Les Premières Nations réunies à Ottawa pour défendre leurs droits territoriaux
Du 14 au 16 juillet, l'Assemblée des Premières Nations examine 54 résolutions sur l'eau potable, la Loi sur les Indiens et les projets économiques
Plus de 600 chefs autochtones du Canada se rassemblent depuis ce lundi au Rogers Centre d'Ottawa pour l'assemblée annuelle de l'APN. Au programme des débats sur l'accès à l'eau potable, les droits territoriaux face aux grands projets et la révision de textes législatifs historiques.
L’essentiel
- Dates : l’assemblée se tient du 14 au 16 juillet 2026 au Rogers Centre d’Ottawa
- Participation : chefs de plus de 600 communautés des Premières Nations du Canada
- Résolutions : 54 textes à débattre, dont une résolution d’urgence sur l’eau potable
- Préparation : cette réunion précède un sommet avec le Premier ministre Mark Carney à l’automne 2026
L’assemblée générale annuelle de l’Assemblée des Premières Nations (APN) a ouvert ses portes ce lundi 14 juillet au Rogers Centre d’Ottawa, sur le territoire non cédé des peuples algonquins. Pendant trois jours, les chefs autochtones venus de tout le Canada examinent des résolutions cruciales touchant à l’eau potable, aux droits territoriaux et à la révision de la Loi sur les Indiens.
La cheffe nationale Cindy Woodhouse Nepinak a prononcé le discours d’ouverture sous le thème « Upholding Rights, Empowering Nations ». Elle a confirmé son intention de briguer un nouveau mandat lors de l’élection prévue l’an prochain, selon La Presse Canadienne.
Une marche cérémonielle pour l’eau en prélude
La veille de l’ouverture officielle, une marche cérémonielle pour l’eau (Water Walk) a relié le Musée canadien de l’histoire à Gatineau au Rogers Centre d’Ottawa le long de la rivière des Outaouais. Cette tradition rappelle l’importance vitale de l’eau pour les communautés autochtones, dont plusieurs sont encore privées d’accès à l’eau potable.
Selon CBC News, cette marche s’inscrit dans un contexte de tensions autour du projet de loi fédéral C-37 sur l’eau potable propre. Le texte, actuellement à l’étude, suscite la colère de nombreux dirigeants autochtones qui lui reprochent de remplacer la reconnaissance immédiate du droit à l’eau par une réalisation progressive.
54 résolutions sur la table
Les chefs autochtones doivent débattre de 54 résolutions lors de ce sommet de trois jours, selon l’APN. Parmi les textes phares : une proposition du chef Roddy Gould Jr. de la Première Nation d’Abegweit exigeant l’inscription explicite du droit immédiat à l’eau propre dans la législation fédérale.
Une autre résolution, portée par le chef Dan Manuel, demande au Vatican de révoquer définitivement les décrets papaux historiques ayant légitimé la colonisation des peuples autochtones. Ces bulles pontificales du 15e siècle sont considérées comme le fondement juridique de la doctrine de la découverte, qui a justifié la dépossession des terres autochtones.
Les droits territoriaux face aux grands projets économiques figurent également au cœur des discussions. Les chefs réclament un renforcement du devoir de consultation avant l’approbation de projets miniers, énergétiques ou d’infrastructures sur leurs territoires.
Contexte au Canada
L’Assemblée des Premières Nations représente plus de 600 communautés autochtones réparties dans l’ensemble du Canada. Selon les données du recensement de 2021, 1,8 million de personnes s’identifient comme membres des Premières Nations au pays.
La question de l’eau potable reste un enjeu majeur : en 2024, le nombre précis d’avis d’ébullition de l’eau à long terme n’est pas confirmé à 31, selon les chiffres fédéraux. Le gouvernement de Mark Carney, en poste depuis janvier 2026, a promis d’accélérer les investissements dans les infrastructures d’eau.
L’assemblée se déroule en format hybride, permettant aux chefs qui ne peuvent se déplacer de participer à distance. Plusieurs ministres fédéraux, dont Mandy Gull-Masty, ministre des Services aux Autochtones, sont présents pour échanger avec les dirigeants autochtones.
Préparation d’un sommet avec le Premier ministre
Cette réunion annuelle sert aussi de préparation à une rencontre cruciale prévue à l’automne 2026 entre les chefs autochtones, les premiers ministres provinciaux et le Premier ministre canadien Mark Carney, selon La Presse Canadienne. Les discussions d’Ottawa permettront de définir les priorités et les lignes rouges avant ce sommet politique de haut niveau.
La Loi sur les Indiens, texte fédéral vieux de 150 ans qui régit encore aujourd’hui la vie des Premières Nations, fait l’objet de plusieurs résolutions. Les chefs réclament son abrogation ou sa refonte complète, la jugeant paternaliste et contraire aux droits reconnus par la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.
Des enjeux qui dépassent les frontières canadiennes
Les questions abordées à Ottawa résonnent au-delà du Canada. La révocation des bulles papales coloniales intéresse également les communautés autochtones d’Amérique latine et d’Océanie. En mars 2023, le Vatican avait déjà répudié la doctrine de la découverte, mais sans abroger formellement les décrets historiques.
L’accès à l’eau potable dans les communautés autochtones est un problème récurrent dans plusieurs pays développés, notamment en Australie et aux États-Unis. Le cas canadien est régulièrement cité par les instances internationales comme exemple des défis persistants en matière de droits autochtones.
Les débats se poursuivent jusqu’au 16 juillet. Les résolutions adoptées guideront l’action politique de l’APN pour l’année à venir et nourriront les négociations avec Ottawa à l’automne.