Nantes : les policiers municipaux en grève le 12 juin pour exiger le port d’arme après quatre fusillades mortelles
FO et UNSA appellent au débrayage vendredi devant la mairie, après quatre règlements de comptes liés au narcotrafic depuis fin avril.
Quatre morts en moins de six semaines dans des fusillades liées au narcotrafic. Les syndicats FO et UNSA de la police municipale de Nantes appellent leurs agents à se rassembler vendredi 12 juin, de 15h à 17h, devant la mairie, pour exiger l'armement en catégorie B. La maire Johanna Rolland maintient son refus.
L’essentiel
- Date et lieu : Grève et rassemblement le vendredi 12 juin 2026, de 15h à 17h, devant la mairie de Nantes, à l’appel des syndicats FO (majoritaire) et UNSA.
- Quatre fusillades mortelles : Entre le 28 avril et le 4 juin 2026, quatre personnes ont été tuées dans des règlements de comptes liés au narcotrafic dans les quartiers de la Bottière, Port-Boyer et la Halvêque/Beaujoire.
- Revendication : Les agents réclament une arme de poing (catégorie B), dont ils sont actuellement dépourvus, malgré un doublement des effectifs : 235 agents en 2026, contre 115 en 2020.
- Position de la mairie : Johanna Rolland (PS) refuse l’armement létal des PM et prévoit de recevoir les syndicats dans le cadre du dialogue social.
Un mois de sang dans trois quartiers nantais
Les faits sont documentés et recoupés par Le Figaro et Ouest-France. Le 28 avril, un homme est tué par balle à la Bottière. Le 14 mai, un adolescent de 14-15 ans est abattu à Port-Boyer ; deux autres personnes sont blessées. Le 26 mai, un jeune d’une vingtaine d’années est tué à la Halvêque, secteur Beaujoire. Le 4 juin, un jeune de 18 ans est abattu, à nouveau à la Bottière. Quatre morts en trente-sept jours. Les autorités qualifient ces épisodes de règlements de comptes liés au narcotrafic.
Ce niveau de violence concentré sur une courte période place Nantes parmi les villes françaises les plus touchées par les guerres de territoire liées au trafic de stupéfiants. Une affaire similaire impliquant des agents municipaux avait défrayé la chronique en Haute-Vienne : à Panazol, 77 kg de stupéfiants et deux agents municipaux avaient été interpellés, illustrant à l’échelle nationale la porosité entre narcotrafic et institutions locales.
Ce que réclament FO et UNSA
Le syndicat FO, majoritaire dans la police municipale nantaise, a déposé un préavis de grève et organisé le rassemblement de vendredi. L’UNSA, qui représente les officiers, l’a rejoint. La revendication centrale : l’armement en catégorie B, c’est-à-dire le port d’une arme de poing. Les agents disposent actuellement de gilets pare-balles, pistolets à impulsion électrique, bâtons télescopiques et gaz lacrymogènes - mais pas d’arme à feu létale.
Céline Peremarty, déléguée FO, a déclaré au Figaro : « Il faut arrêter de s’inventer des excuses. Aujourd’hui, nous sommes sur le terrain. Les risques qu’on encourt sont de plus en plus importants. » Selon Ouest-France, les syndicats dénoncent également l’existence de zones où les interventions des PM sont déconseillées pour des raisons de sécurité, sans que ce point ait été précisé davantage par la mairie.
La mairie a été informée du débrayage le 4 juin, jour du quatrième meurtre. Son service de presse a indiqué : « Les représentants syndicaux seront naturellement reçus dans les prochains jours, comme c’est toujours le cas dans le cadre du dialogue social. »
La position de Johanna Rolland : non à l’armement létal
La maire de Nantes, Johanna Rolland (PS), maintient une position constante sur ce sujet. Elle a déclaré à Public Sénat : « Ma position sur l’armement est connue. Ce que me disent les habitantes et les habitants, ce n’est pas ça. » Elle privilégie le démantèlement des réseaux et réclame une mobilisation de l’État.
La municipalité a en revanche fortement augmenté les effectifs de la PM : 235 agents en 2026, contre 115 en 2020, selon les données de la Métropole de Nantes. L’objectif affiché était de doubler les effectifs d’ici la fin du mandat. Ce doublement ne suffit pas à satisfaire les syndicats, qui jugent que sans arme à feu, les agents restent exposés sans moyen de riposte adapté.
Un débat qui dure depuis des années
Ce n’est pas la première fois que FO dépose un préavis sur ce sujet à Nantes. Selon Le Figaro et Ouest-France, un préavis de grève illimitée avait déjà été déposé à l’été 2025, et un autre en mai 2025. La grève du 12 juin s’inscrit donc dans un conflit récurrent, que les fusillades de printemps 2026 ont relancé avec une acuité nouvelle.
Le débat sur l’armement des polices municipales est national. Plusieurs grandes villes ont fait le choix contraire à Nantes : des communes comme Bordeaux, régulièrement citée en référence dans ce débat selon Ouest-France, ont armé leurs agents depuis plusieurs années. La loi autorise l’armement des PM sur décision du maire, après autorisation préfectorale et formation spécifique - c’est précisément ce cadre que FO et UNSA demandent à Johanna Rolland d’activer.
Contexte dans la Loire-Atlantique
Nantes est la sixième ville de France par la population (environ 320 000 habitants en commune, plus de 650 000 dans la métropole). La police municipale y couvre un territoire urbain dense, en interaction constante avec la police nationale. La Bottière et Port-Boyer, quartiers concernés par trois des quatre fusillades, sont classés en politique de la ville.
À l’échelle départementale, la Loire-Atlantique concentre l’essentiel de la pression sécuritaire du 44 sur son chef-lieu. Les autres communes du département ne sont pas directement concernées par ce mouvement de grève, qui reste propre à la PM nantaise. Le débat sur l’armement des PM reste néanmoins susceptible de se diffuser dans d’autres communes de la métropole si la situation se prolonge. À titre de comparaison nationale, une grève de conducteurs de transports avait récemment illustré la montée des mobilisations sociales locales : à Belfort, les conducteurs Optymo avaient débrayé pour la première fois en dix ans.
Vendredi 12 juin, 15h, place du Commerce
Le rassemblement est prévu devant la mairie de Nantes, vendredi 12 juin, de 15h à 17h. Les syndicats n’ont pas précisé le nombre d’agents attendus. Aucune information sur d’éventuelles perturbations du service public n’a été communiquée à ce stade par la Ville.
Après le rassemblement, la mairie a annoncé vouloir recevoir les représentants syndicaux. La question de l’armement, elle, n’est pas à l’ordre du jour de ce dialogue selon la position exprimée par Johanna Rolland.
Sources
- Le Figaro : Nantes : après quatre fusillades mortelles, la police municipale en grève pour redemander le port d'une arme à feu
- Ouest-France : La police municipale fera grève pour réclamer des armes après les meurtres liés au narcobanditisme à Nantes
- Le JDD : Fusillades à Nantes : la police municipale en grève pour réclamer le droit de porter une arme
- Public Sénat : Narcotrafic à Nantes : Johanna Rolland demande une mobilisation totale de l'État