Polynésie : 11,87 tonnes de cocaïne saisies en 28 jours par la Marine nationale

Une opération du 12 février intercepte 2,4 tonnes supplémentaires, portant la valeur totale à 2,4 milliards de dollars

Polynésie : 11,87 tonnes de cocaïne saisies en 28 jours par la Marine nationale
Patrouilleur Marine nationale interceptant navire suspect eaux Polynésie française cocaïne Nathalie Rousselin / INFO.FR (img2img)

Le jeudi 12 février 2026, un bâtiment de la Marine nationale appuyé par un Falcon Guardian a intercepté 100 ballots de cocaïne en haute mer au large de la Polynésie française. Cette saisie de 2,4 tonnes porte à près de 12 tonnes la quantité de stupéfiants saisis dans les eaux polynésiennes depuis la mi-janvier, illustrant l'intensification sans précédent du trafic de drogue entre l'Amérique latine et l'Australie via le Pacifique Sud.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • 2,4 tonnes de cocaïne saisies le 12 février 2026 par la Marine nationale en Polynésie française, portant le total à 11,87 tonnes en 28 jours
  • Quatre saisies massives depuis le 16 janvier 2026, dont trois cargaisons comprises entre 2 et 5 tonnes chacune sur des navires en transit
  • Valeur marchande cumulée estimée à 2,4 milliards de dollars, la drogue transitant d'Amérique latine vers l'Australie via les eaux polynésiennes
  • Opération menée avec un Falcon Guardian et un patrouilleur, en coopération avec les États-Unis, la gendarmerie et l'OFAST
  • Navire et équipage relâchés conformément au droit international, la cargaison détruite en mer, le parquet de Papeete privilégiant les affaires locales

Le jeudi 12 février 2026 au matin, dans les eaux internationales du Pacifique Sud, un navire suspect naviguant vers l’Australie se retrouve encerclé par les forces françaises. À bord, 100 ballots de cocaïne pure, soit 2,4 tonnes de stupéfiants destinés au marché australien. Cette interception, révélée samedi par le Haut-Commissariat de la République, constitue la quatrième saisie majeure en moins d’un mois dans cette zone devenue l’un des principaux corridors du narcotrafic mondial.

Une série d’interceptions historiques depuis janvier

Depuis le 16 janvier 2026, les Forces armées en Polynésie française (FAPF) ont multiplié les coups de filet spectaculaires. Selon Outre-mer la 1ère, cette nouvelle opération porte à 11,5 tonnes la quantité de stupéfiants saisis en mer depuis le début de l’année, auxquels s’ajoutent 473 kilogrammes de cocaïne interceptés par la douane au port autonome de Papeete. Au total, 11,87 tonnes ont été retirées du circuit en 28 jours.

La première interception majeure, menée le 16 janvier, avait permis de saisir près de 5 tonnes de cocaïne, établissant un record régional. Le 2 février, une deuxième opération conduisait à la découverte de 174 ballots représentant 4,24 tonnes de drogue, comme le rapporte le communiqué officiel des services de l’État. Entre ces saisies massives comprises entre 2 et 5 tonnes chacune, les autorités ont également intercepté des cargaisons plus modestes, témoignant de l’intensité du trafic.

Une coopération internationale aux moyens considérables

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L’opération du 12 février a mobilisé des moyens humains et matériels impressionnants. Un Falcon Guardian 200, avion de surveillance maritime des forces armées, a d’abord détecté et suivi le navire suspect en haute mer. Un patrouilleur d’outre-mer de la Marine nationale a ensuite procédé à l’interception physique et au contrôle du bâtiment. L’opération a été pilotée par le Haut-commissaire de la République en Polynésie française, délégué du gouvernement pour l’action de l’État en mer, avec le soutien de la gendarmerie nationale et de l’Office Français Anti-Stupéfiants (OFAST).

Selon CNews, cette intervention a bénéficié de

« la coopération de services du gouvernement américain »

, soulignant la dimension internationale de la lutte contre le narcotrafic dans le Pacifique. Les opérations précédentes avaient également impliqué les douanes néo-zélandaises, dans le cadre d’un travail d’enquête transnational visant à démanteler les réseaux d’approvisionnement entre l’Amérique latine et l’Océanie.

Le Pacifique Sud, nouvelle autoroute de la cocaïne

Ces stupéfiants ne sont pas destinés à la Polynésie française, territoire de 280 000 habitants peu concerné par la consommation massive de cocaïne. Les trafiquants utilisent les vastes eaux polynésiennes comme zone de transit entre les pays producteurs d’Amérique latine , principalement la Colombie, le Pérou et la Bolivie , et les marchés consommateurs du Pacifique, particulièrement l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Le marché australien, où le gramme de cocaïne atteint des prix records pouvant dépasser 300 dollars, attire les organisations criminelles internationales prêtes à prendre tous les risques.

La valeur marchande cumulée des saisies effectuées depuis janvier représente environ 2,4 milliards de dollars, selon les estimations officielles. Cette somme colossale illustre l’enjeu économique considérable que représente ce trafic pour les cartels sud-américains et les réseaux criminels océaniens. La zone économique exclusive de la Polynésie française, qui s’étend sur 5 millions de kilomètres carrés, offre aux trafiquants un espace maritime immense et difficile à surveiller exhaustivement.

Une pratique juridique controversée mais pragmatique

Une fois la cocaïne découverte et saisie, une procédure juridique particulière s’applique. Comme le précise Le Monde :

« Conformément aux pratiques applicables en droit international et en lien avec le parquet de Papeete, le navire et son équipage ont repris leur navigation. »

Cette décision, systématique lors des dernières interceptions, repose sur un calcul pragmatique des autorités françaises.

Le navire intercepté le 12 février battait pavillon d’un État qui n’a pas souhaité abandonner sa compétence juridictionnelle au profit de la France. Le parquet de Papeete, aux moyens limités, préfère consacrer ses ressources aux affaires touchant directement la Polynésie française plutôt qu’à des dossiers complexes impliquant des ressortissants étrangers, des pavillons de complaisance et des juridictions multiples. Les autorités laissent donc aux pays des pavillons de ces navires, ou aux pays destinataires de la drogue, le soin de traiter ces affaires. Les navires contrôlés demeurent toutefois surveillés par les États du Pacifique.

Cette pratique avait précédemment suscité des réactions en Australie, principale victime de ce trafic, où certains observateurs ont critiqué le fait de laisser repartir les équipages sans poursuites immédiates. Néanmoins, la cargaison est systématiquement détruite en mer, privant les organisations criminelles de revenus colossaux et perturbant leurs chaînes d’approvisionnement.

Un dispositif militaire renforcé face à une menace croissante

Les Forces armées en Polynésie française constituent un dispositif interarmées prépositionné à dominante maritime. Environ 900 militaires sont engagés dans des missions de sauvegarde des espaces maritimes, de police des pêches et de lutte contre les trafics illicites, selon le ministère des Armées. Depuis 2016, le port de Papeete accueille le bâtiment de soutien et d’assistance outre-mer (BSAOM) Bougainville, tandis que deux équipages de 24 marins se relaient tous les quatre mois.

Ces moyens navals sont complétés par des capacités aériennes de surveillance, notamment les avions Falcon 50 et Falcon Guardian 200, capables de patrouiller sur de vastes étendues maritimes et de détecter les navires suspects. Le nouveau plan de lutte contre les stupéfiants, impulsé et mis en œuvre par le Haut-commissaire de la République, a manifestement porté ses fruits avec cette série d’interceptions sans précédent. La coopération régionale avec les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et l’Australie s’est intensifiée, permettant un partage de renseignements et une coordination opérationnelle plus efficaces.

Par ces opérations répétées, la France démontre son engagement dans la sécurité du Pacifique Sud et sa contribution à la lutte contre les organisations criminelles transnationales. Mais face à l’appétit insatiable du marché australien et aux profits astronomiques générés par ce trafic, les cartels continueront-ils à emprunter cette route maritime malgré les risques accrus d’interception ?

Sources

  • Le Monde (15 février 2026)
  • Outre-mer la 1ère (14 février 2026)
  • CNews (15 février 2026)
  • Services de l'État en Polynésie française (4 février 2026)
  • Ministère des Armées (12 février 2026)
  • Mer et Marine (5 février 2026)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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