Le président de la Fédération espagnole défend Rajoy après ses propos racistes sur les Bleus
Rafael Louzán minimise la polémique en évoquant un « contexte mal compris »
Mariano Rajoy affirme que l'équipe de France joue « sans Français ». Le président de la fédération espagnole, ami de longue date, défend l'ancien Premier ministre.
- Mariano Rajoy affirme dans El Debate que l'équipe de France joue « sans Français », déclenchant une polémique internationale.
- Philippe Diallo, président de la FFF, dénonce des « relents de racisme intolérables » et rappelle que 23 joueurs sur 26 sont nés en France.
- Rafael Louzán, président de la Fédération espagnole et ami de Rajoy, minimise en évoquant un contexte mal compris, plaçant l'amitié avant son rôle institutionnel.
- Le gouvernement espagnol et plusieurs joueurs de la Roja condamnent les propos, isolant Louzán dans sa défense.
- Aucune réaction officielle de la FIFA ou de l'UEFA à ce stade, malgré l'enjeu mondial.
- Un précédent historique pèse sur cette polémique les propos racistes de Luis Aragonés en 2004.
Rafael Louzán a choisi son camp. À quelques heures de la demi-finale de Coupe du Monde 2026 entre la France et l’Espagne, le président de la Fédération espagnole prend la défense de Mariano Rajoy - auteur d’une tribune incendiaire publiée le 10 juillet 2026 dans El Debate.
Les propos de Mariano Rajoy sont sans équivoque: l’équipe de France joue « de très haut niveau mais sans Français ». Une formulation qui ne laisse aucune place à l’interprétation. Rajoy écrit noir sur blanc que les Bleus « ne comptent aucun joueur français ».
La réaction ne se fait pas attendre. Philippe Diallo - président de la Fédération Française de Football, dégaine sur X: les remarques contiennent des « relents de racisme intolérables » et « soulèvent des questions sur le climat détestable qui engendre de telles odeurs nauséabondes ». Il ajoute que les joueurs français n’ont « aucun certificat de nationalité à recevoir d’un ancien Premier ministre espagnol ». Message reçu.
Côté espagnol, le gouvernement de Pedro Sánchez condamne immédiatement, qualifiant les propos de « déclarations xénophobes ». Des joueurs de la Roja comme Borja Iglesias et Pau Cubarsí prennent eux aussi la défense des Bleus. Tout le monde s’indigne.
Tout le monde sauf Rafael Louzán. Sur El Larguero de la Cadena SER - il minimise: il est « ami depuis de nombreuses années » de Rajoy et estime que les propos ont « peut-être été sortis de leur contexte ».
Le contexte qui n’arrange rien
Sauf que le contexte, justement, ne sauve rien. La chronique de Rajoy ne laisse aucune ambiguïté. Mariano Rajoy écrit explicitement que l’équipe de France « n’a pas de joueurs français » ou joue « sans Français ». Pas de métaphore. Pas de seconde lecture possible.
Les faits, eux, sont têtus: 23 joueurs sur 26 de l’équipe de France sont nés en France. L’ambassade de France en Espagne le rappelle publiquement. Mais Louzán persiste. Pour lui, Rajoy a été mal compris. L’amitié, visiblement, rend sourd.


Identité nationale: un débat juridique et symbolique
Les propos de Rajoy ravivent un vieux débat: qui est « vraiment » français? Sur le plan juridique, 23 des 26 Bleus sont nés en France et possèdent la nationalité française. Diallo le rappelle avec force: « aucun certificat de nationalité à recevoir d’un ancien Premier ministre espagnol ». Mais les déclarations renvoient les joueurs à une identité perçue, non légale. Ce décalage entre le droit et le discours est au cœur de la polémique.
Une fédération à contre-courant
La position de Louzán détonne. En France, la classe politique se mobilise en bloc. Aurore Bergé - ministre déléguée à la Lutte contre les discriminations, réclame des excuses. Naïma Moutchou - Laurent Nuñez et Jean-Noël Barrot condamnent également. Côté espagnol, le gouvernement socialiste se démarque rapidement de Rajoy.
Mais le président de la Fédération espagnole, lui, tient bon. Il défend son ami à trois jours de la demi-finale. Une prise de position qui ne passe pas inaperçue, au moment précis où les deux sélections se préparent à s’affronter sur le terrain.
Loyauté personnelle contre responsabilité institutionnelle
Louzán se trouve dans une situation paradoxale: en tant que président de la RFEF, il représente une instance indépendante du gouvernement Sánchez. Cette autonomie statutaire lui permet de prendre une position contraire à l’exécutif. En pratique, il choisit de minimiser les propos plutôt que de les condamner, invoquant l’amitié. Or, cette défense personnelle entre en tension directe avec son devoir de lutte contre les discriminations. La Fédération espagnole se retrouve isolée: ni ses joueurs, ni son gouvernement, ni la fédération adverse ne partagent sa lecture. Louzán défend Rajoy seul, au nom d’une amitié qui, dans ce contexte, ressemble à un angle mort diplomatique.
Un précédent qui pèse: l’affaire Aragonés
Ce n’est pas la première fois que le football espagnol est secoué par un débat sur le racisme. On se souvient des propos de Luis Aragonés en 2004, alors sélectionneur de la Roja, qui avait traité Thierry Henry de « nègre de merde » lors d’un entraînement. Le précédent rappelle que ces polémiques ne sont pas isolées et interrogent sur la récurrence du problème dans les instances sportives espagnoles.
Conséquences sur le match et l’absence de la FIFA
La polémique éclate à trois jours de la demi-finale. L’ambiance promet d’être délétère: les supporters français pourraient réserver un accueil glacial à l’hymne espagnol, et les protocoles diplomatiques risquent d’être bousculés. À ce stade, aucune source consultée ne mentionne une prise de position de la FIFA ou de l’UEFA. Les instances internationales observent un silence assourdissant, laissant les deux fédérations gérer seules les retombées.
Ce que personne ne dit
Le timing de cette défense interroge. Louzán intervient sur El Larguero alors que la polémique enfle depuis trois jours - que son propre gouvernement a condamné les propos, et que la rencontre sportive approche. En choisissant de minimiser plutôt que de condamner, il fait passer la loyauté personnelle avant la position institutionnelle de sa fédération. Résultat: la Fédération espagnole se retrouve isolée. Ni ses joueurs, ni son gouvernement, ni la fédération adverse ne partagent sa lecture. Louzán défend Rajoy seul, au nom d’une amitié qui, dans ce contexte, ressemble à un angle mort diplomatique.
Match prévu mardi. Les Bleus joueront. Avec des Français.