Pékin dénonce la nationalisation de British Steel par Londres

Le ministère chinois du Commerce accuse le Royaume-Uni d'avoir pris de force l'aciérie détenue par Jingye Group, menaçant un conflit diplomatique et juridique entre les deux pays.

Pékin dénonce la nationalisation de British Steel par Londres
Illustration Camille Perrin / info.fr
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La nationalisation de British Steel par le gouvernement britannique le 16 juillet provoque la colère de Pékin. Le ministère du Commerce chinois dénonce une expropriation forcée qui bafoue les droits de l'investisseur chinois Jingye Group, propriétaire du site depuis 2020.

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  • Le Royaume-Uni a nationalisé British Steel le 16 juillet 2026 après l'adoption du Steel Industry (Nationalisation) Act 2026.
  • Le ministère chinois du Commerce a dénoncé le 17 juillet une prise de contrôle forcée portant atteinte aux droits de Jingye Group, propriétaire depuis 2020.
  • Le site de Scunthorpe emploie environ 2 700 personnes et abrite les derniers hauts fourneaux actifs produisant de l'acier brut au Royaume-Uni.
  • Jingye réclame un dédommagement complet et se réserve le droit d'engager des poursuites judiciaires internationales.
  • Le gouvernement britannique prévoit de nommer un évaluateur indépendant pour déterminer le montant d'une éventuelle compensation.
5 faits vérifiés 3 sources mis à jour le 19 juillet à 08:11

Le ton monte entre Pékin et Londres après la nationalisation de British Steel. Le 17 juillet, le ministère chinois du Commerce (MOFCOM) a exprimé sa ferme opposition à la décision britannique, qualifiant l’opération de prise de contrôle forcée sous prétexte de sécurité nationale. Selon le MOFCOM, cette mesure a « gravement endommagé » les droits légitimes du sidérurgiste chinois Jingye Group, propriétaire de l’entreprise depuis 2020.

Le lendemain, le 18 juillet, le ministère des Affaires étrangères a annoncé qu’il surveillerait de près la situation et prendrait des mesures appropriées si nécessaire pour protéger les intérêts chinois. Jingye, de son côté, réclame un dédommagement complet et a averti qu’il se réservait le droit d’engager des poursuites judiciaires internationales, y compris un arbitrage.

Une nationalisation pour sauver Scunthorpe

Le 17 juillet, le gouvernement britannique a officiellement nationalisé British Steel après l’adoption définitive du Steel Industry (Nationalisation) Act 2026 le 16 juillet. Cette mesure vise à sauvegarder le site sidérurgique de Scunthorpe, dans le nord de l’Angleterre, qui emploie environ 2 700 personnes et abrite les derniers hauts fourneaux actifs produisant de l’acier brut au Royaume-Uni, selon l’Associated Press.

Le Premier ministre Keir Starmer a justifié cette décision historique comme essentielle pour protéger l’intérêt national, les emplois locaux et les chaînes d’approvisionnement critiques, rapporte The Guardian. Jingye perdait des pertes massives sur le site et envisageait d’éteindre les hauts fourneaux jugés non rentables.

Londres avait déjà pris le contrôle opérationnel temporaire de l’entreprise en avril 2025 pour empêcher cette fermeture, selon Al Jazeera. La nationalisation transforme cette mesure provisoire en appropriation définitive.

Pékin invoque l’accord de protection des investissements

Dans sa déclaration du 17 juillet, le ministère chinois du Commerce a appelé le Royaume-Uni à respecter l’accord bilatéral de protection des investissements sino-britannique et à traiter équitablement les entreprises chinoises. Selon Reuters, Pékin estime que cette nationalisation nuit à la confiance des investisseurs étrangers au Royaume-Uni.

Jingye Group, qui avait racheté British Steel en 2020 après une première faillite, affirme avoir injecté des sommes considérables dans l’entreprise. Le groupe chinois exige maintenant une compensation financière totale, faute de quoi il engagera des procédures judiciaires internationales, selon le Global Times.

Pour tenter d’éviter un litige international, le gouvernement britannique a promis de mandater un évaluateur indépendant chargé de déterminer le montant d’une éventuelle compensation due à Jingye, rapporte The Guardian. Aucun calendrier n’a été précisé.

Contexte des relations économiques sino-britanniques

Cette crise intervient dans un climat déjà tendu entre Pékin et Londres. Les relations économiques bilatérales se sont détériorées ces dernières années, notamment avec l’exclusion de Huawei des réseaux 5G britanniques et les restrictions croissantes imposées aux investissements chinois dans les infrastructures critiques.

La sidérurgie cristallise ces tensions. Pour le Royaume-Uni, l’acier reste un secteur stratégique lié à la défense et aux industries de pointe. Pour la Chine, qui représente plus de la moitié de la production mondiale d’acier, les actifs sidérurgiques à l’étranger sont des relais commerciaux importants dans un contexte de surcapacités intérieures.

Jingye avait acquis British Steel pour 50 millions de livres en 2020, alors que l’entreprise était en liquidation judiciaire. Le groupe avait promis d’investir 1,2 milliard de livres sur dix ans pour moderniser les installations. Ces engagements n’ont été que partiellement tenus, selon le Département des Affaires et du Commerce britannique.

Un précédent qui inquiète les investisseurs chinois

Au-delà du cas British Steel, cette nationalisation pourrait créer un précédent préoccupant pour les entreprises chinoises investies en Europe. Plusieurs observateurs chinois y voient un signal de durcissement des pays occidentaux face aux capitaux chinois dans les secteurs jugés sensibles.

La presse officielle chinoise a accusé Londres d’instrumentaliser l’argument de la sécurité nationale pour justifier une expropriation qui relève, selon elle, d’un échec de politique industrielle britannique. Le Global Times a écrit que le Royaume-Uni cherchait à faire porter la responsabilité de ses propres erreurs de gestion à un investisseur étranger.

Reste à savoir si cette affaire débouchera sur un contentieux juridique international. Les traités bilatéraux de protection des investissements prévoient généralement des mécanismes d’arbitrage en cas de différend. Un tel recours pourrait prendre plusieurs années et coûter des dizaines de millions de livres en frais juridiques.

En attendant, la nouvelle entreprise publique britannique doit redresser un site déficitaire et moderniser des installations vieillissantes. Le gouvernement Starmer a promis un plan de transition vers une production d’acier bas carbone, mais n’a pas encore détaillé le financement ni le calendrier de cette transformation.

Camille
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Sources

Camille Perrin

Camille Perrin

Camille Perrin est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondante à Pekin. basée sur place, Elle couvre l'actualité de la Chine pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Elle pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays,…

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