Pékin intensifie la pression en mer de Chine avec des canons à eau
La garde côtière chinoise a ciblé des navires philippins près du récif de Scarborough pour la deuxième journée consécutive, troisième incident de la semaine
Le 24 juillet 2026, la Philippine Coast Guard accuse Pékin d'avoir à nouveau tiré au canon à eau sur ses navires près du récif de Scarborough. Un bateau chinois s'est approché à 7 mètres d'un navire philippin, créant un risque de collision. La Chine justifie ces actions par des « mesures de contrôle » contre des opérations « illégales ».
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- La garde côtière chinoise a tiré au canon à eau sur des navires philippins le 24 juillet 2026 près du récif de Scarborough, deuxième jour consécutif
- Un navire chinois s'est approché à 7 mètres d'un bateau philippin, créant un risque de collision selon Manille
- Troisième confrontation maritime de la semaine entre Chine et Philippines en mer de Chine méridionale
- Le récif de Scarborough se trouve dans la zone économique exclusive des Philippines, mais Pékin en revendique la souveraineté
- Ces incidents surviennent pendant les réunions ministérielles de l'ASEAN à Manille rassemblant diplomates asiatiques et occidentaux
La mer de Chine méridionale est à nouveau le théâtre de tensions maritimes accrues. Le 24 juillet 2026, la garde côtière philippine a accusé son homologue chinoise d’avoir utilisé des canons à eau contre ses navires pour le deuxième jour consécutif près du récif de Scarborough, selon Reuters. Il s’agit de la troisième confrontation de la semaine entre les deux pays dans cette zone disputée.
Une manœuvre jugée dangereuse
L’incident du 24 juillet s’est distingué par sa dangerosité : un navire de la garde côtière chinoise s’est approché à environ 7 mètres d’un bateau de pêche philippin, créant selon Manille un « risque sérieux de collision ». Jay Tarriela, porte-parole de la Philippine Coast Guard, a qualifié ces actions de « dangereuses et non professionnelles », rapporte l’agence CNA.
La veille, le 23 juillet, un incident similaire s’était déjà produit au même endroit. Le 20 juillet, à Second Thomas Shoal, un autre haut-fond contesté, un marin philippin avait été blessé par un coup de bâton lors d’une altercation. Cette série d’incidents marque une escalade notable dans une région où les tensions couvent depuis des années.
Pékin justifie des « mesures de contrôle »
De son côté, la Chine défend fermement ses actions. La garde côtière chinoise affirme avoir imposé des « mesures de contrôle » contre des navires philippins opérant selon elle illégalement dans ses eaux, selon le South China Morning Post. Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a qualifié ces interventions de « raisonnables, légales et irréprochables », comme l’a rapporté Reuters.
Le récif de Scarborough, situé à environ 220 kilomètres à l’ouest de l’île philippine de Luçon, se trouve dans la zone économique exclusive des Philippines. Pékin en revendique toutefois la souveraineté totale, s’appuyant sur sa « ligne en neuf traits » qui englobe la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale. Cette revendication a été invalidée par la sentence arbitrale de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye en 2016, que la Chine refuse de reconnaître.
Contexte dans la région Asie-Pacifique
Ces affrontements maritimes interviennent dans un contexte géopolitique délicat. Manille accueillait précisément cette semaine des réunions ministérielles de l’ASEAN, rassemblant des diplomates asiatiques et occidentaux, selon l’Associated Press. La multiplication des incidents en pleine séquence diplomatique amplifie les préoccupations régionales sur les intentions chinoises.
La mer de Chine méridionale représente un enjeu stratégique majeur : elle concentre un tiers du commerce maritime mondial et recèle d’importantes réserves d’hydrocarbures. Six pays riverains - Chine, Philippines, Vietnam, Malaisie, Brunei et Taïwan - y revendiquent des territoires. Les Philippines contestent particulièrement l’occupation par Pékin du récif de Scarborough depuis 2012, après un face-à-face naval qui s’était soldé par le retrait manillais.
Réactions internationales
Washington a rapidement réagi aux derniers incidents. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a qualifié de « troublantes » les actions chinoises, selon l’agence Philippine News Agency. Les États-Unis, liés aux Philippines par un traité de défense mutuelle depuis 1951, surveillent de près l’évolution de la situation. Le Département d’État américain a rappelé à plusieurs reprises que toute attaque armée contre des navires philippins pourrait déclencher les obligations d’assistance américaines.
L’Union européenne et plusieurs pays occidentaux ont également exprimé leur préoccupation face à la multiplication des incidents. Lors des réunions de l’ASEAN, plusieurs délégations ont plaidé pour une désescalade et le respect du droit maritime international, même si l’association peine à adopter une position unifiée face à Pékin, certains de ses membres entretenant des liens économiques étroits avec la Chine.
Une stratégie d’affirmation maritime
Les analystes y voient la poursuite d’une stratégie chinoise d’affirmation territoriale par des moyens non militaires. En utilisant sa garde côtière plutôt que sa marine de guerre, Pékin maintient la pression sur ses voisins tout en évitant de franchir le seuil d’un conflit armé. Cette approche, parfois qualifiée de « zone grise », permet à la Chine de consolider progressivement son contrôle de facto sur des zones disputées.
Depuis 2023, la Chine a renforcé sa présence autour du récif de Scarborough et de Second Thomas Shoal, multipliant les patrouilles et les interceptions de navires philippins. Les autorités philippines documentent systématiquement ces incidents, publiant photos et vidéos pour alerter la communauté internationale. Cette transparence contraste avec l’opacité chinoise, qui communique rarement sur ses opérations en mer de Chine méridionale.
Prochaines étapes diplomatiques
Les discussions au sein de l’ASEAN devraient se poursuivre dans les prochains jours, avec en ligne de mire la négociation d’un code de conduite en mer de Chine méridionale, projet enlisé depuis des années. Manille a annoncé son intention de porter à nouveau plainte auprès des instances internationales si les incidents se multiplient. La Philippine Coast Guard a indiqué qu’elle maintiendrait ses patrouilles dans sa zone économique exclusive, malgré la pression chinoise.