Pays-Bas : premier hub mondial des capitaux israéliens selon SOMO

Une enquête révèle que les Pays-Bas accueillent 44,9 milliards d'euros d'investissements israéliens, près de quatre fois plus que les États-Unis, via des holdings boîtes aux lettres

Pays-Bas : premier hub mondial des capitaux israéliens selon SOMO
Illustration Sanne Bakker / info.fr

Selon un rapport de l'ONG SOMO publié ce 9 juillet, les Pays-Bas se sont imposés comme la plaque tournante mondiale des capitaux israéliens. Le pays a accueilli en 2024 près de 45 milliards d'euros d'investissements d'Israël, dont une part significative transite par des holdings sans activité réelle pour bénéficier du régime fiscal néerlandais.

L’essentiel

  • 44,9 milliards d’euros : montant des investissements israéliens aux Pays-Bas en 2024, près de quatre fois la part des États-Unis
  • 27,3 milliards d’euros : investissements directs néerlandais en Israël, plaçant le pays au 2e rang mondial après les États-Unis
  • ERCAS B.V. : holding boîte aux lettres de l’armurier d’État Rafael domiciliée à La Haye, sans employés ni adresse réelle
  • 285 millions d’euros : contrat public espagnol suspendu en 2025 avec PAP Tecnos, filiale de Rafael contrôlée via les Pays-Bas

Le rapport de l’organisation néerlandaise de recherche SOMO, rendu public ce jeudi 30 juin 2026, jette une lumière crue sur le rôle des Pays-Bas dans l’architecture financière israélienne. Loin de l’image d’un petit pays discret, le royaume se révèle être le premier hub mondial pour les capitaux israéliens, avec 44,9 milliards d’euros d’investissements accueillis en 2024. Ce montant représente près de quatre fois la part captée par les États-Unis, deuxième destination mondiale.

Dans l’autre sens, les Pays-Bas figurent comme le deuxième investisseur direct en Israël avec 27,3 milliards d’euros, devancés uniquement par les États-Unis. Cette intensité des flux financiers s’explique par le régime fiscal et juridique néerlandais, particulièrement attractif pour les multinationales cherchant à optimiser leur structure de détention.

Des holdings sans substance réelle

L’enquête de SOMO documente comment des géants de l’armement et de la technologie israéliens exploitent des sociétés holding néerlandaises qualifiées de « boîtes aux lettres ». Ces entités, dépourvues d’employés et parfois même d’adresse physique vérifiable, servent uniquement à structurer des flux financiers et à orchestrer des acquisitions en Europe.

Le cas le plus emblématique concerne ERCAS B.V., holding domiciliée à La Haye qui contrôle l’ensemble des usines d’armes européennes de Rafael Advanced Defense Systems, armurier d’État israélien. Selon SOMO, cette structure a notamment permis de financer intégralement l’acquisition en 2022 du fabricant britannique de matériel militaire Pearson Engineering, spécialisé dans les équipements de déminage et de franchissement.

L’entreprise de défense Elbit Systems, autre mastodonte de l’industrie militaire israélienne, gère quant à elle ses filiales en Autriche, en Allemagne et en Roumanie via deux entités enregistrées aux Pays-Bas. Le schéma se répète pour des acteurs de la cybersécurité comme Check Point Software et des groupes pharmaceutiques tels que Teva Pharmaceuticals, qui transitent par le royaume pour structurer leurs investissements européens.

Des conséquences concrètes en Europe

Cette architecture financière a produit des répercussions tangibles dans plusieurs pays européens. En 2025, l’Espagne a suspendu un contrat public de 285 millions d’euros avec PAP Tecnos, fabricant de véhicules blindés, après avoir découvert que l’entreprise était contrôlée par Rafael via sa holding néerlandaise. La décision espagnole intervenait dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes autour de la situation à Gaza.

L’Allemagne a récemment conclu un contrat majeur de sous-marins avec le Canada, illustrant les enjeux stratégiques autour des exportations militaires européennes. Dans ce contexte, le rôle des Pays-Bas comme plateforme de financement pour l’industrie de défense israélienne soulève des questions sur la traçabilité des capitaux et le respect des engagements internationaux.

Appel à des sanctions unilatérales

SOMO appelle le gouvernement néerlandais à prendre des mesures unilatérales face à cette situation. L’ONG recommande notamment la modification du traité fiscal bilatéral signé en 1973 avec Israël et l’arrêt de toute promotion commerciale favorisant ces flux d’investissement. Jasper van Teeffelen, chercheur principal de l’étude, souligne que cette proximité financière accroît la responsabilité juridique des Pays-Bas au regard de la Convention sur le génocide.

Aucune réaction officielle du gouvernement néerlandais n’avait été enregistrée dans les heures suivant la publication du rapport. Le ministère des Affaires étrangères n’a pas commenté les recommandations de SOMO concernant le traité fiscal de 1973, qui constitue l’un des piliers de l’attractivité néerlandaise pour les holdings israéliennes.

Contexte aux Pays-Bas

Les Pays-Bas ont bâti depuis les années 1970 une réputation de hub fiscal européen, attirant les sièges régionaux de nombreuses multinationales grâce à un réseau dense de traités fiscaux et à des structures juridiques souples. Le pays compte plus de 12 000 holdings dites « special purpose entities », dont une part significative n’emploie aucun salarié sur le territoire néerlandais.

Cette spécialisation a fait l’objet de critiques récurrentes de la part de l’Union européenne et d’ONG internationales, qui dénoncent un système facilitant l’optimisation fiscale agressive. Le cas israélien, documenté par SOMO, s’inscrit dans ce modèle plus large, tout en y ajoutant une dimension liée aux industries de défense et à leurs implications géopolitiques.

La publication de ce rapport intervient alors que plusieurs pays européens, dont l’Italie qui a récemment refusé toute participation à des frappes en Iran, réévaluent leurs relations avec les acteurs du conflit au Moyen-Orient. La question de savoir si La Haye suivra cette tendance ou maintiendra son régime fiscal inchangé reste ouverte.

Le débat sur la responsabilité des États hébergeurs de structures financières liées à des industries militaires devrait s’intensifier dans les prochains mois, à mesure que les implications juridiques de la Convention sur le génocide seront débattues dans les instances internationales.

Sanne
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Sources

Sanne Bakker

Sanne Bakker

Sanne Bakker est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondante à Amsterdam. basée sur place, Elle couvre l'actualité de les Pays-Bas pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Elle pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays,...

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