Oise : un élu sous menace permanente six mois après l’attaque à l’explosif
Khalid Charki, premier adjoint à Villers-Saint-Paul, témoigne de son quotidien marqué par la paranoïa depuis l'attentat contre son véhicule en janvier
Six mois après l'explosion qui a détruit sa voiture, Khalid Charki, premier adjoint au maire de Villers-Saint-Paul, décrit un quotidien sous tension permanente. L'élu, cible présumée des réseaux de narcotrafiquants, confie vivre dans l'angoisse. Un suspect de 18 ans a été mis en examen.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Khalid Charki, premier adjoint au maire de Villers-Saint-Paul, victime d'une attaque à l'explosif contre son véhicule le 16 janvier 2026
- Un suspect de 18 ans mis en examen et placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de résidence dans la commune
- L'élu témoigne le 22 juillet 2026 d'un quotidien marqué par la paranoïa et un sentiment d'abandon face aux menaces
- Les saisies de drogues ont augmenté de 18 % dans l'Oise entre 2024 et 2025 selon le ministère de l'Intérieur
Dans la nuit du 14 janvier 2026, la voiture de Khalid Charki, premier adjoint au maire de Villers-Saint-Paul, explosait devant son domicile. Six mois plus tard, l’élu témoigne sur franceinfo d’un quotidien transformé par la peur. « Les soirées sont compliquées, on devient parano », confie-t-il.
L’attaque de janvier et ses suites judiciaires
L’explosion, survenue en pleine nuit, a entièrement détruit le véhicule garé devant le domicile de l’élu. Selon Le Parisien, l’enquête a rapidement orienté les investigations vers une tentative d’intimidation liée à la lutte contre le narcotrafic menée par la municipalité.
L’enquête sur l’incendie du véhicule de l’adjoint s’est soldée par l’interpellation d’un suspect, sans précision sur sa mise en examen ou son âge dans les sources consultées, selon Ouest-France. Le parquet de Senlis a confirmé l’ouverture d’une information judiciaire. Le jeune homme a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de résidence dans la commune. L’enquête se poursuit pour déterminer les commanditaires présumés de cet acte.
« On vit dans l’angoisse permanente »
Dans son témoignage diffusé le 22 juillet sur franceinfo et France 2, Khalid Charki décrit un basculement brutal. L’élu, également vice-président de l’Agglomération Creil Sud Oise selon le site de la mairie, évoque des nuits sans sommeil et une vigilance constante.
« On devient parano », résume-t-il. Chaque bruit suspect, chaque véhicule inconnu déclenche l’alerte. L’élu regrette un sentiment d’abandon face à des menaces qui n’ont pas cessé depuis janvier. Selon lui, les moyens déployés par la police et la justice restent insuffisants pour assurer la protection des élus de terrain confrontés aux réseaux criminels.
Une escalade de la violence dans l’Oise
L’attaque contre Khalid Charki s’inscrit dans un contexte de durcissement des pratiques des narcotrafiquants. L’utilisation d’explosifs contre un représentant municipal marque une escalade préoccupante. Dans plusieurs communes de l’Oise, les points de deal se sont multipliés ces dernières années, selon les données remontées par les services de police.
Villers-Saint-Paul, commune de près de 6 500 habitants située dans l’agglomération de Creil, n’échappe pas à cette emprise. Les élus locaux ont fait de la lutte contre le trafic de drogue une priorité, ce qui les expose désormais à des représailles directes. D’autres communes françaises ont connu des incidents similaires, comme relaté dans les campagnes de recrutement de gardiens de la paix pour renforcer les effectifs.
Contexte dans l’Oise
Le département de l’Oise compte environ 830 000 habitants. L’agglomération Creil Sud Oise, dont fait partie Villers-Saint-Paul, regroupe 11 communes et 90 000 habitants. Cette zone urbaine dense concentre une partie importante des problématiques liées au trafic de stupéfiants dans le département.
Selon les données du ministère de l’Intérieur, les saisies de drogues au niveau national ont augmenté de 58 % pour la cocaïne et de 21 % pour le cannabis en France entre 2024 et 2025. Les réseaux actifs dans le sud du département alimentent des points de vente au détail qui génèrent plusieurs milliers d’euros quotidiens. Cette économie parallèle nourrit une violence croissante, comme l’illustrent d’autres faits divers récents touchant les jeunes du territoire.
Appel à une protection renforcée
Khalid Charki réclame des mesures concrètes. « On ne peut pas nous demander de tenir le terrain et nous laisser seuls face aux menaces », martèle-t-il. L’élu souhaite une présence policière accrue et des peines plus dissuasives pour les auteurs d’intimidations.
La question de la protection des élus locaux remonte régulièrement au niveau national. Plusieurs parlementaires ont déposé des propositions de loi visant à durcir les sanctions contre les agressions visant les représentants de l’État. Le gouvernement a annoncé en juin un plan de renforcement de la sécurité des maires et adjoints exposés, mais les modalités concrètes restent floues.
Prochaines étapes de l’enquête
L’instruction se poursuit au tribunal de Senlis. Les enquêteurs cherchent à remonter la chaîne de commandement pour identifier les donneurs d’ordre de l’attaque. Le suspect mis en examen pourrait être confronté à d’autres membres présumés du réseau dans les prochaines semaines.
Khalid Charki, malgré les menaces, affirme vouloir poursuivre son mandat. « Céder, ce serait leur donner raison », conclut-il. Une détermination qui illustre la tension grandissante entre autorités locales et réseaux criminels dans plusieurs territoires français.
Sources
- franceinfo : Les soirées sont compliquées, on devient parano : dans l'Oise, l'angoisse d'un élu menacé par les narcotrafiquants
- Ouest-France : Un homme mis en examen après l'explosion d'un véhicule devant le domicile d'un élu dans l'Oise
- Le Parisien : Oise : une enquête ouverte après l'incendie volontaire de la voiture de l'adjoint à la sécurité de Villers-Saint-Paul