Pogačar écrase, Mollema veut rétrécir le peloton
Après le 5e sacre slovène, l'idée de passer à 6 coureurs par équipe refait surface
Tadej Pogačar a remporté son cinquième Tour de France le 26 juillet 2026. Bauke Mollema propose de réduire la taille des équipes de huit à six coureurs pour briser la mainmise d'UAE.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Équilibre compétitif
La domination d'UAE pose la question de la prévisibilité du Tour. Réduire les équipes pourrait redistribuer les cartes.
Sécurité du peloton
Un peloton de 176 coureurs favorise les chutes massives. Mollema cite le Tour de Romandie comme contre-exemple.
Pouvoir des équipes riches
Les budgets illimités permettent d'aligner huit coureurs d'élite. Six coureurs limiteraient cette capacité de contrôle.
Héritage du cyclisme
Le Tour a déjà changé ses règles (équipes nationales, réduction à 8 en 2018). L'histoire montre que l'adaptation est possible.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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1930-1961
Ère équipes nationales
Le Tour se dispute par nations pour éviter la domination des marques aux budgets illimités.
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2018
Réduction à 8 coureurs
ASO réduit les effectifs pour casser le train Sky/INEOS et ouvrir la course.
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26 juil. 2026
5e sacre de Pogačar
Le Slovène égale le record de Merckx avec 6'26'' d'avance sur Evenepoel.
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26 juil. 2026
Proposition Mollema
Le Néerlandais suggère de passer à 6 coureurs par équipe lors de la conférence finale.
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Fin 2026
Retraite Mollema
Après 19 ans et 23 Grands Tours, Bauke Mollema tire sa révérence.
Sur les Champs-Élysées, le 26 juillet 2026 - Tadej Pogačar lève les bras. Cinquième Tour de France. Il rejoint Anquetil - Merckx - Hinault - Indurain. Trois victoires d’affilée. Six minutes vingt-six secondes d’avance sur Remco Evenepoel. Isaac del Toro - son coéquipier mexicain, complète le podium. UAE contrôle tout.
Pogačar a gagné 5 étapes sur cette 113e édition. Total en carrière: 26 succès. Quatrième du classement historique derrière Cavendish (35), Merckx (34), Hinault (28). La machine UAE tourne.
Mollema jette un pavé
Conférence de presse finale. Bauke Mollema - figure respectée du peloton - vétéran de 23 Grands Tours - annonce sa retraite pour fin 2026. Et lâche une proposition: passer de huit à six coureurs par équipe.
« On ne peut pas demander à Tadej d’être moins fort, c’est un champion exceptionnel. Mais on peut changer les règles du jeu. Si l’on veut rendre le Tour moins prévisible, il faut réduire la taille des équipes. Passer de 8 à 6 coureurs par formation changerait tout. Cela rendrait le contrôle de la course beaucoup plus difficile, obligerait les leaders à prendre leurs responsabilités plus tôt et laisserait place à l’imprévu » - déclare le Néerlandais.
Son diagnostic: « Quand une équipe est capable de contrôler la course, de gérer les échappées et de préparer le sprint tout en protégeant son leader avec une telle facilité, le sport perd de son imprévisibilité ».
Un peloton de 176, trop gros?
Mollema s’appuie sur des chiffres. « Avec des équipes aussi puissantes et dotées de moyens technologiques et humains illimités, un peloton de 176 coureurs devient un avantage pour ceux qui ont les moyens de le contrôler ». Il cite le Tour de Romandie 2026 - où un peloton réduit a permis une course plus fluide, moins de chutes massives.
La sécurité en jeu
L’argument sécuritaire n’est pas anecdotique. Sur le Tour de Romandie 2026 - couru avec des équipes réduites, le nombre de chutes collectives a diminué de façon notable. Moins de coureurs dans le peloton signifie moins de compression dans les virages, moins de risque d’effet domino. La densité actuelle de 176 coureurs transforme certaines arrivées en loterie, où un écart de trajectoire de quelques centimètres déclenche une cascade. Mollema le sait: après 23 Grands Tours - il a vu tomber des dizaines de coéquipiers et adversaires. Réduire à six coureurs par équipe ramènerait le peloton à 132 participants si le nombre d’équipes reste stable. Un espace vital retrouvé.
Le fossé financier
La domination d’UAE repose sur une réalité économique brutale. Selon plusieurs sources, le budget de l’équipe émiratie dépasse celui de la plupart de ses concurrentes. Résultat: UAE peut aligner huit coureurs capables de rouler à haute intensité en tête de peloton pendant des heures, là où d’autres équipes alignent des leaders et des équipiers de soutien. Isaac del Toro sur le podium n’est pas un accident: c’est la preuve qu’UAE possède deux coureurs de classement général de niveau mondial, plus plusieurs domestiques d’élite. Réduire à six coureurs ne supprime pas l’avantage financier, mais il le limite mécaniquement. Avec deux équipiers en moins, même UAE ne pourra plus verrouiller la course de bout en bout. Les leaders devront sortir de leur bulle plus tôt, prendre des risques, s’exposer. C’est ce déséquilibre que Mollema cherche à corriger.
Le paradoxe du changement
L’idée n’est pas neuve. De 1930 à 1961 - le Tour se disputait par équipes nationales pour éviter que les budgets illimités des marques ne verrouillent la course. En 2018 - ASO avait déjà réduit les effectifs de neuf à huit coureurs pour limiter la mainmise du train Sky/INEOS. Objectif: casser le contrôle collectif, ouvrir la course aux attaques individuelles.
Le résultat? Un paradoxe. La réduction à huit coureurs a effectivement affaibli le train Sky, mais elle a surtout permis l’émergence de nouveaux talents capables de briller dans un environnement plus ouvert. Moins d’équipiers signifiait moins de contrôle mécanique, donc plus d’espace pour les coups d’éclat solitaires. Ironie de l’histoire: la mesure anti-domination a ouvert la voie à une nouvelle forme d’hégémonie. Aujourd’hui, UAE a inversé la logique. Elle a reconstruit un train avec huit coureurs d’élite, là où Sky alignait des domestiques de luxe. Résultat: Pogačar bénéficie du meilleur des deux mondes, protection collective et talent individuel supérieur.
Un champion dans l’histoire
La domination de Pogačar pose une question plus large: quelle place occupe-t-il dans le panthéon du cyclisme? En rejoignant Anquetil - Merckx - Hinault et Indurain - le Slovène entre dans un club où chaque nom incarne une époque. Anquetil, c’est la science du chrono. Merckx, la voracité universelle. Hinault, la combativité brutale. Indurain, la régularité implacable. Pogačar cumule tout: chrono, montagne, puncheur, attaquant. Mais contrairement à ses prédécesseurs, il écrase sans partage. Merckx gagnait en multipliant les attaques; Pogačar gagne en contrôlant de bout en bout. Six minutes d’avance - c’est du jamais vu depuis plusieurs décennies. Cette suprématie change la narration du Tour. On ne se demande plus qui va gagner, mais de combien. Le suspense s’efface. Et avec lui, une part du mythe.
L’UCI en débat
La proposition de Mollema fait écho aux débats récurrents au sein de l’UCI. On se souvient de la réforme de 2018 - qui avait réduit les effectifs de neuf à huit coureurs, sans effet durable sur l’équilibre compétitif. Mauro Gianetti - architecte de la machine UAE, est régulièrement interrogé sur la gestion de son armada. Aucune réaction officielle pour l’instant.
Mollema précise qu’il envisage aussi six ou sept coureurs - voire une limitation du nombre total de participants. L’objectif: rendre le contrôle impossible, forcer les leaders à se découvrir plus tôt, libérer l’imprévu.
Le Tour 2026 a confirmé la suprématie slovène. Six minutes d’avance, cinq étapes, un coéquipier sur le podium. Mollema pose la question: faut-il changer les règles quand un champion devient trop fort?
Il prend sa retraite fin 2026. Il ne verra pas si sa proposition sera retenue. Pogačar, lui, continue sa carrière au sommet.
