Pays-Bas : la Croix-Rouge quitte le centre d’asile de Ter Apel
Après des agressions au couteau, deux ONG suspendent leur aide humanitaire devant le principal centre d'enregistrement des demandeurs d'asile néerlandais
Le Rode Kruis et VluchtelingenWerk Nederland ont annoncé l'arrêt, à partir du 11 juillet, de leur aide sur le terrain extérieur du centre d'asile de Ter Apel. En cause des violences répétées, dont deux agressions au couteau, qui ne permettent plus de garantir la sécurité des bénévoles.
L’essentiel
- Décision : le Rode Kruis et VluchtelingenWerk Nederland cessent leurs services sur le terrain extérieur de Ter Apel à partir du 11 juillet 2026
- Durée de l’intervention : les deux ONG étaient présentes depuis le 20 mai 2026, soit sept semaines, distribuant plus de 5 000 repas et 3 000 couvertures
- Cause : au moins deux agressions à l’arme blanche recensées cette semaine, attribuées à un petit groupe d’hommes extérieurs aux demandeurs d’asile
- Déficit structurel : seulement 92 des 342 communes néerlandaises atteignent leurs objectifs d’accueil fixés par la loi de répartition de 2024, avec un manque de plus de 40 000 places
- Réaction politique : le ministre de l’Asile et de la Migration Bart van den Brink a dû reporter sa visite prévue sur place
Ce qui s’est passé à Ter Apel
Depuis le 20 mai 2026, des bénévoles du Rode Kruis (Croix-Rouge néerlandaise) et de VluchtelingenWerk Nederland intervenaient sur le terrain herbeux situé devant le centre d’enregistrement de Ter Apel, dans la province de Groningue, pour pallier le manque de places à l’intérieur. Repas, couvertures, eau et abris temporaires : selon le Rode Kruis, plus de 5 000 repas et 3 000 couvertures ont été distribués en sept semaines à des demandeurs d’asile contraints de dormir dehors faute de places disponibles.
Cette présence a pris fin brutalement. Selon un communiqué du Rode Kruis, au moins deux agressions à l’arme blanche ont eu lieu sur ce même terrain au cours de la semaine précédant l’annonce, selon des informations rapportées par NPO Radio 1. Les deux organisations affirment que ces violences, ainsi que des bagarres et des faits d’intimidation, sont le fait d’un petit groupe d’hommes qui ne font généralement pas partie des demandeurs d’asile accueillis sur place.
« La sécurité n’est plus garantie »
Le directeur du Rode Kruis, Harm Goossens, a qualifié la décision de « très lourde » à prendre. Il a rappelé que l’aide humanitaire avait duré sept semaines sans que l’État néerlandais ne mette en place de solution d’hébergement pérenne, selon les propos rapportés par le Rode Kruis lui-même. Le porte-parole de l’organisation, Martijn van Es, cité par Nu.nl, a insisté sur le fait que la gestion de cette crise relève de la responsabilité de l’État néerlandais, et non d’ONG humanitaires appelées à combler les manques.
Les tentes installées par la Croix-Rouge pour offrir un abri aux personnes dormant dehors vont être démontées, selon des informations relayées par Nieuws.nl. Concrètement, les demandeurs d’asile stationnés à l’extérieur du centre se retrouvent, à partir du 11 juillet, sans assistance humanitaire directe sur ce terrain.
Le ministre contraint d’annuler sa visite
Le ministre néerlandais de l’Asile et de la Migration, Bart van den Brink, avait prévu une visite surprise à Ter Apel. Il a dû l’annuler pour des raisons de sécurité, selon le gouvernement néerlandais (Rijksoverheid). Le ministre a reconnu la gravité de la situation et appelé les communes du pays à davantage de solidarité dans l’accueil des demandeurs d’asile.
La commune de Westerwolde, dont dépend Ter Apel, ainsi que l’Organe central d’accueil des demandeurs d’asile (COA), ont tous deux fait part de leur compréhension face au retrait des deux ONG, selon l’agence de presse néerlandaise ANP. Sur X, plusieurs médias néerlandais ont largement relayé l’annonce.
Contexte aux Pays-Bas : une crise d’accueil chronique
Ter Apel n’est pas un centre d’asile parmi d’autres. Situé dans le nord-est du pays, près de la frontière allemande, c’est le point d’enregistrement principal pour toute personne demandant l’asile aux Pays-Bas. C’est là que se concentrent depuis plusieurs années les images de campements de fortune et de files d’attente, faute de places suffisantes dans le reste du pays.
Une loi de répartition adoptée en 2024 impose à chacune des 342 communes néerlandaises un quota de places d’accueil à ouvrir. Selon les chiffres cités dans ce dossier, seules 92 communes atteignent aujourd’hui cet objectif, ce qui creuse un déficit national supérieur à 40 000 places. Ter Apel, faute d’alternative, continue donc d’absorber un afflux que le système d’accueil, dans son ensemble, ne parvient pas à répartir.
Ce que ça change, vu de France
Le cas néerlandais résonne avec des débats similaires en France sur la saturation des dispositifs d’hébergement pour demandeurs d’asile et la répartition des places entre communes. La différence ici tient à la nature de l’épisode : ce n’est pas seulement un manque de moyens qui est pointé, mais un retrait d’ONG humanitaires pour des raisons de sécurité, un cas rare pour ce type d’intervention en Europe occidentale. Le fait que des associations comme le Rode Kruis, dont la vocation est justement d’intervenir dans des contextes difficiles, jugent la situation intenable, illustre l’ampleur de la tension à Ter Apel.
Aucune solution de relogement n’a été annoncée à ce stade par les autorités néerlandaises pour les personnes qui se trouvaient sur ce terrain. La suite dépendra désormais des mesures que prendra le gouvernement de Bart van den Brink, et de la capacité des communes à honorer, ou non, leurs quotas d’accueil.