Pontarlier : le parcours de Joseph Kalina, déporté à Sachsenhausen, reconstitué grâce aux brouillons de lettres de sa famille

Le petit-fils du mécanicien pontissalien a retrouvé les brouillons de lettres familiales (1942-1944) et en a tiré un livre autoédité présenté lors d'une exposition en avril 2026.

Pontarlier : le parcours de Joseph Kalina, déporté à Sachsenhausen, reconstitué grâce aux brouillons de lettres de sa famille
Illustration Maxime Joly / info.fr

Joseph Kalina, mécanicien tchécoslovaque naturalisé français installé à Pontarlier, a été arrêté sur dénonciation le 10 septembre 1942 et déporté à Sachsenhausen sous le matricule 58 967. Décédé le 30 mai 1945, il n'est rentré que dans la mémoire familiale - jusqu'à ce que son petit-fils Serge retrouve les brouillons de lettres qui permettent aujourd'hui de reconstituer son parcours.

L’essentiel

  • Arrestation : Joseph Kalina arrêté sur dénonciation aux Rosiers (Pontarlier) le 10 septembre 1942.
  • Déportation : transféré à Compiègne puis à Sachsenhausen en janvier 1943, matricule 58 967 ; affecté au commando de l’usine Heinkel.
  • Décès : libéré en avril 1945, mort le 30 mai 1945 à 48 ans dans un hôpital près de Berlin.
  • Livre : son petit-fils Serge Kalina a compilé les brouillons de lettres familiales (1942-1944) dans « Mon grand-père, cet inconnu ».
  • Exposition : « Souvenirs déportés » à la chapelle des Annonciades de Pontarlier du 24 avril au 2 mai 2026, en partenariat avec la Ville et le Musée de Besançon.

Un mécanicien tchécoslovaque à Pontarlier

Joseph Kalina est né le 11 mars 1896 en Tchécoslovaquie. Mécanicien de formation, il s’installe en France, travaille notamment à Jougne aux Forces motrices de la Loue, et obtient la nationalité française en 1931, selon La Presse du Doubs. Il s’établit à Pontarlier avec son épouse Adèle Lafferrière.

Le 10 septembre 1942, il est arrêté sur dénonciation aux Rosiers, un secteur de Pontarlier. Il est alors âgé de 46 ans. Son nom figure aujourd’hui parmi les 16 pontissaliens gravés sur le monument aux martyrs de la Déportation, face au Grand Cours, dont la construction a été portée par l’association locale AAFDR.

De Compiègne à Sachsenhausen : le parcours du matricule 58 967

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Après son arrestation, Joseph Kalina est d’abord interné à Compiègne. En janvier 1943, il est transféré au camp de concentration de Sachsenhausen, en Allemagne, où il reçoit le matricule 58 967. Il est affecté à un commando de travail rattaché à l’usine d’aviation Heinkel, selon les sources croisées de La Presse du Doubs et d’Hebdo25.

Il est libéré en avril 1945, à l’approche des forces alliées. Mais son corps est épuisé. Il décède le 30 mai 1945, à 48 ans, dans un hôpital situé près de Berlin. Il n’a pas revu Pontarlier.

Des brouillons en français pour contourner la censure

Les lettres officielles envoyées depuis les camps devaient être rédigées en allemand. C’est ce qui rend la découverte familiale d’autant plus précieuse : Serge Kalina, petit-fils de Joseph, a retrouvé dans la maison familiale des brouillons rédigés en français, échangés entre Joseph et Adèle entre 1942 et 1944. Ces brouillons, non destinés à être expédiés tels quels, permettent de reconstituer le parcours et l’état d’esprit du déporté d’une façon que la correspondance officielle, contrainte et surveillée, ne permettait pas.

Serge Kalina a compilé l’ensemble dans un livre autoédité intitulé « Mon grand-père, cet inconnu ». « Je me sens plus proche de lui maintenant », a-t-il confié à L’Est Républicain en avril 2026. Ce travail de mémoire familiale s’inscrit dans son engagement associatif : il préside l’AAFDR (association des Anciens et Familles de Déportés Résistants) de Pontarlier, fondée en 2006 par les derniers déportés pontissaliens, qui fête ses 20 ans cette année. Ce type de démarche mémorielle trouve des échos dans d’autres territoires, où des initiatives locales maintiennent vivante la mémoire des persécutions.

Une exposition et une semaine du souvenir

Du 24 avril au 2 mai 2026, la chapelle des Annonciades de Pontarlier a accueilli l’exposition « Souvenirs déportés ». Elle présentait le parcours de Joseph Kalina, la correspondance familiale et une maquette d’avion Heinkel réalisée par des déportés - en référence directe au commando de l’usine où travaillait Joseph. Entrée libre, de 10h à 12h et de 14h à 18h.

L’exposition a été montée en partenariat entre l’AAFDR, l’association Fortin, la Ville de Pontarlier et le Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon. Une cérémonie du souvenir s’est tenue le 26 avril 2026, avec prises de parole - dont celle de Serge Kalina - et dépôts de gerbes au monument. Des projections et présentations d’ouvrages ont complété la semaine, notamment la diffusion du film La Zone d’intérêt au ciné-club Jacques Becker, et des rencontres en médiathèque et librairies, selon Hebdo25 et L’Est Républicain.

Contexte dans le Doubs

Pontarlier (environ 18 000 habitants), ville du Haut-Doubs proche de la frontière suisse, a été une zone de passage et de résistance durant l’Occupation. Seize de ses habitants ont été déportés et figurent sur le monument commémoratif local. Le Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, qui joue un rôle de référence à l’échelle du département, s’apprête à recevoir les lettres Kalina après leur présentation publique : elles y seront conservées et accessibles aux chercheurs.

L’AAFDR de Pontarlier, fondée en 2006, est l’une des rares associations de ce type encore actives dans le département à l’heure où les témoins directs ont disparu. Son action de transmission - notamment via ce livre et cette exposition - illustre le relais générationnel désormais assuré par les familles et les associations, comme dans d’autres cérémonies de mémoire en régions.

Les lettres vers Besançon

À l’issue de l’exposition, les brouillons et lettres de la famille Kalina ont été remis au Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon pour conservation à long terme, selon L’Est Républicain et Hebdo25. Le livre « Mon grand-père, cet inconnu » reste disponible via l’association. Le matricule 58 967 a désormais un visage, une adresse - Pontarlier - et une voix, celle des lettres retrouvées.

Maxime
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Sources

Maxime Joly

Maxime Joly

Maxime est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Doubs (25), avec Besançon pour chef-lieu. Spécialité du département : horlogerie/microtechniques et frontière suisse (40 000 frontaliers). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Bourgogne-Franche-Comté.

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