Pédocriminalité à Belfort : deux hommes piégés par une fausse ado de 12 ans jugés

Le collectif La Team Moore a créé un faux profil d'adolescente pour confondre deux récidivistes, jugés le 22 avril au tribunal correctionnel.

Pédocriminalité à Belfort : deux hommes piégés par une fausse ado de 12 ans jugés
Illustration Thierry Muller / info.fr

Deux affaires de corruption de mineurs ont été examinées le même matin au tribunal de Belfort. Les deux prévenus, récidivistes, ont été piégés en ligne par un faux profil baptisé 'Léa Barbier, 12 ans', créé par le collectif La Team Moore. Le parquet a requis jusqu'à cinq ans de prison.

Le mardi 22 avril 2026, deux affaires distinctes de corruption de mineurs ont été jugées consécutivement au tribunal correctionnel de Belfort. Dans les deux cas, le mécanisme est identique : les prévenus ont cru correspondre avec une adolescente de 12 ans sur internet. Il s’agissait d’un leurre.

Un faux profil, une cinquantaine de bénévoles

Derrière ce profil fictif : le collectif La Team Moore, fondé en avril 2019 par Steven et Neila Moore. L’association compte environ 50 bénévoles et opère en France, en Belgique et en Suisse. Sa méthode : créer des profils fictifs d’enfants âgés de 12 à 15 ans pour identifier des adultes cherchant à les contacter à des fins sexuelles, puis transmettre les éléments à la justice. Le collectif revendique la devise « La peur doit changer de camp », selon L’Est Républicain.

Dans l’une des deux affaires belfortaines, un prévenu a adressé au faux profil des messages à caractère sexuel explicite. France 3 Franche-Comté rapporte notamment la phrase : « J’aimerais trop lécher tes petits seins », envoyée à ce qu’il croyait être une mineure de 12 ans.

La défense conteste la méthode

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Les deux prévenus sont récidivistes. Le parquet a requis jusqu’à cinq ans de prison à leur encontre pour corruption de mineurs, selon L’Est Républicain.

La défense a choisi l’angle juridique de l’entrapment. Me Baumont a interpellé le tribunal : « Vous êtes en train de juger un majeur incapable. Avec ce faux profil, qui corrompt qui ? » L’avocate conteste la légitimité d’une technique où c’est le collectif qui initie le contact. La question de la validité de ce type de piège citoyen devant les tribunaux reste posée - une problématique déjà soulevée dans d’autres affaires similaires, comme celle d’un homme condamné à Blois pour surveillance de son ex-compagne, où les moyens de preuve numériques avaient aussi été discutés.

La Team Moore n’en est pas à son coup d’essai dans la région. En octobre 2025, le collectif avait sensibilisé des adolescents du territoire à ces risques. Il a également contribué à des condamnations ailleurs : un trentenaire avait écopé de 14 mois avec sursis à Valenciennes en mai 2025, et un Icaunais avait été jugé à Sens en février 2026 grâce à ses signalements.

Pas encore de verdict

Aucune date de délibéré n’a été communiquée à l’issue de l’audience du 22 avril. La procédure suit son cours normal au tribunal correctionnel de Belfort. Les comptes rendus disponibles ne précisent pas non plus si les prévenus sont placés en détention provisoire.

Ce type d’affaire s’inscrit dans un contexte de progression des infractions sexuelles en ligne contre des mineurs. Un Belfortain de 55 ans, déjà condamné en 2022, avait été interpellé en août 2025 selon le même schéma - piégé cette fois par un gendarme sous pseudonyme d’adolescente. Son jugement était prévu à Montbéliard en octobre 2025, selon L’Est Républicain.

Sources

Thierry Muller

Thierry Muller

Basé à Belfort, traite l'industrie ferroviaire, les tensions sur l'emploi chez Alstom, les projets de reconversion et les débats sur le Lion. Formé à l'ESJ Lille, il a grandi dans le Territoire. Posture éditoriale : interroger les ouvriers, les syndicalistes, les élus, vérifier les carnets de commandes d'Alstom avant de publier.

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