Ouangani : 151 constructions illégales démolies à Kahani dans le cadre de l’opération Kingia
La quatrième opération Kingia a détruit 151 habitations insalubres à Kardjavendza le 21 mai, malgré des violences nocturnes ayant blessé un gendarme.
Le quartier Kardjavendza, à Kahani, commune d'Ouangani, a fait l'objet d'une vaste opération de décasage ce jeudi 21 mai 2026. En une journée, 151 constructions illégales ou insalubres ont été détruites. La nuit précédente avait été marquée par des barrages et des violences.
Le quartier Kardjavendza, à Kahani, commune d’Ouangani, a fait l’objet d’une vaste opération de décasage ce jeudi 21 mai 2026. En une journée, 151 constructions illégales ou insalubres ont été détruites. La nuit précédente avait été marquée par des barrages et des violences.
L’essentiel
- 151 habitations : nombre de constructions illégales ou insalubres détruites le 21 mai 2026 dans le quartier Kardjavendza à Kahani (Ouangani).
- 4e opération Kingia : les trois précédentes, menées à Combani, Ironi Be et Sada, avaient déjà permis la destruction de 147 cases au total.
- Un gendarme blessé : touché par un fer à béton lors des violences de la nuit du 20 au 21 mai, avant le début de l’opération.
- ~40 relogements sur ~200 demandes : bilan de la permanence sociale ouverte depuis le 19 mai, priorité aux personnes les plus vulnérables. Le CCAS de Barakani reste disponible.
- Projet de plateau sportif : destination prévue pour le site libéré, selon le maire Issoufi Madi, dossier initié en 2023.
Ce qui s’est passé le 21 mai à Kardjavendza
Dès le matin du jeudi 21 mai 2026, les engins de chantier ont investi le quartier Kardjavendza, situé entre le quai de transfert des déchets et le centre médical de référence de Kahani. En une journée, 151 habitations illégales ou insalubres ont été rasées, selon La 1ère Mayotte et Mayotte Hebdo, qui ont tous deux couvert l’opération sur place.
Le préfet de Mayotte Frédéric Poisot, en poste depuis le 18 mai 2026 seulement, était présent sur le terrain aux côtés du maire d’Ouangani, Issoufi Madi. Leur présence commune signalait le caractère prioritaire de cette intervention pour les deux niveaux d’autorité.
Une nuit de violences avant l’opération
La nuit du 20 au 21 mai n’a pas été sans heurts. Des barrages ont été dressés dans le secteur. Un gendarme a été blessé, atteint par un fer à béton au bras, selon La 1ère Mayotte. Le préfet Poisot a fermement répondu aux auteurs des violences depuis le terrain : « À tous ceux qui pensent nous intimider pour qu’on ne conduise pas ces opérations, ça ne fonctionnera pas », a-t-il déclaré, cité par La 1ère Mayotte.
Ce type de résistance n’est pas inédit dans les opérations de décasage à Mayotte. La montée des tensions dans certains quartiers de l’île alimente régulièrement les difficultés d’intervention des forces de l’ordre.
L’opération Kingia : quatrième volet d’une politique engagée
L’opération de Kahani est le quatrième volet de l’opération Kingia, programme de résorption de l’habitat insalubre piloté par la préfecture de Mayotte. Les trois premières phases, conduites à Combani, Ironi Be et Sada, avaient abouti à la destruction de 147 cases, selon La 1ère Mayotte et Le Journal de Mayotte.
Avec les 151 constructions supprimées ce 21 mai à Kahani, le bilan cumulé de l’opération Kingia dépasse désormais les 298 structures détruites. Le dossier de Kardjavendza était pourtant prévu depuis 2023. Des enquêtes sociales avaient été diligentées en mars 2026, mais l’opération avait été maintes fois reportée avant d’être finalement réalisée.
La base légale de l’intervention repose sur un rapport d’enquête d’insalubrité établi par l’Agence régionale de santé (ARS). Le document identifiait des risques sanitaires graves : absence d’eau potable, défaut d’assainissement, dangers électriques, proximité d’une ravine, et accès difficile pour les secours, selon Mayotte Hebdo.
Accompagnement social : ~40 solutions pour ~200 personnes
Une permanence sociale a été ouverte dès le 19 mai, deux jours avant les démolitions. Environ 200 personnes concernées se sont présentées. À ce stade, une quarantaine de solutions de relogement ont pu être trouvées, avec priorité accordée aux profils les plus vulnérables, selon Mayotte Hebdo et Le Journal de Mayotte.
Les personnes non encore relogées sont invitées à se présenter au CCAS (Centre communal d’action sociale) de Barakani. L’accompagnement social se poursuit au-delà de la journée de démolition.
Le nouveau préfet Frédéric Poisot, arrivé à Mayotte le 18 mai, a donc conduit cette opération dès sa première semaine de prise de fonctions, signal de la continuité de la politique de résorption de l’habitat insalubre engagée par l’État.
Un site promis à un plateau sportif
La parcelle libérée de Kardjavendza n’est pas sans destination. Le maire d’Ouangani, Issoufi Madi, a annoncé un projet de plateau sportif à cet emplacement. « Une fois que le décasage aura été fait, tout sera débarrassé. Nous, municipalité, nous avons un projet de mettre un plateau sportif à ce niveau-là », a-t-il déclaré à La 1ère Mayotte.
Le projet s’inscrit dans une logique de reconquête urbaine : offrir un équipement de loisirs à la jeunesse de Kahani sur un site assaini. Aucun calendrier de réalisation n’a été communiqué à ce stade. À noter qu’Ouangani développe par ailleurs sa filière nautique, avec des activités de natation en lagon destinées également à la jeunesse locale.
Contexte dans le département de Mayotte
L’habitat insalubre est une réalité structurelle à Mayotte. À Ouangani spécifiquement, environ 40 % des logements sont des constructions fragiles - tôle, bois, végétal ou terre - sur un parc de quelque 2 390 résidences principales, selon les données INSEE de 2017. Ce taux dépasse la moyenne nationale de très loin.
À l’échelle de l’île, plusieurs communes cumulent des quartiers d’habitat précaire issus de constructions sans permis, souvent sur des terrains non constructibles ou exposés à des risques naturels. Les opérations de décasage se heurtent régulièrement à des tensions locales, comme ce fut le cas à Kahani. La surveillance anti-réinstallation sur les sites déjà traités constitue un enjeu persistant, signalé par Le Journal de Mayotte.
Le maire Issoufi Madi est par ailleurs président du SIDEVAM (syndicat de gestion des déchets de Mayotte) depuis mai 2026, selon La 1ère Mayotte et Mayotte Hebdo.
Prochaines étapes
D’autres opérations du même type sont prévues d’ici la fin du mois de mai 2026, selon Le Journal de Mayotte. Une surveillance renforcée sera maintenue sur les sites déjà traités pour prévenir toute réinstallation sauvage.
Sources
- Préfecture de Mayotte (@Prefet976) : Tweet officiel préfecture de Mayotte – opération Kardjavendza
- La 1ère Mayotte / Franceinfo : « À tous ceux qui pensent nous intimider… ça ne fonctionnera pas » – déclaration du préfet
- Mayotte Hebdo : À Kahani, 151 habitations détruites dans une nouvelle opération de décasage
- Le Journal de Mayotte : Opération Kingia : plus de 150 cases détruites sur la commune de Ouangani