la députée RN Laure Lavalette s’incline face à la maire sortante Josée Massi, réélue à 52,9 % des voix, selon Libération. Le front républicain a fonctionné. À Marseille, Benoît Payan (PS) est largement réélu avec 53,70 % des suffrages, selon BFM Marseille. « Ça n’était pas arrivé une victoire aussi large depuis 1977 à Marseille », a lancé le maire réélu depuis le Vieux-Port. À Nîmes, c’est le communiste Vincent Bouget qui prend la ville avec 41 % des voix, selon La Provence.

Bref, les trois villes que le RN avait identifiées comme conquérables lui ont dit non. On appréciera le décalage entre le triomphalisme de la soirée électorale et la carte des résultats.

(lire aussi : Municipales : le RN s'effondre dans les grandes villes, explose dans les petites)

Carcassonne, Montargis, bassin minier : la France des villes moyennes bascule

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La progression est ailleurs. À Carcassonne, Christophe Barthès (RN) l’emporte avec 40,40 % dans une triangulaire, selon France 3 Occitanie. La ville était tenue par la droite. À Montargis et Amilly, dans le Loiret, le RN prend deux communes voisines dirigées par la droite depuis des décennies, indique France Bleu. À Perpignan, Louis Aliot avait déjà été réélu dès le premier tour avec un score qualifié d’« historique » par Actu.fr.

Dans le bassin minier du Pas-de-Calais, cinq nouvelles communes (Marles-les-Mines, Houdain, Harnes, Loison-sous-Lens, Drocourt) ont élu un maire RN dès le premier tour, selon France 3 Hauts-de-France, qui parle d’une « implantation désormais profonde ». En Lorraine, en Alsace, dans le Var, le même schéma se répète : le RN s’enracine là où les partis traditionnels se sont effacés.

Un calcul rapide : en 2020, le RN n’avait remporté que six ou sept villes de plus de 10 000 habitants, d’après L’Humanité. Même en multipliant par sept, on reste sous les cinquante mairies de cette taille. La « percée historique » est de facto une percée dans les villes de 3 500 à 20 000 habitants. C’est réel. Ce n’est pas la même chose.

55
communes de +3 500 hab. revendiquées par le RN (non consolidé)

LR et PS : les vieux partis tiennent les métropoles

Pendant que le RN célèbre ses dizaines de victoires, les partis traditionnels conservent les grandes villes. « Nous sommes toujours et plus que jamais la première force politique locale », a lancé Bruno Retailleau (LR), cité par Le Dauphiné Libéré. LR revendique Besançon, Brest, Clermont-Ferrand, Colombes et Cherbourg, prises à la gauche. Le tout sans alliance avec le RN. « La clarté et la droiture ne sont pas négociables », a martelé Retailleau. En l’occurrence, la ligne a tenu.

Côté PS, Paris reste à gauche avec Emmanuel Grégoire, qui bat Rachida Dati, selon Le Figaro. Lyon reste écologiste : Grégory Doucet conserve son fauteuil avec 50,67 % face à Jean-Michel Aulas (49,33 %), selon Mes Infos. Aulas annonce un recours. À Montpellier, Michaël Delafosse (PS) est réélu avec 50,13 % dans une triangulaire face à Mohed Altrad (divers centre) et Nathalie Oziol (LFI), selon France 3 Occitanie.

(lire aussi : Annecy : un électeur âgé meurt après avoir voté)

Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a d’ores et déjà tiré sa conclusion sur BFM : « Jean-Luc Mélenchon est devenu aujourd’hui le boulet de la gauche. » Et d’ajouter : « Il n’y a pas eu de percée de la France insoumise. » LFI grappille pourtant quelques villes, Roubaix avec David Guiraud, Vaulx-en-Velin avec Abdelkader Lahmar (à 134 voix près, selon Actu.fr). Pas une vague. Des prises ciblées dans les quartiers populaires.

Jordan Bardella (RN)
« La plus grande percée de toute l'histoire du RN »
Jordan Bardella (RN)
22 mars 2026
« Ces élections municipales marquent le maintien des partis traditionnels »
Philippe Moreau-Chevrolet, Sciences Po Paris
23 mars 2026

Deux France électorales, un seul scrutin

Ce que dessinent ces municipales, c’est sans ambiguïté une carte à deux vitesses. Les métropoles restent aux mains de la gauche et de LR. Les villes moyennes, les anciens bassins industriels, les périphéries basculent vers le RN. France 24 résume la chose d’une formule : « une victoire sans trophée majeur ». L’ensemble des résultats du second tour est consultable sur le site du ministère de l’Intérieur, et une carte interactive des résultats est disponible sur data.gouv.fr.

Traduction : le RN s’installe dans le paysage municipal, mais il ne gouverne toujours aucune ville de plus de 150 000 habitants. Jordan Bardella, d’après Public Sénat, y voit « une rampe de lancement vers la présidentielle ». Reste à savoir si une rampe construite à Montargis et Harnes mène jusqu’à l’Élysée.

📅 La progression municipale du RN
Juin 2020
Le RN remporte 6 à 7 villes de plus de 10 000 habitants (Perpignan, Fréjus, Hénin-Beaumont, etc.)
15 mars 2026
Premier tour : 24 communes remportées, 1 300 conseillers élus, 214 listes qualifiées pour le second tour (communes de +3 500 hab.)
22 mars 2026
Second tour : le RN revendique 55 communes de +3 500 hab. mais échoue à Toulon (47,1%), Marseille et Nîmes

Personne n’y croit encore tout à fait, ni dans un sens ni dans l’autre. Le RN progresse, c’est un fait. Il ne gouverne aucune grande ville, c’est un autre fait. Les deux dessinent la même réalité : un parti qui gagne du terrain sans franchir la ligne.

Sources

Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.

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