Pau : préfet et ARS face aux syndicats après l’annonce de la restructuration de la Polyclinique
Le 11 mai, une réunion d'urgence a réuni l'État, les élus et les syndicats pour organiser la continuité des soins en maternité, urgences et oncologie.
La restructuration de la Polyclinique Pau-Pyrénées, annoncée le 7 mai 2026, menace 161 emplois et la fermeture de plusieurs services essentiels. Le 11 mai, préfet et ARS ont réuni syndicats, maire et parlementaires pour tenter d'éviter toute rupture de soins pour les 450 000 Béarnais concernés.
La Polyclinique Pau-Pyrénées, née en décembre 2022 de la fusion des cliniques Navarre et Marzet au sein du Groupe GBNA Santé, traverse une crise sans précédent. Placée en redressement judiciaire le 31 mars 2026, elle a annoncé le 7 mai un plan de restructuration qui prévoit la fermeture de plusieurs de ses services phares. L’État a convoqué une réunion de coordination le 11 mai.
L’essentiel
- 161 licenciements : sur 542 salariés, via un plan de sauvegarde de l’emploi à négocier avec les syndicats, selon Sud Ouest.
- Fermetures prévues : maternité de Navarre en septembre 2026, clinique Marzet en juillet, urgences nocturnes ramenées à une antenne fermée de 20h à 8h, oncologie médicale et soins de rééducation (SMR) supprimés.
- Redressement judiciaire : prononcé le 31 mars 2026, après une cessation de paiements.
- 450 000 habitants du bassin béarnais potentiellement affectés, dans un département comptant plus de 700 000 habitants (INSEE 2026).
- 11 mai 2026 : première réunion entre la polyclinique et le Centre Hospitalier de Pau, sous l’égide de l’ARS, pour coordonner la transition.
Un plan annoncé le 7 mai, une crise qui couvait depuis mars
Le Groupe GBNA Santé avait fusionné les deux cliniques palloises en décembre 2022. La structure n’a pas tenu. Le 31 mars 2026, la cessation de paiements conduit le tribunal à prononcer le redressement judiciaire, selon Sud Ouest et La République des Pyrénées. Moins de six semaines plus tard, le 7 mai, la direction annonce un plan de restructuration.
Ce plan prévoit la fermeture de la clinique Marzet en juillet 2026 et celle de la maternité de Navarre en septembre. Les urgences, actuellement ouvertes 24h/24, seraient réduites à une antenne fermée entre 20h et 8h. L’oncologie médicale en hospitalisation complète et les soins médicaux et de réadaptation (SMR) seraient également supprimés.
La chute des naissances est avancée comme l’une des raisons de la fermeture de la maternité : 1 255 accouchements en 2022, contre 900 attendus en 2026, selon France Bleu. Un total de 161 emplois sur 542 sont menacés, dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) à négocier avec les organisations syndicales.
Dès le 1er avril, avant même l’annonce officielle, environ 150 salariés avaient fait grève et manifesté devant le site de Navarre pour exiger des clarifications sur les rumeurs de restructuration, selon Sud Ouest.
Le 11 mai : une réunion d’urgence à la préfecture
Le préfet des Pyrénées-Atlantiques Jean-Marie Girier et le directeur général de l’ARS Nouvelle-Aquitaine Benoît Elleboode ont réuni le 11 mai 2026 les représentants syndicaux, le maire de Pau et les parlementaires du territoire. L’ordre du jour : organiser la continuité des soins dans trois domaines critiques - maternité, urgences, oncologie.
Le préfet @Prefet64 a réagi sur X :
Dans la même matinée, une première réunion de coordination s’est tenue entre la direction de la Polyclinique Pau-Pyrénées et celle du Centre Hospitalier de Pau, sous l’égide de l’ARS. L’objectif affiché : éviter toute rupture dans la prise en charge des patients lors des fermetures programmées.
Le Centre Hospitalier de Pau, établissement public, est de fait positionné comme le pivot de la transition. Les modalités concrètes - transferts d’activités, redéploiement de personnels, calendrier - n’ont pas encore été rendues publiques à ce stade.
L’État critique la gestion de GBNA
Le ton du préfet Girier et de Benoît Elleboode a été inhabituel. Selon La République des Pyrénées et Sud Ouest, les deux représentants de l’État ont formulé une critique solennelle de la gestion du Groupe GBNA Santé, fondé en 1967 par le docteur Guy-Paul Guichard. Ils ont souligné l’impact de la crise sur les 450 000 habitants du Béarn et sur les emplois locaux.
Cette prise de position publique engage l’État au-delà de la simple coordination administrative. Elle acte aussi un constat : la situation n’a pas été anticipée par le groupe privé de manière satisfaisante.
Les syndicats, reçus en préfecture le 11 mai, ont salué la démarche d’écoute. Mais selon Sud Ouest, leur position reste ferme : « Il faut continuer à faire pression sur le groupe pour que le maximum soit sauvé. » Une manifestation était prévue le 12 mai.
Contexte dans les Pyrénées-Atlantiques
Le département des Pyrénées-Atlantiques compte plus de 700 000 habitants, selon les dernières données INSEE 2026 publiées par La République des Pyrénées. Le bassin de vie de Pau regroupe à lui seul 169 255 habitants (INSEE 2023). Dans ce territoire, la Polyclinique Pau-Pyrénées constituait l’un des deux pôles hospitaliers majeurs, aux côtés du Centre Hospitalier de Pau.
La fermeture simultanée de la maternité de Navarre et de la clinique Marzet placerait le Centre Hospitalier de Pau en situation d’absorber une part significative de l’activité de soins de l’agglomération. La capacité de cet établissement à répondre à cet afflux supplémentaire - notamment aux urgences nocturnes - reste une inconnue majeure. L’accès aux soins en zone rurale béarnaise, déjà sous tension dans plusieurs cantons, pourrait se dégrader davantage si aucune solution de substitution n’est mise en place rapidement.
Ce dossier intervient dans un contexte national de pression sur les cliniques privées, plusieurs établissements du groupe GBNA ayant connu des difficultés similaires dans d’autres régions. Pour une couverture comparable des enjeux de continuité des soins dans une autre préfecture, la visite de la préfète de l’Indre à Saint-Août avait également mis l’accès aux soins au cœur des discussions en mai 2026. Sur la question de l’organisation territoriale des services publics, la Loire-Atlantique a défini trois priorités pour l’inclusion avant la CNH 2026, dans une démarche comparable de pilotage préfectoral.
Un calendrier serré, des décisions attendues
La fermeture de la clinique Marzet est programmée pour juillet 2026, soit dans moins de deux mois. Celle de la maternité de Navarre suit en septembre. Le PSE doit encore être négocié avec les syndicats. La réunion du 11 mai marque le début d’un processus, pas sa conclusion.
Le préfet et l’ARS devront présenter des garanties concrètes sur le maintien de la couverture obstétricale, l’accès aux urgences de nuit et la prise en charge oncologique avant que les premières fermetures n’interviennent. Les syndicats ont annoncé poursuivre la mobilisation.
Sources
- Préfecture des Pyrénées-Atlantiques : Tweet officiel du préfet des Pyrénées-Atlantiques sur la réunion du 11 mai
- Sud Ouest : À Pau, où la clinique Marzet et la maternité de la Navarre vont fermer, 161 licenciements se profilent
- La République des Pyrénées : Pau : la préfecture et l'ARS sévères face à la gestion et au plan de restructuration de GBNA
- France Bleu / ici.fr : Pau : la clinique Marzet et la maternité Navarre vont fermer, plus de 160 emplois menacés