Narcotrafic dans les ports : pêcheurs et dockers dans le viseur des cartels

Une enquête du Parisien révèle comment les réseaux criminels recrutent localement dans les ports français, façade atlantique en première ligne

Narcotrafic dans les ports : pêcheurs et dockers dans le viseur des cartels
Illustration Hugo Castaing / info.fr

Les narcotrafiquants ciblent désormais pêcheurs et dockers des ports français pour infiltrer les chaînes logistiques de la drogue. Des offres financières attractives, des méthodes de recrutement rodées l'enquête publiée ce 30 avril par Le Parisien documente un phénomène qui touche de plein fouet la façade atlantique, Gironde comprise.

Les narcotrafiquants ciblent désormais pêcheurs et dockers des ports français pour infiltrer les chaînes logistiques de la drogue. Des offres financières attractives, des méthodes de recrutement rodées : l’enquête publiée ce 30 avril par Le Parisien documente un phénomène qui touche de plein fouet la façade atlantique, Gironde comprise.

L’essentiel

  • Enquête nationale : Le Parisien publie le 30 avril 2026 des témoignages de pêcheurs et dockers appâtés par des cartels pour transporter de la cocaïne via des ports secondaires.
  • 84,3 tonnes : volume de cocaïne saisi en France en 2025, en hausse de 58 % par rapport aux 53,5 tonnes de 2024, selon CNews et L’Essor.
  • 75 % des saisies : part des interceptions de cocaïne en France réalisées dans les ports en 2022, selon un rapport du Sénat.
  • Gironde : 1,3 tonne saisie sur l’A63 à Cestas en août 2025 ; 3 tonnes neutralisées par la JIRS de Bordeaux en juin 2025.
  • Numéro d’urgence : dispositif mis en place en novembre 2025 en Normandie pour permettre aux pêcheurs de signaler les approches des réseaux criminels.

Des filets jetés dans les ports secondaires

L’enquête du Parisien, publiée ce jeudi, s’appuie sur des témoignages directs. Des pêcheurs et des dockers racontent avoir été approchés, parfois de manière répétée, par des individus proposant de l’argent facile en échange d’un service simple : récupérer un colis en mer ou laisser passer une palette sans la déclarer. Les sommes proposées peuvent représenter plusieurs mois de salaire.

Les ports secondaires sont particulièrement visés. Moins dotés en effectifs douaniers que les grands hubs, ils offrent des angles morts exploités par les réseaux. Selon Le Monde, qui avait documenté ce phénomène en juin 2025, les interceptions sur le réseau crypté Sky ECC entre 2019 et 2021 - analysées ensuite - montrent un recrutement local organisé, avec des contacts établis directement dans les milieux portuaires.

La progression du narcotrafic en dehors des grandes métropoles illustre cette stratégie de décentralisation des réseaux criminels, qui multiplient les points d’entrée sur le territoire.

Pourquoi les travailleurs portuaires sont vulnérables

Publicité

Le recrutement ne se fait pas au hasard. Les cartels ciblent des profils précis : des travailleurs connaissant les rotations de garde, les horaires de contrôle, la géographie des quais. Selon l’enquête du Parisien, les approches sont progressives - un petit service d’abord, une mise en confiance, puis une demande plus compromettante.

France 3 Normandie avait rapporté, à l’automne 2025, les raisons pour lesquelles peu de pêcheurs dénoncent spontanément ces approches : peur des représailles, omerta dans les milieux portuaires, sentiment d’isolement face aux autorités. Le dispositif lancé en novembre 2025 - un numéro d’urgence dédié dans les ports normands, selon France Info - tente précisément de lever cet obstacle. Son extension à d’autres façades maritimes n’a pas encore été annoncée officiellement.

Contexte dans la Gironde

La Gironde n’est pas en marge du phénomène. La façade atlantique, avec Bordeaux comme nœud logistique, est identifiée depuis plusieurs années comme une zone de transit privilégiée. En 2022, selon un rapport du Sénat, 75 % des saisies de cocaïne en France étaient réalisées dans les ports, avec une concentration sur l’arc atlantique.

Les chiffres récents confirment cette pression. En août 2025, la gendarmerie a saisi 1,3 tonne de cocaïne dans un poids-lourd intercepté sur l’A63 à Cestas, en coopération avec les autorités espagnoles.

En juin 2025, la JIRS de Bordeaux avait de son côté neutralisé 3 tonnes de drogues dans le cadre d’une opération coordonnée.

En Nouvelle-Aquitaine, les douanes ont saisi près de 5,5 tonnes de cannabis en 2024, avec une forte hausse des volumes de cocaïne et de drogues de synthèse, selon un bilan régional des douanes cité par Ici.fr.

Face à cette pression, la préfecture de Gironde et le parquet de Bordeaux ont formalisé en septembre 2025 un renforcement de leur coopération, incluant des expulsions de trafiquants. La préfecture a publié un communiqué officiel détaillant ce dispositif conjoint avec les bailleurs sociaux.

Un problème structurel documenté depuis 2022

L’infiltration des milieux portuaires n’est pas nouvelle. Le rapport sénatorial de 2023 sur le narcotrafic pointait déjà la vulnérabilité des ports français, notamment secondaires. Les interceptions Sky ECC ont permis aux enquêteurs de reconstituer des réseaux de recrutement local opérant dès 2019.

En 2025, avec 84,3 tonnes de cocaïne saisies sur l’ensemble du territoire national - un record, en hausse de 58 % par rapport aux 53,5 tonnes de 2024 - , la pression sur les points d’entrée maritimes s’est encore accentuée. Plus de drogue en circulation signifie plus de besoins logistiques pour les cartels, et donc une intensification du recrutement local.

Sud Ouest avait documenté dès 2024 comment les trafiquants s’adaptent : ballots en mer récupérés par des embarcations légères, utilisation de ports de plaisance, diversification des points de débarquement pour saturer les capacités de contrôle.

La réponse institutionnelle se structure

Le 24 avril 2026, le gouvernement a publié la stratégie nationale de prévention de la délinquance 2026-2030, qui place la lutte contre le narcotrafic dans les ports parmi ses axes prioritaires, selon AEF Info et La Gazette des Communes. Des renforts législatifs sont attendus au premier semestre 2026.

En Gironde, un appel à projets MILDECA 2026 - piloté par la préfecture - ciblait des initiatives locales de prévention et de lutte contre les addictions, avec une clôture fixée au 10 avril 2026. Les projets retenus n’ont pas encore été rendus publics.

Le dispositif normand de signalement reste pour l’instant sans équivalent sur la façade atlantique. La question de son extension à la Gironde et à la Nouvelle-Aquitaine n’a pas été tranchée à ce stade par les autorités compétentes.

Sources

Hugo Castaing

Hugo Castaing

Hugo est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Gironde (33), avec Bordeaux pour chef-lieu. Spécialité du département : viticulture Bordeaux (4 milliards CA) et métropole étudiante. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Nouvelle-Aquitaine.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie