Pointe-à-Pitre : le barreau met en scène un procès fictif sur les réparations au MACTe

Pour le 178e anniversaire de l'abolition, le barreau de Guadeloupe a rejoué le procès d'une ancienne esclave réclamant réparation à l'État français sur la place du Mémorial ACTe.

Pointe-à-Pitre : le barreau met en scène un procès fictif sur les réparations au MACTe
Illustration Marie-Claire Naboulet / info.fr

Le 27 mai 2026 à Pointe-à-Pitre, le MACTe a accueilli « Le procès du siècle », un procès fictif organisé avec le barreau de Guadeloupe. Une ancienne esclave, interprétée par la comédienne Florence Naprix, réclamait réparation à l'État sur la base d'une loi de 1849. L'événement s'inscrivait dans la commémoration du 178e anniversaire de l'abolition de l'esclavage en Guadeloupe.

Le 27 mai 2026 à Pointe-à-Pitre, le MACTe a accueilli « Le procès du siècle », un procès fictif organisé avec le barreau de Guadeloupe. Une ancienne esclave, interprétée par la comédienne Florence Naprix, réclamait réparation à l’État sur la base d’une loi de 1849. L’événement s’inscrivait dans la commémoration du 178e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe.

L’essentiel

  • 178e anniversaire : l’abolition de l’esclavage a été proclamée en Guadeloupe le 27 mai 1848 ; le 27 mai est jour férié officiel dans l’île depuis la loi du 30 juin 1983.
  • Procès fictif de 17h à 18h : « Le procès du siècle » s’est tenu sur la place de commémoration du MACTe, en partenariat avec l’Ordre des avocats du barreau de Guadeloupe.
  • Loi du 30 avril 1849 : cette loi avait accordé environ 120 à 126 millions de francs aux propriétaires d’esclaves (colons/planteurs), sans équivalent pour les anciens esclaves - c’est le fondement juridique fictif du procès.
  • Florence Naprix : la comédienne a interprété le rôle de l’ancienne esclave demanderesse face à l’État français.
  • Salué officiellement : le Parquet de Pointe-à-Pitre a publié un message de soutien sur X le jour même.

Une mise en scène juridique sur la place du MACTe

De 17h à 18h, la place de commémoration du Mémorial ACTe a servi de prétoire. Le scénario : une ancienne esclave, incarnée par Florence Naprix, se présente devant un tribunal fictif pour réclamer réparation à l’État français. Le fondement invoqué est la loi du 30 avril 1849, qui avait indemnisé les planteurs et colons des colonies françaises lors de l’abolition - à hauteur d’environ 120 à 126 millions de francs selon les sources historiques - sans aucune contrepartie pour les personnes réduites en esclavage.

L’événement a été monté avec l’Ordre des avocats du barreau de Guadeloupe, selon France-Antilles. Maître Raphaël Lapin, avocat et président du MACTe, y a pris part. Il a déclaré à France-Antilles : « Les procès fictifs sur des sujets sensibles, c’est un exercice de style qui se fait beaucoup. Je crois que l’époque se prête à aller plus loin. […] La question des réparations se pose aujourd’hui. Ne faudrait-il pas se dire qu’il y a un héritage de cette dette que l’État et les anciens planteurs avaient à l’égard de nos aïeux ? »

Le parquet salue l’initiative sur X

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Le compte officiel du Parquet de Pointe-à-Pitre (@Procureur_pap) a réagi dans la journée :

Cette prise de position publique d’une institution judiciaire, même informelle, est notable. Le parquet de Pointe-à-Pitre est par ailleurs engagé dans des initiatives pédagogiques sur le territoire : audiences foraines et scolaires à Sainte-Rose dans le cadre du programme Quartiers 2030.

Une journée de mémoire aux volets multiples

Le procès fictif n’était qu’un des temps forts d’une programmation plus large, selon Franceinfo La1ère et RCI Guadeloupe. La journée comprenait un accès gratuit à l’exposition permanente du MACTe, des visites critiques guidées, et une veillée artistique en soirée avec le groupe Voukoum et des artistes béninois, les Supers d’Art de Ouidah.

Ce format de « visite critique » de l’exposition est une initiative portée par le MACTe lui-même pour renouveler l’approche de sa collection, selon RCI Guadeloupe. L’accès gratuit le 27 mai est une constante de la programmation annuelle.

Contexte dans la Guadeloupe

Le 27 mai est jour férié officiel en Guadeloupe depuis la loi du 30 juin 1983. Il commémore la proclamation locale de l’abolition par le gouverneur par intérim Jean-François Layrle, le 27 mai 1848, appliquant le décret national du 27 avril 1848 signé par Victor Schœlcher.

Le MACTe - Mémorial ACTe, Centre caribéen d’expressions et de mémoire de la Traite et de l’Esclavage - a été inauguré le 10 mai 2015 par le président François Hollande, sur un projet porté par Victorin Lurel, avec un budget initial d’environ 83 millions d’euros selon la Région Guadeloupe. Il fêtait ses dix ans en 2025 et engage actuellement une refonte de son parcours muséographique permanent.

La question des réparations liées à l’esclavage reste un débat structurant dans les Antilles françaises et au-delà. La loi Taubira de 2001 a reconnu la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité, sans prévoir de mécanisme d’indemnisation. Le procès fictif du 27 mai 2026 s’inscrit dans ce débat de fond, sans décision juridique ni politique annoncée dans son prolongement immédiat.

La Guadeloupe est également traversée par d’autres dossiers de mémoire environnementale et sanitaire : des contrôles chlordécone se poursuivent au marché de Basse-Terre dans le cadre du plan IV, signe que les héritages de la période coloniale continuent d’irriguer l’actualité locale.

Un format qui fait école

Le recours au procès fictif comme outil pédagogique et mémoriel n’est pas inédit en France. Des exercices similaires ont été organisés dans des contextes variés - procès de l’Histoire, reconstitutions judiciaires - pour aborder des faits non susceptibles d’être jugés en droit positif contemporain. À Pointe-à-Pitre, l’implication directe du barreau donne à l’exercice une dimension professionnelle et citoyenne que les organisateurs ont clairement revendiquée.

Aucun budget ni chiffre d’affluence n’a été communiqué à ce stade pour cet événement. La prochaine commémoration officielle du 27 mai en Guadeloupe aura lieu en 2027, pour le 179e anniversaire de l’abolition. D’ici là, le MACTe devrait avoir finalisé la refonte annoncée de son parcours permanent.

Sources

Marie-Claire Naboulet

Marie-Claire Naboulet

Marie-Claire est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Guadeloupe (971), avec Basse-Terre pour chef-lieu. Spécialité du département : archipel antillais et rhum agricole AOC. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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