Nantes : le tribunal administratif confirme l’interdiction de la RAMO
Le juge des référés a validé le 23 mai l'arrêté préfectoral interdisant la 15e Rencontre annuelle des Musulmans de l'Ouest, prévue à la mosquée Assalam.
Le tribunal administratif de Nantes a confirmé, vendredi 23 mai 2026 à 13h, l'arrêté du préfet de Loire-Atlantique interdisant la 15e Rencontre annuelle des Musulmans de l'Ouest (RAMO). L'association organisatrice annonce une procédure au fond.
Le tribunal administratif de Nantes a confirmé, vendredi 23 mai 2026 à 13h, l’arrêté du préfet de Loire-Atlantique interdisant la 15e Rencontre annuelle des Musulmans de l’Ouest (RAMO). L’événement, prévu les 23 et 24 mai à la mosquée Assalam, devait rassembler environ 2 000 personnes. L’association organisatrice annonce une procédure au fond.
L’essentiel
- 22 mai 2026 : le préfet de Loire-Atlantique prend un arrêté d’interdiction de la RAMO, à la demande du ministre de l’Intérieur.
- 23 mai, 13h : le tribunal administratif de Nantes confirme l’arrêté, rejetant le recours en urgence de l’AIOF.
- 15e édition : la RAMO est organisée chaque année par l’Association islamique de l’ouest de la France depuis 15 ans, à la mosquée Assalam.
- ~2 000 participants étaient attendus pour ce rassemblement annuel.
- Procédure au fond : l’AIOF annonce qu’elle conteste la décision devant le tribunal, au-delà de la procédure d’urgence.
L’arrêté préfectoral du 22 mai
Le préfet de Loire-Atlantique a signé l’arrêté d’interdiction le 22 mai 2026, la veille de l’ouverture prévue du rassemblement. La décision a été prise à la demande du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez. Le motif central : la présence annoncée d’intervenants, notamment des cadres dirigeants de Musulmans de France (MF), susceptibles de tenir des propos constitutifs d’infractions pénales ou portant atteinte aux valeurs de la République, à la cohésion nationale et à la dignité humaine, selon Ouest-France et SudOuest.
L’arrêté fait référence au rapport ministériel sur les Frères musulmans et à l’édition 2025 de la RAMO, au cours de laquelle un hommage avait été rendu à Hassan Iquioussen. Ce prédicateur, fiché S, avait été expulsé du territoire français en 2022.
Le recours de l’AIOF rejeté en urgence
L’Association islamique de l’ouest de la France (AIOF), organisatrice de la RAMO, a déposé un recours en référé-liberté devant le tribunal administratif de Nantes dans la nuit du 22 au 23 mai. L’audience s’est tenue le matin du 23 mai. Le jugement est tombé à 13h : l’arrêté préfectoral est confirmé.
L’AIOF prend acte de la décision. Dans un communiqué relayé par Musulmans de France, l’association réaffirme son attachement à l’État de droit et annonce engager une procédure au fond. Elle rappelle que le rassemblement visait à promouvoir « dialogue, spiritualité et vivre-ensemble ». MF dénonce de son côté une « criminalisation des intentions », selon Saphirnews.
La réaction de la maire de Nantes
Johanna Rolland, maire de Nantes, a réagi publiquement. Selon Ouest-France et France 3, elle dit partager la déception des organisateurs et estime que « la République se doit aussi de rassembler », tout en condamnant l’intégrisme. Elle ne remet pas en cause la légalité de l’arrêté préfectoral.
La mosquée Assalam et l’AIOF
La RAMO se tenait à la mosquée Assalam, inaugurée le 17 novembre 2012, selon Wikipedia et le site patrimonia.nantes.fr. Sa construction a duré de 2009 à 2012, sous la direction des architectes Laïdi-Chateigner. Elle a été financée intégralement par dons privés, dont une contribution majeure d’un donateur qatari. Elle est gérée par l’AIOF.
L’AIOF est affiliée à Musulmans de France, anciennement UOIF (Union des organisations islamiques de France), considérée comme la branche française des Frères musulmans par les services de renseignement français. Cette affiliation est au cœur des motifs retenus dans l’arrêté préfectoral.
Des interdictions préfectorales de rassemblements ont également été prises dans d’autres départements en mai 2026 : à ce titre, le préfet de Moselle avait interdit rave-parties et free parties du 22 au 26 mai, dans un contexte différent mais illustrant l’usage régulier de cet outil par les préfectures.
Contexte dans la Loire-Atlantique
Nantes est la préfecture de Loire-Atlantique et la sixième ville de France par sa population. La RAMO y est organisée depuis quinze ans sans interruption notable, ce qui en fait l’un des rassemblements islamiques annuels les plus importants de l’Ouest. L’édition 2026 aurait été la première à faire l’objet d’une interdiction préfectorale confirmée en justice.
La procédure s’inscrit dans un contexte national de surveillance accrue des associations liées aux Frères musulmans. Le rapport ministériel cité dans l’arrêté fait référence à des travaux parlementaires et administratifs engagés depuis plusieurs années sur ce sujet. Aucune dissolution de l’AIOF n’est en cours à ce stade, selon les sources disponibles.
La question du financement de la mosquée Assalam - et notamment la part qatarie - avait déjà fait l’objet de débats lors de son inauguration en 2012, sans suite judiciaire à ce jour. La naturalisation de nouveaux citoyens dans d’autres préfectures de la région illustre, par contraste, la diversité des sujets traités par les services de l’État en lien avec les communautés musulmanes.
Prochaine étape : la procédure au fond
L’AIOF a annoncé qu’elle entendait contester l’arrêté préfectoral dans le cadre d’une procédure au fond devant le tribunal administratif de Nantes. Aucune date d’audience n’a encore été communiquée.
Sources
- Préfecture de Loire-Atlantique (@Prefet44) : Tweet officiel du préfet de Loire-Atlantique confirmant le jugement
- Ouest-France : Le rassemblement des musulmans de l'Ouest annulé : le tribunal confirme la décision de la préfecture
- SudOuest : « Atteinte possible aux valeurs de la République et à la dignité humaine » : la justice confirme l'interdiction
- France 3 Pays de la Loire : L'annulation de la rencontre annuelle des Musulmans de l'Ouest confirmée par le tribunal administratif de Nantes