Nantes Nord : le Collectif du 24 mai occupe la rue face au narcotrafic
Plus de 200 habitants réunis le 5 juin rue Samuel-de-Champlain pour un repas partagé, un marché et une minute de silence
Le Collectif du 24 mai a organisé vendredi soir un repas de rue et un marché de producteurs à Nantes Nord. L'événement, soutenu par la ville et les bailleurs sociaux, répondait directement à une série de quatre homicides liés au narcotrafic en cinq semaines, dont un le 4 juin à la Bottière.
L’essentiel
- 5 juin 2026, 16h-20h : repas partagé et marché de producteurs rue Samuel-de-Champlain (Route de la Chapelle-sur-Erdre), circulation fermée sur le tronçon.
- Plus de 200 participants selon Ouest-France et Actu44, plats à 1 €, animations et minute de silence pour les victimes du narcotrafic.
- 4 jeunes tués par balles en environ cinq semaines à Nantes en 2026, dont un la veille de l’événement à la Bottière (4 juin).
- Collectif fondé en 2023 par des habitants de Nantes Nord après des menaces reçues par des agents de Nantes Métropole Habitat.
- Café des HabitantEs prévu dans l’ancienne supérette route de La Chapelle, ouverture annoncée début 2027 selon Nantes Métropole.
Un repas de rue, une rue rendue aux habitants
Vendredi 5 juin 2026, la circulation a été coupée sur un tronçon de la Route de la Chapelle-sur-Erdre. À la place : tables, chaises, odeurs de cuisine partagée, stands de producteurs locaux. Le Collectif du 24 mai avait installé son rendez-vous annuel dans ce coin de Nantes Nord que le narcotrafic dispute depuis plusieurs années aux résidents.
L’édition 2026 était décalée par rapport à la date symbolique du 24 mai, mais le message restait le même : occuper physiquement la rue pour en reprendre possession. Les plats étaient proposés à 1 €. Le marché de producteurs locaux était une nouveauté de cette année. Puis, à un moment de la soirée, le silence. Une minute d’arrêt pour les victimes des violences.
Quatre morts en cinq semaines : le contexte qui pèse
La soirée du 5 juin se tenait au lendemain d’un nouveau drame. Un jeune homme avait été tué par balles le 4 juin à la Bottière. C’était le quatrième homicide lié au narcotrafic à Nantes en à peine cinq semaines, selon Ouest-France. Ce contexte a pesé sur le ton de la soirée. La minute de silence n’était pas une formalité.
Denis Talledec, adjoint au maire de Nantes chargé de la sécurité et de la prévention de la délinquance, était présent. Il a réagi sur X :
La ville de Nantes et les bailleurs sociaux soutiennent l’initiative, selon Ouest-France et le site de Nantes Métropole. Les raisons précises de leur soutien financier n’ont pas été détaillées publiquement.
Un collectif né d’un choc, structuré depuis trois ans
Le Collectif du 24 mai a été fondé en 2023, après des menaces reçues par des agents de Nantes Métropole Habitat dans le quartier. Cette date est restée dans le nom. Le premier repas de rue a eu lieu le 24 mai 2023, selon les sources croisées d’Actu44 et de Nantes Métropole.
Depuis, le collectif ne se limite pas aux repas annuels. Il organise des « diagnostics en marchant » avec les habitants, des réunions avec les institutions, et gère des sessions de café éphémères. Un projet plus permanent est en cours : le Café des HabitantEs, prévu dans l’ancienne supérette de la route de La Chapelle. Nantes Métropole évoque une ouverture début 2027.
En mai 2025, la maire Johanna Rolland était présente au repas partagé. Elle avait réagi sur X :
Contexte dans le département (Loire-Atlantique)
Nantes concentre 15 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), regroupant environ 53 900 habitants selon les données INSEE. Nantes Nord en fait partie, avec un taux de logements sociaux atteignant environ 68 % dans certains secteurs, selon le site gouvernemental SIG Ville.
La question du narcotrafic dans les quartiers nord n’est pas nouvelle, mais la série de violences de 2026 a accéléré les réactions publiques. Des initiatives similaires de réappropriation de l’espace public existent dans d’autres villes françaises touchées par ce phénomène. À Nantes, le Collectif du 24 mai est l’une des rares structures portées directement par des habitants de terrain, sans intermédiation associative professionnalisée, selon Nantes Métropole.
Sur le plan sécuritaire, la problématique des violences liées aux stupéfiants touche plusieurs territoires français. À l’échelle nationale, les saisies importantes se multiplient : 185 kg de cannabis saisis à Roissy début juin ont mis en lumière des réseaux de distribution ramifiés.
Ce que le collectif revendique concrètement
Au-delà du symbole, le collectif pose une méthode : rendre la rue visible, fréquentée, animée. L’idée est que la présence régulière d’habitants dans l’espace public réduit mécaniquement la place laissée aux trafics. C’est ce que décrit Nantes Métropole dans sa présentation du collectif : « se réapproprier l’espace public » comme levier contre l’isolement et contre le sentiment d’abandon.
Le maire et les bailleurs n’ont pas communiqué sur les montants engagés pour soutenir l’événement du 5 juin. Le nombre exact de bénévoles mobilisés n’a pas été précisé non plus dans les sources disponibles.
Le Café des HabitantEs, s’il ouvre comme prévu début 2027, constituera le prochain indicateur concret de la capacité du collectif à s’installer dans la durée.
Sources
- Actu44 : Nantes-Nord : le Collectif du 24 mai réunit ses habitants autour d'un repas de rue
- Ouest-France : Le collectif du 24 mai organise un repas et un marché au nord de Nantes, en réaction au narcotrafic
- Ouest-France : Nantes Nord solidaire contre le narcotrafic
- Nantes Métropole : Nantes Nord : les habitants veulent se réapproprier l'espace public